Bois sculpté et peint.
H. 316 cm. (124 ½ in.).
PROVENANCE : collection particulière.
BIBLIOGRAPHIE DE RÉFÉRENCE : Alastair Laing & Martin Meade, Drawings for Architecture, Design and Ornament, volume II, The James A. de Rothschild Bequest at Waddesdon Manor, Cambridge, The National Trust, 2006, p. 424-464.


Rythmées d’une suite de pilastres et d’étroites parcloses très finement sculptés à sujets arabesques peints en blanc, et insérés dans des encadrements bleu pastel, ces boiseries alternent trumeaux de miroirs de format rectangulaire à bordures d’oves, couronnés de panneaux rectilignes, à décor de vases et de guirlandes de laurier enrubannées, ou encore de couronnes de laurier et palmes entrecroisées ; trumeaux de miroirs cintrés, à bordures d’entrelacs et de quartefeuilles, aux écoinçons enrichis de branches de laurier ; encadrements de passage, rectilignes à bordures de laurier enrubannées, ou en anses de panier à bordures d’oves et de fines guirlandes de fleurs ; et dessus de porte à décor de médaillons flanqués de vases et d’enroulements d’acanthes. L’ensemble est souligné de cimaises à simples compartiments à bordures moulurées.
Ce décor raffiné trouve de nombreux échos dans les Cahiers de Sujets Arabesques publiés à Paris dans les années 1780 par l’ornemaniste Jean Louis Prieur, dit l’Aîné (Paris, vers 1725 – après 1785), «sculpteur en ornements, modeleur et ciseleur», qui oeuvra notamment de 1766 à 1768 pour le roi de Pologne Stanislas II Poniatowski, et fournit en particulier de nombreux modèles pour les décorations du château royal de Varsovie. Soixante-dix-sept de ses dessins d’élévations et d’ornements, soit la plus importante collection répertoriée à ce jour, avant celle de la Bibliothèque Universitaire de Varsovie (cinquante-neuf dessins), sont aujourd’hui conservés à Waddesdon Manor, acquis pour la plus grande partie d’entre eux par le baron Edmond de Rothschild en mai 1878.
Douze de ces dessins de Prieur, proches de ceux qu’il reproduisit dans ses XIIIe et XXIIIe Cahiers, montrent d’étroites et verticales compositions arabesques prévues pour des décors de parcloses au sein desquels se développent précisément tout le répertoire ornemental d’ordre aquatique de nos panneaux : têtes d’hommes barbus, dauphins entrelacés, roseaux, fleurons d’acanthes soutenant des vases d’où l’eau ruisselle, guirlandes de perles, et drapés.
Un autre dessin, illustrant un projet de trumeau de miroir rectangulaire, montre, de part et d’autre de ce miroir, d’étroites parcloses ornées des mêmes motifs feuillagés que les nôtres : croisements en entrelacs de minces branchages feuillagés, ou parcours sinueux d’un seul branchage se développant sur toute la hauteur de la parclose.

Nombre de ces dessins incluent dans leur composition des médaillons à bordures moulurées à l’image de ceux ornant nos dessus de portes ou de trumeaux. Et un projet d’élévation pour un salon de compagnie montre des encadrements de miroirs ainsi que des dessus de portes ou de miroirs à motifs de couronnes feuillagées ou de vases flanqués de guirlandes de laurier formant autant d’échos avec les motifs de nos panneaux. Notre décor évoque également celui du cabinet ovale provenant d’un hôtel du cours d’Albret à Bordeaux, aujourd’hui remonté au Metropolitan Museum of Art, à New York.



Jean-Louis Prieur, dit l’Aîné (Paris, vers 1725 – après 1785), Modèle d’arabesques pour une parclose, Paris, vers 1780. Dessin aquarellé sur papier bleu clair, 32.5 x 9.8 cm.
Waddesdon Manor, collection James A. de Rothschild (inv. inv. n° 585/22 – Acc. n° 1435).
Jean-Louis Prieur joua un rôle majeur dans l’émergence du néo-classicisme en France dans les années 1765-1770. Maître sculpteur et membre de l’Académie de Saint-Luc en 1765, Prieur participa dès l’année suivante à la rénovation du palais royal de Varsovie sous l’autorité de l’architecte Victor Louis. Il fournit à cette occasion de nombreux dessins à sujets « arabesques » de boiseries, de cadres, de meubles et de bronzes, respectivement exécutés par le menuisier Jadot, le sculpteur Honoré Guibert, le menuisier en sièges Louis Delanois et le fondeur Philippe Caffiéri. En 1769, il devint maître fondeur en terre et sable et livra, un an plus tard, pour le Grand Cabinet du Dauphin à Versailles, futur Louis XVI, un monument de bronze intitulé l’Allégorie de la Paix et de l’Abondance, pendule exécutée sur un dessin de François Boucher, avec un mouvement d’Antoine Pelletier et de Charles-Athanase Pinon.
Devenu Roi, Louis XVI la fit placer dans sa chambre. Elle est aujourd’hui conservée dans les collections du musée Pouchkine, à Moscou. En 1774, Prieur avait également fourni les bronzes d’ornement du carrosse royal qui servit à la cérémonie du couronnement du souverain. Etabli rue du faubourg Saint-Denis en 1776, il gagna quelques années plus tard l’Enclos du Temple. L’Almanach pour l’année 1777 évoque Prieur en qualité de « sculpteur en ornemens, modeleur et ciseleur », mais lui-même s’intitulait « sculpteur, ciseleur et doreur du Roi » en 1783.

