Bronze ciselé et doré ; émail ; métal ; verre.
H. 114 cm. (45 in.) ; L. 37 cm. au plus large (14 ½ in.) ; Pr. 18.5 cm. (7 ¼ in.).
SIGNATURES : JULIEN / LE ROY visible sur le cadran du cartel ; et LANGE DE BOURBON visible sur le cadran de l’hygromètre ornant la partie inférieure du baromètre.
PROVENANCE : collection, sous le Directoire, du baron Pieter Nicolaas Van Hoorn Van Vlooswijck (1742-1809), dans son appartement situé au sein de l’hôtel de Vendôme, ancienne résidence des ducs de Chaulnes, situé au n° 34 de la rue d’Enfer, à Paris, aujourd’hui intégré aux bâtiments de l’Ecole des Mines, 60 boulevard Saint-Michel ; sa vente à Paris : Feu M. le Baron P.N. van Hoorn van Vlooswyck, Membre de l’Académie royale des Antiquités de Cassel, de celle de Cortone, &c, par M. Lebrun [Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813)], le 22 novembre 1809 & jours suivants, lot no 81 (vendu 502 francs) ; collection de Richard Plantagenet Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville (1797-1861), 2e duc de Buckingham et Chandos, à Stowe House (Buckinghamshire), ornant la Summer Dining Room ; vente du contenu de Stowe House, suite à la faillite du duc survenue en 1847 : Catalogue of the Contents of Stowe House, par Messrs. Christie & Manson, du 15 août au 7 octobre 1848, lots nos 2525 et 2526 (vendus le mardi 28 septembre 1848, 33e jour de la vente) ; acquis 117 livres et 12 shillings à la vente par Charles Redfern, marchand d’art établi à Warwick (Warwickshire) ; revendus par ce dernier à Lord Richard Seymour-Conway (1800-1870), 4e marquis d’Hertford, aussi connu sous le nom de Lord Hertford ; puis par testament, collection de son secrétaire et fils naturel, Sir Richard Wallace (1818-1890), 1er baronnet ; collection de sa veuve et unique héritière, Lady Wallace, née Julie Amélie Charlotte Castelnau (1819-1897) ; collection de Sir John Arthur Edward Murray Scott (1847-1912), 1er baronnet, secrétaire et homme de confiance de Sir Richard Wallace de 1871 à 1890, puis de Lady Wallace jusqu’en 1897, dans son appartement du 5 Connaught Place, à Londres ; vendus à Londres par Messrs. Christie, Manson & Woods : Catalogue of French Decorative Objects and Furniture Porcelain & Tapestry, The Property of Sir John E. A. Murray Scott, Bart. Deceased; late of 5 Connaught Place, W. Sold by Order of the Court of Chancery, 24-26 juin 1913, lot n° 244 ; acquis 441 livres à la vente par Asher Wertheimer (1844-1918), important marchand d’art, qui possédait une galerie sise au 158, New Bond Street, à Londres ; vendus par ce dernier à Mrs. Eleanor Elkins Widener Rice (1861-1937), épouse successive de George Dunton Widener (1861-1912), puis d’Alexander Hamilton Rice Jr. (1875-1956), dans sa résidence sise au 901 de la 5e avenue, à New York.
BIBLIOGRAPHIE : Henry Rumsey Forster, The Stowe Catalogue priced and annotated, Londres, 1848, p. 247, lots nos 2524 et 2526 ; Peter Hughes, The Wallace Collection, Catalogue of Furniture, III, Londres, 1996, « Appendix VIII / Furniture sold at Christie’s, 24-26 June 1913 », p. 1542 (lot n° 244) ; Jean-Dominique Augarde, Les Ouvriers du Temps, La Pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Antiquorum Editions, 1996, p. 130, fig. 89, et p. 145; Alexandre Pradère, « Baron Van Hoorn: An Amateur of Boulle, Antiquity, and the Middle Ages under the Empire”, Furniture History, Vol. 43 (2007), p. 210-211, fig. 6.



Ill. 1 : Vente à Paris de Feu M. le Baron P.N. van Hoorn van Vlooswyck, Membre de l’Académie royale des Antiquités de Cassel, de celle de Cortone, &c, par M. Lebrun, le 22 novembre 1809, lot n° 81.
Dans l’inventaire après décès de Jacques Caffieri († le 23 novembre 1755) et de sa femme, Marie-Anne Rousseau († le 30 avril 1755), dressé à partir du 1er décembre 1755 et rendant compte de l’état de l’atelier à cette date – que Jacques partageait officiellement depuis 1747 avec son fils aîné, Philippe, également sculpteur et ciseleur ordinaire du Roi, avec lequel il s’était associé pour moitié – furent décrits, dans la rubrique des ouvrages terminés ou presque, sous le n° 113 : « Item deux boëttes de pendulles à cartel accompagnées chacune d’un enfant, non finies, prisés huit cent livres ». Ces deux « boëttes de pendulles », bien que très sommairement décrites, pourraient correspondre au cartel et au baromètre présentés ici. Outre le montant pour le moins important de leur prisée, de loin le plus élevé de l’inventaire, elles n’apparaissent pas dans la liste des modèles établis dans celui-ci, ni dans celle qui fut dressée par Jacques Caffieri, le 5 février 1747, pour être jointe au contrat de mariage de son fils Philippe avec sa première femme, Suzanne-Edmée Duliège, dans lequel il lui céda la moitié de tous ses modèles, scellant ainsi leur partenariat.


Ill. 2 : Henry Rumsey Forster, The Stowe Catalogue priced and annotated, Londres, 1848, p. 247, lots nos 2524 et 2526, où est précisé le nom du marchand Redfern, l’acquéreur de notre pendule et de baromètre lors de la vente.
Ce constat nous permet de penser, d’une part, que le modèle de ces deux « boëttes » était très récent en 1755, sous-entendant une intervention principale de Philippe Caffieri dans sa création, au côté de son père vieillissant, ce que vient pleinement confirmer ici le dessin symétrisé et très ‘classicisant’ de nos objets ; et d’autre part, que ces « boëttes » ne semblent avoir été produites qu’à une seule reprise, afin peut-être de répondre au besoin spécifique d’un commanditaire important. Nous ne répertorions en effet à ce jour aucune autre paire de cartel et de baromètre en bronze ciselé et doré de ce modèle.
Chaque boîte est composée, en partie haute, d’un large cadran rond, protégé d’un vantail légèrement bombé de verre à fine bordure moulurée de bronze doré, ceint d’une doucine rehaussée de festons d’acanthes et flanquée de volutes également d’acanthes. Le couronnement, de forme architecturée, dessine un ‘abaque’ évasé à pans et compartiments traités en amati. La terrasse à bordures moulurées formées par ces derniers accueille, sur un petit tertre rocailleux et feuillagé, sur le baromètre, un globe terrestre flanqué d’un graphomètre et d’un livre, allégorie des sciences terrestres, et, sur le cartel, une sphère armillaire, un carquois et une torche, allégorie des sciences célestes et divines. Le cadran de ce dernier, à chiffres romains pour les heures et arabes pour les minutes, porte la signature de Julien / Le Roy. Celui du baromètre est orné d’une rosace centrale à flèches d’orientation de couleur rose pâle. Leurs aiguilles sont découpées à jour et dorées.
De forme violonée, le corps ajouré et puissamment mouluré à amples volutes d’acanthes des boîtes, forme, au niveau médiant deux ‘épaulements’ ponctués chacun d’un petit bouquet feuillagé de fleurs au naturel, d’où chute une guirlande de fleurs feuillagées de même, les joignant tous deux au moyen d’une accolade. Celle-ci vient souligner, au centre, plaqué sur la partie ajourée et vitrée, juste sous le cadran principal, une nuée supportant un jeune amour volant, sculpté en ronde bosse, disposé en diagonale, drapé à la taille, les bras tendus devant lui. Celui du baromètre regarde vers la droite, tête redressée, et les bras tendus ‘en ciseau’. Celui du cartel lui répond, tourné vers la gauche, mais plus incliné et regardant vers le bas, ses bras écartés tenant, dans chaque main, un petit bouquet. La partie inférieure et renflée des boîtes forme un cartouche-vantail ajouré et piriforme bordé de volutes d’acanthes, et terminé d’un nœud de rubans, maintenu au moyen d’un bouton, d’où chute un court mais opulent bouquet de fleurs feuillagées. Le cartouche du cartel nous permet de voir la lentille de son balancier en bronze doré. Celui du baromètre est occupé par un cadran à fond blanc et rosace centrale de couleur rose pâle, à aiguille jaune, portant les indications « Humide » et « Sec », et la signature, dans sa partie supérieure et en inversé, de LANGE DE BOURBON.


Ces boîtes sont caractéristiques de l’œuvre de Jacques et Philippe Caffieri, et montrent de très nombreuses analogies avec plusieurs de leurs chefs-d’œuvre contemporains, à commencer par l’extraordinaire pendule astronomique de Louis XV à Versailles, unique au monde, dont le mécanisme, d’une très grande complexité, fut réalisé en 1749 par l’ingénieur mécanicien, opticien, astronome et horloger Claude-Siméon Passemant (1702-1769), et l’horloger du Roi Louis Dauthiau (1730-1809).

Approuvé par l’Académie royale des Sciences, le 23 août 1749, ce mécanisme fut présenté à Louis XV au château de Choisy, le 7 septembre 1750, mais ne reçut sa boîte intégralement exécutée en bronze par les Caffieri que le 20 août 1753. Installée dans la galerie de Choisy, le 10 octobre suivant, elle fut finalement placée dans le Salon des Pendules à Versailles, le 15 janvier 1754. Cette pendule montre très distinctement un traitement similaire dans les amples volutes d’acanthes structurant sa boîte ; les mêmes luxuriants bouquets feuillagés de roses et de fleurs au naturel flanquant ses montants juste au-dessous du cadran principal, celui-ci étant de même bordé de festons, et couronné d’un même motif ‘d’abaque’ évasé à pans et compartiments traités en amati, formant une terrasse à bordure moulurée accueillant ici une imposante sphère armillaire.
Un même constat concerne également les deux grands lustres en bronze doré, respectivement à douze et neuf lumières, de la Wallace Collection, à Londres, tous deux portant la signature CAFFIERI / A PARIS, accompagnée de la date de 1751 pour le premier. Ce lustre à douze lumières, si l’on s’en réfère aux commentaires d’Emile Molinier et de Peter Hughes, fut très certainement offert par Louis XV à sa fille aînée, Louise-Élisabeth de France (1727-1759), dite Madame Infante, peu après qu’elle et son époux, Philippe Ier (1720-1765), duc de Parme, aient pu prendre possession de leur duché en 1749, soit au lendemain de la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle (1748).
Le second lustre fut très probablement emmené à Parme par Madame Infante elle-même, à son retour de Versailles, en septembre 1753. Il fut inventorié à Parme en février 1769. Les deux lustres portent les marques d’inventaires du XIXe siècle du palais de Colorno. Le lustre à douze lumières montre en particulier, au niveau de la partie haute de son fût ajouré de forme ‘balustre’, des chutes feuillagées de roses et de fleurs identiques aux nôtres, et, au niveau inférieur, des cartouches piriformes à bordures moulurées d’acanthes, qui ne sont pas sans évoquer ceux terminant les boîtes de nos cartels. Le ‘bulbe’ ajouré couronnant le second lustre de la Wallace Collection montre des volutes festonnées d’acanthes similaires à celle flanquant leurs cadrans.



Jacques Caffieri usa de ce répertoire ornemental dès les années 1735, soit en pleine période ‘rocaille’, ainsi qu’on peut le constater, par exemple, sur les pieds en bronze du remarquable bureau d’Étienne-François (1719-1785), duc de Choiseul, qui lui est attribué au côté de l’ébéniste Antoine-Robert Gaudreaus, un meuble d’exception qui fit successivement partie des collections du duc Pierre de Courlande (1724-1800), du chancelier d’Autriche, Clément Wenzel de Metternich (1773-1859), puis de son fils, le prince Richard Clément de Metternich (1829-1895), à la succession duquel il fut acquis 1.200.000 francs-or par le baron Edmond de Rothschild, qui le plaça dans son hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris.
Des bustes d’enfants en terme, et tenant un glaive, émergent de la partie supérieure des pieds de ce bureau. La thématique des enfants ou amours ailés volant, traités en ronde-bosse, aux visages ‘classicisant’ très finement ciselés, drapés au niveau de la taille, et avec souvent indication des pupilles, fut récurrente dans l’œuvre des Caffieri, ornant par exemple, en sus du bureau de Choiseul, le fameux lustre aux armes de la marquise de Pompadour, qui leur est également attribué, daté vers 1750-1755, et conservé à la Bibliothèque Mazarine, à Paris. Ils ornèrent également nombre de leurs modèles de pendules, telle celle en cartel, datée vers 1740, au couple d’enfants jouant avec une torche, signée sur un cartouche : CAFFIERI FECIT, provenant très certainement du palais de Peterhof, à Saint Pétersbourg, et conservé au Detroit Institute of Arts ; celle à figure de Minerve portant la signature « Fait par Caffieri », appartenant aux collections du J. Paul Getty Museum, à Los Angeles ; ou encore celle de la collection du baron James de Rothschild (1878-1957), léguée à Waddesdon Manor en 1957, à figure de Vénus flanquée d’un amour volant sur des nuées, et couronné d’une figure allégorique de l’Aurore, datée de 1748-1749, et signée dans un petit cartouche au-dessus du cadran : FAIT PAR CAFFIERI A PARIS. Les cadrans de ces deux dernières pendules portent, à l’instar de celui de notre cartel, la signature de Julien Le Roy. L’inventaire de Jacques Caffieri de 1755 cite encore plusieurs autres modèles de ces pendules à figures d’enfants, qui formèrent près d’un tiers de l’ensemble des modèles répertoriés cette année-là dans l’atelier, auxquels venaient encore s’ajouter quelques modèles de feux, celui d’un écritoire, et ceux de quelques enfants isolés : « une grande pendulle sur le haut duquel est une Minerve tenant son bouclier et au bas un enfant qui montre l’heure, à palmes et feuilles de chêne » (n° 59) ; une « petitte pendulle à cartel à coté duquel il y a un enfant représentant un génie, avec ses accompagnements » (n° 63) ; une « pendulle à pied surmonté d’un enfant tenant une lunette d’approche, avec un petit support pardevant » (n° 67) ; une « pendulle à pied surmonté d’un enfant tenant un quadran solaire, avec un petit support et son cul de lampe » (n° 68) ; une « pendulle à pied surmonté d’un petit enfant tenant une lire, avec support » (n° 69) ; et une « petitte pendulle à pied surmonté d’un petit enfant tenant un quadran horizontal et son support » (n° 71).
Une provenance prestigieuse
A la fin du XVIIIe siècle, notre cartel et notre baromètre firent partie de la collection du baron Pieter-Nicolaas Van Hoorn van Vlooswyck (1742-1809), originaire d’Amsterdam, mais demeurant à Paris, dans un hôtel particulier sis au n° 34 de la rue d’Enfer. Avant sa mort, le baron avait rédigé un testament détaillé stipulant que la vente posthume de sa collection devait être confiée à l’expert et marchand Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813), qu’elle se déroulerait dans sa maison de la rue d’Enfer, et « qu’aucun objet étranger à sa Collection n’y pût être admis ». Celle-ci se déroula, dans ces conditions, le 22 novembre 1809 et jours suivants, et nos cartels formèrent le lot n° 81 de la vente : « Une Pendule par Julien Leroi ; un Baromètre par l’Ange de Bourbon. Le tout dans leurs cartels de style meyssonnier, enrichis d’enfans aîlés, de guirlandes & autres ornemens en bronze doré. Haut. 43 po. [116.36 cm.], larg. 11 [29.77 cm.]». Ils furent vendus 502 francs.


Lebrun qualifia la collection Van Hoorn d’« aussi célèbre pour la magnificence, le nombre & la rareté des objets qui la composent, que par la pureté du goût qui l’a formée ; elle est, sous ses divers rapports, une des plus importantes que l’on ait connues, & doit satisfaire également l’antiquaire & l’ami des arts ». Il semble, en réalité, que très peu de personnes aient franchi les portes de la maison du baron van Hoorn, qui vécut selon les mots d’Alexandre Pradère, comme l’un des personnages de Balzac, dans une solitude relative, entouré de trésors. Outre un ensemble très important d’œuvres d’André-Charles Boulle, cette collection comprenait des bronzes des XVIIe et XVIIIe siècles, une vaste sélection d’antiquités égyptiennes et gréco-romaines, ainsi que de nombreux vases et colonnes de marbre précieux. Les intérêts de collectionneur du baron s’étendaient jusqu’à l’Extrême-Orient, représenté par des bronzes chinois et indiens, ainsi qu’aux œuvres d’art médiévales et de la Renaissance. Il avait également constitué un véritable cabinet de curiosités composé de coupes et de vases en onyx et en pierres semi-précieuses, ainsi qu’une importante collection de boîtes en or. Dans une lettre adressée au marquis Jean-Baptiste Meyran de Lagoy (1764-1829), datée du 5 mai 1807, le comte Charles de Clarac (1777-1847), futur conservateur des Antiquités et de la Sculpture moderne au musée du Louvre, décrivit une visite au baron en ces termes : « L’accès est très difficile et je n’ai été admis que grâce à l’office de notre vieil abbé. Le vieux Hollandais goutteux, qui, je dois le préciser, est un excellent homme, un homme de goût, se déplace avec difficulté, et, au début, j’ai craint que nous ne voyions pas grand-chose. Mais lorsqu’il a réalisé que nous (l’Anglais avec qui j’étais venu et moi) étions de véritables amateurs, il n’a pu s’empêcher de se lever de son fauteuil et de tout nous montrer en détail, nous assurant tout du long qu’il ne le faisait que pour très peu d’invités. Je lui ai tendu le bras pour l’aider à marcher. Je suis revenu ce soir-là, et je suis convaincu qu’il m’a apprécié. En effet, il m’a prêté un livre, ce qui en soi a suffi à établir notre relation ».
Né le 29 mars 1743, le baron Van Hoorn était issu d’une riche famille originaire de Brême, en Allemagne, installée à Amsterdam durant la seconde moitié du XVIIe siècle, et qui amassa une fortune dans le commerce avec l’Orient. Elle la capitalisa en créant une manufacture aux Antilles, une raffinerie de sucre, ainsi qu’une fabrique de poudre à canon. Pieter Nicolaas était le fils de Nicolaas Hendrik, et de sa seconde épouse, Anna Muilman, qui vivaient dans une maison sur le Herengracht, à Amsterdam, avec un revenu annuel de 6000 à 7000 florins. Une biographie familiale le décrit comme « différent du reste de la famille, ne s’intéressant ni à la politique ni au commerce ». Il vendit ses parts de la manufacture de poudre à son frère aîné, Quirijn Willem, alors bourgmestre d’Amsterdam, et après une brève carrière dans l’administration, entama un Grand Tour en 1789, au cours duquel il séjourna longuement en Italie, développant une véritable passion pour l’archéologie, et où l’illustre cardinal Albani, le conseiller de Reffestein [i.e. Johann Friedrich Reiffenstein, 1719-1793], Raphaël Mengs et Pichler [i.e. Giovanni Pichler, 1734-1791], furent ses premiers guides. Il rassembla une magnifique collection d’environ huit cent pierres gravées, qui furent publiées par la naturaliste Eleuthérophile Millin (1759-1818) et l’archéologue Léon Jean Joseph Dubois (1780-1846), et qui lui valurent une grande renommée de son vivant.


A son retour d’Italie, il s’installa à Paris sous le Directoire, vers 1797, louant jusqu’en 1807, un premier appartement sis au n° 668 de la rue de Varenne (1803), puis un second au sein de l’hôtel de Roquelaure, rue Saint-Dominique. Il fréquenta un petit cercle d’amateurs très avertis d’antiquité, parmi lesquels figurèrent notamment Alexandre Lenoir (1762-1839), célèbre fondateur du musée des Monuments français, et l’archéologue Dubois déjà cité. A partir de 1807, le baron Van Hoorn s’installa en location dans un appartement composé d’une succession de six pièces principales, au sein de l’hôtel de Vendôme, ancienne résidence des ducs de Chaulnes, situé au n° 34 de la rue d’Enfer, et aujourd’hui intégré aux bâtiments de l’Ecole des Mines, 60 boulevard Saint-Michel. Il y demeura jusqu’à sa mort survenue le 5 janvier 1809. Sa vente après décès, qui débuta le 22 novembre 1809, comporta 728 lots, dont plusieurs provenaient, selon Lebrun, des collections du duc d’Aumont, du duc de Saint-Aignan, du prince Charles de Lorraine, du feu prince de Conti, ou encore du bailli de Breteuil. La vente réalisa un total de 180.092,82 francs, ce qui en fit l’une des plus conséquentes de toute la période 1801-1810.

Notre cartel et notre baromètre firent ensuite partie de la collection de Richard Plantagenet Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville (1797-1861), 2e duc de Buckingham et Chandos, dans sa résidence familiale emblématique de Stowe House, dans le Buckinghamshire, à quatre-vingt-six kilomètres au nord-ouest de Londres, où ils ornèrent la Summer Dining Room. Né précisément à Stowe, le duc était le fils de Richard Nugent-Temple-Grenville (1776-1839), comte Temple, qui devint plus tard le 1er duc de Buckingham et Chandos, et de Lady Anne Brydges (1779-1836), unique enfant survivante du 3e duc de Chandos. Outre son titre de duchesse de Buckingham et Chandos, Lady Anne était également Lady Kinloss de plein droit, et en 1799, Richard Temple-Nugent-Grenville, par décret royal, modifia son nom de famille, déjà composé de trois membres, en Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville afin d’y inclure celle de son épouse. Il était également le petit-fils paternel de George Nugent-Temple-Grenville (1753-1813), 1er marquis de Buckingham, et l’arrière-petit-fils du Premier ministre de Grande-Bretagne, George Grenville (1712-1770).



Ill. 11 : Jacques et Philippe Caffieri, lustre à douze lumières signé CAFFIERI / A PARIS / 1751, très certainement offert par Louis XV à sa fille aînée, Louise-Élisabeth de France (1727-1759), dite Madame Infante, duchesse de Parme. Londres, The Wallace Collection (inv. F83).
Le duc siégea comme député du Buckinghamshire entre 1818 et 1839, date à laquelle il succéda à son père dans le duché et entra à la Chambre des lords. Deux ans plus tard, en septembre 1841, il prêta serment au Conseil privé, et fut nommé Lord du Sceau privé (Lord Privy Seal) par Sir Robert Peel, poste qu’il occupa jusqu’en février 1842. Chevalier grand-croix de l’Ordre Royal Hanovrien en 1835, membre de la Society of Antiquaries en 1840, il fut également fait chevalier de l’Ordre de la Jarretière en 1842. Il avait épousé, en 1819, Lady Mary Campbell († 1862), fille du lieutenant-général John Campbell (1762-1834), 4e comte de Breadalbane, qui devint plus tard marquis de Breadalbane. Ils eurent un fils, Richard (1823-1889), 3e duc de Buckingham et Chandos, et une fille, Lady Anna, mais divorcèrent en 1850 après que le duc eut perdu son héritage.
En effet, en 1847, huit ans après avoir succédé à son père comme duc de Buckingham et Chandos, le 2e duc fut déclaré en faillite, avec des dettes dépassant le million de livres sterling. Cette situation entraîna la vente de son domaine de Keynsham dans le Somerset, en 1841, celui d’Avington Park, en 1847 et, finalement, la vente aux enchères de tout le contenu de Stowe House, par Messrs. Christie & Manson, du 15 août au 7 octobre 1848, qui fut l’une des plus importantes ventes de mobilier d’une demeure de campagne anglaises au XIXe siècle, et demeure encore ce jour la plus importante et longue vente jamais enregistrée par la maison Christie’s. Notre cartel et notre baromètre furent vendus le mardi 28 septembre 1848, 33e jour de la vente, formant les lots nos 2525 et 2526 : « 2525 A clock, by Le Roi, in a case of or-moulu, with a cupid and festoons of flowers – in fine old French taste / 2526 A barometer, in a similar case ».
La ruine financière d’un membre aussi éminent de l’aristocratie, qui avait hérité d’un revenu de plus de 70.000 livres sterling, une fortune considérable pour l’époque, fit sensation dans tout le pays. Le duc mourut beaucoup plus tard, le 29 juillet 1861, au Great Western Hotel de Paddington, à Londres, à l’âge de 64 ans, et son fils unique lui succéda alors à la tête du duché. Son épouse mourut moins d’un an plus tard, en juin 1862, à l’âge de 66 ans.

Acquis 117 livres et 12 shillings à la vente par Charles Redfern, marchand d’art établi à Warwick (Warwickshire), le cartel et le baromètre furent revendus par ce dernier à Lord Richard Seymour-Conway (1800-1870), 4e marquis d’Hertford, aussi connu sous le nom de Lord Hertford, dont il était l’un des principaux fournisseurs. Fils de Francis Seymour-Conway (1777-1842), 3e marquis d’Hertford, et de Maria Seymour-Conway (1771-1856), née Fagnani, Lord Hertford vécut principalement à Paris, au 2 rue Laffitte et, à partir de 1848, au château de Bagatelle, dans le bois de Boulogne. Le critique d’art Théophile Thoré (1807-1869), dit William Bürger, dans le périodique Paris Guide, en 1867, le décrivit en ces termes : « Le plus grand collection de l’Europe est, assurément, Lord Hertford. Il a bien voulu m’accorder la faveur de voir sa maison de Londres, Manchester House, Manchester Square […] Encore n’ai-je pas vu ses autres palais et châteaux à Londres et dans le country […] A Paris […] Donnant sur le boulevard, la chambre à coucher est à l’extrémité de l’appartement. Pour aller dans la galerie qui occupe l’autre extrémité, il faut traverser la rotonde formant l’angle du boulevard et de la rue Laffitte, la bibliothèque, la salle à manger et une enfilade de salons, où tous les meubles et tous les ornements sont des objets d’art d’une valeur incalculable ».
Mort célibataire et sans descendance directe, le 24 août 1870, à Neuilly-sur-Seine, les titre et fief de Lord Hertford passèrent, en vertu de la loi anglaise, à son plus proche parent, Francis Seymour (1812-1884), 5e marquis d’Hertford, tandis que sa fortune et l’ensemble de ses collections, dont nos cartels, revinrent par testament à son secrétaire et fils naturel, Sir Richard Wallace (1818-1890), 1er baronnet, lequel empêcha le nouveau tenant du titre de récupérer dans la maison londonienne des Hertford à Manchester Square, divers actes juridiques, tableaux, vaisselles et linge qu’il revendiquait comme biens familiaux : trois procès successifs eurent lieu, le dernier gagné par Wallace.
A sa mort, survenue le 20 juillet 1890, la collection échut à sa veuve et unique héritière, Lady Wallace, née Julie Amélie Charlotte Castelnau (1819-1897), qui continua de résider entre Paris et Londres, bien qu’elle ne parlât pas anglais, acceptée comme Lady par la haute société, malgré ses modestes origines françaises, en raison de son immense fortune. En 1894, sur les recommandations de John Arthur Edward Murray Scott (1847-1912), médecin, secrétaire et homme de confiance de son mari de 1871 à 1890, devenu ensuite le sien, et après avoir fait quelques présents à des amis, Lady Wallace légua par testament à la nation britannique Hertford House et ses quelque 5500 objets contenus dans vingt-cinq galeries, avec comme conditions « que rien ne devait être ajouté ni vendu » et que l’ensemble prenne le nom de son défunt mari. Elle mourut le 16 février 1897. Scott qui avait hérité du bail de Hertford House veilla au respect du testament. Il vendit la demeure au gouvernement britannique pour y installer la Wallace Collection, et fut à ce titre anobli, pour tous les services rendus, recevant le titre de 1er baronnet des mains de la reine Victoria. Le musée ouvrit ses portes au public en 1900, un an après que Scott ait été élu président de son conseil d’administration.
Lady Wallace lui avait laissé la somme d’un million de livres sterling afin d’entretenir les domaines de Sudbourn Hall et Lisburn, en Irlande, ainsi que les biens français du couple Wallace, le domaine de Bagatelle, que lui acheta la ville de Paris en 1904-1905, et l’immeuble du 2 rue Laffitte, qui abritait encore nombre de meubles et d’objets d’art laissés par Wallace en 1872. Scott soustraya quelques pièces de la collection Wallace pour lui ou ses héritiers, dont notre cartel et notre baromètre, qu’il transféra dans sa résidence londonienne, sise au 5 Connaught Place. Lorsque ce richissime célibataire mourut d’une crise cardiaque en 1912, en pleine réunion à Hertford House, sa maîtresse, Victoria Sackville-West (1862-1936), fille naturelle de Lionel (1827-1908), 2e lord Sackville, et épouse de son cousin, 3e lord Sackville, hérita d’une grande partie de ses biens, ainsi que de la somme de £ 150.000. C’est elle qui vendit la collection d’art de l’hôtel de la rue Laffitte au marchand d’art parisien Jacques Seligmann pour la somme de £ 270.000.


Le contenu de la résidence du 5 Connaught Place fut vendu à Londres l’année suivante, sur ordre de la Cour de la Chancellerie, par Messrs. Christie, Manson & Woods : Catalogue of French Decorative Objects and Furniture Porcelain & Tapestry, The Property of Sir John E. A. Murray Scott, Bart. Deceased; late of 5 Connaught Place, W. Sold by Order of the Court of Chancery, les 24 et 26 juin 1913. Nos cartels formèrent le lot n° 244 de la vente: « A clock and barometer – 43 in. high / The movement of the clock by Julien Leroy, in or-moulu cartel-case of Louis XV. Design, chased with Cupids and festoons of flowers, and surmounted by trophies”.



Ils furent acquis 441 livres à la vente par Asher Wertheimer (1844-1918), important marchand d’art, qui possédait à cette époque une galerie sise au 158, New Bond Street, à Londres. Ce dernier les revendit à Mrs. Eleanor Elkins Widener Rice (1861-1937), riche héritière, mondaine, philanthrope et aventurière américaine, fille du riche homme d’affaires William Lukens Elkins (1832-1903). Survivante du Titanic, elle avait épousé George Dunton Widener (1861-1912), qui périt avec leur fils, Harry, lors du terrible naufrage. Elle se remaria quelques années plus tard avec le professeur Alexander Hamilton Rice Jr. (1875-1956), célèbre médecin, géographe et explorateur. Le couple fit bâtir à New York, par l’architecte Horace Trumbauer (1868-1938), une somptueuse résidence sise au 901 de la 5e avenue à New York, dont la construction fut achevée en 1923-1924. C’est dans le hall d’entrée de celle-ci que furent placés notre cartel et notre baromètre, ainsi que le révèle une photographie, datée vers 1937, provenant de la collection Carlhian.

