CHEMINÉE AUX ARMES

De Philippe Merlan (1503-1546), Baron de Montpont, contrôleur et général des finances en Bourgogne et en Bresse sous François 1er, exécutée en 1534 pour son château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’or, Bourgogne.

France, époque Renaissance, première moitié du XVIe siècle, 1534.

Pierre de Tonnerre (Yonne) sculptée.

H. totale : 4.20 m. (13 ¾ ft.) ; L. au niveau de la corniche : 3.75 m. (12 ¼ ft.) ; Pr. 92 cm. (36 ¼ in.).

H. jusqu’au linteau : 2.45 m. (8 ft.) ; L. du linteau : 3.55 m. (11 ¾ ft.).

Dimensions de l’âtre : H. 1.90 m. (6 ¼ ft.) ; L. 2.15 m. (7 ft.).

MARQUES ET INSCRIPTIONS : 1534, gravée dans un compartiment en ressaut et au centre de la base de la hotte de la cheminée ; blasons de la famille Merlan : « de gueules au lion d’or tenant dans sa dextre un croissant d’argent surmonté d’une étoile de même, au chef d’azur chargé de trois merlettes de sable », visibles de part et d’autre de la frise soulignant la corniche de la cheminée ; IL N’EST QU’ADRESSE – DE GRAND BIEN MERITE, devise des Merlan gravée sur le linteau.

Vue de notre cheminée in situ au château d’Arnay-le-Duc, dessinée, gravée, et reproduite par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, pl. XXXV / pl. 1.

Coupes des parties supérieure et inférieure de notre cheminée in situ au château d’Arnay-le-Duc, dessinées, gravées, et reproduites par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, pl. XXXVI / pl. 2.
Vue de notre cheminée (dessin de Claude Sauvageot) reproduite dans l’ouvrage de l’architecte Georges Tubeuf, La décoration à travers les âges, Paris, 1903, pl. IV.
Vue du piédroit gauche de notre cheminée in situ au château d’Arnay-le-Duc, dessiné, gravé, et reproduit par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, pl. XXXVII / pl. 3.
Vue du piédroit gauche de notre cheminée (dessin de Claude Sauvageot) reproduit dans l’ouvrage de l’architecte Georges Tubeuf, Traité d’architecture théorique et pratique, tome III, Types de constructions diverses. Habitations particulières, Paris, 1890-1898, p. 267, fig. 425.

PROVENANCE : exécutée en 1534 pour le compte de Philippe Merlan (1503-1546), baron de Montpont, seigneur de Jully-lez-Arnay-le-Duc, contrôleur et général des finances en Bourgogne et en Bresse sous François 1er, dans son château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, en région Bourgogne-Franche-Comté ; propriété de son fils, Gabriel Merlan (1528-1562), baron de Montpont et seigneur de Jully-lez-Arnay-le-Duc comme son père, trésorier de France et général des finances en Bourgogne et en Bresse ;  collection, après 1562, de la famille de Chabot-Charny ; vendue en 1634 par Françoise Bernarde de Montessus, comtesse de Charroux et veuve de Charles de Chabot, marquis de Mirebeau, à Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646), premier prince du sang, pair de France et grand veneur de France ; collection jusqu’en 1675 de son fils, Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit le Grand Condé, célèbre vainqueur de Rocroi (1643) ; rendue en 1675 à la famille de Chabot qui la conserve jusqu’en 1778 ; durant cette période, les terres d’Arnay passèrent des Chabot aux Rohan puis, de ces derniers aux Brionne par l’entremise des mariages ; vendue en 1778 par Marie-Louise-Julie-Constance de Rohan, comtesse de Brionne, à la maison royale des dames de Saint-Cyr qui conserve le château jusqu’à la Révolution ; siège de la municipalité, celui-ci est vendu en 1792 comme bien national ; il passe alors de main en main jusqu’à son rachat, au milieu des années 1860, par Jean-François-Henri Bouruet (1801-1870), l’un des riches propriétaires des célèbres magasins « Au Gagne-Petit » à Paris, qui entreprend de le dépouiller d’une grande partie de ses boiseries, de ses sculptures et de ses huit cheminées, dont celle présentée ici; la cheminée est remontée après cette date dans l’une des salles du château néo-Renaissance de Villemenon à Servon, en Seine-et-Marne, que Jean-François-Henri Bouruet se fait bâtir au cours des mêmes années; elle y demeurera jusqu’à nos jours ; vendu  après la mort de M. Bouruet en 1870 par ses héritiers, le château de Villemenon devint successivement la propriété de M. Jeanson, de 1870 à 1875, de M. Boutet, de 1875 à 1911, de M. Drouin, de M. Méhu, banquier à Paris, et enfin d’Hélène Martini (1924-2017), célèbre directrice de théâtres, cabarets et salles de spectacle, surnommée la « reine de la nuit parisienne ».

Vue du pilastre central ornant la hotte de notre cheminée, dessiné, gravé, et reproduit par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 68, fig. 6.
Détails des caissons décoratifs en biseau formant les  bordures de la hotte de notre cheminée, dessinés, gravés, et reproduits par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 68, fig. 7 et 8.
Détails de la corniche de notre cheminée, dessinés, gravés, et reproduits par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 69, fig. 9 et 10.
Détails de la frise soulignant la corniche de notre cheminée, le premier montrant le blason armorié des Merlan, dessinés, gravés, et reproduits par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 69-70, fig. 11 et 12.

Bibliographie : Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. I (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 57-72 et pl. XXXV / pl. 1 à XXXVII ; V. -F. Maisonneufve, « Arnay-le-Duc », Musée universel : revue illustrée hebdomadaire, Paris, 1874, 1er trimestre, Éditeur :  A. Ballue, p. 193-194 ; Georges Tubeuf, Traité d’architecture théorique et pratique, tome III, Types de constructions diverses. Habitations particulières, Paris, 1890-1898, p. 267, fig. 425 ; Georges Tubeuf, La décoration à travers les âges, Paris, 1903, pl. IV ; Maurice Pignard-Péguet, Histoire générale illustrée des départements […], Seine-et-Marne : histoire des communes, guerres, seigneuries, anciens monuments, églises, châteaux […], A. Gout (Orléans), 1911, p. 217 ; Didier Godard, Les Châteaux du canton d’Arnay-le-Duc, éditions d’Arnay, 2009, p. 6-11 ; Les Itinéraires, Côte-d’Or, édition projection, p. 305 ; Françoise Vignier, Guide des châteaux de France, (21) Côte-d’Or, Hermé, 1985, p. 21-24 ; Arnay-le-Duc et son canton à travers les cartes postales anciennes. Les Amis du pays d’Arnay, Fuchey SA, 1980, p. 24 à 27.

Chef-d’œuvre de la première Renaissance française, cette imposante cheminée sculptée en pierre de Tonnerre (Yonne) a été exécutée sous le règne de François 1er en 1534 pour le compte de Philippe Merlan (1503-1546), baron de Montpont, seigneur de Jully-lez-Arnay-le-Duc, contrôleur et général des finances en Bourgogne et en Bresse, pour orner, au premier étage, l’une des principales salles de son château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, en région Bourgogne-Franche-Comté.

Vue de la cour intérieure du château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, Bourgogne-Franche-Comté, photographiée en 1940. Le château est alors occupé par la fabrique de limes dénommée PMT (Proutat-Michot-Thomeret).

Elle présente un très riche décor sculpté, dominé en façade de sa hotte droite par deux grands bas-reliefs oblongs montrant des cavaliers nus, participant à une chasse aux lions à gauche, et s’affrontant à droite,  allégories de la Chasse et de la Guerre flanquées de bordures biseautées à compartiments carrés très richement ornés de motifs de têtes de chérubins ailées et de vases feuillagés, doublées de frises d’oves, le tout rythmé de pilastres à chapiteaux et très fins décors arabesques. La base de la hotte, ornée de médaillons et de rinceaux d’acanthes, porte, gravée en son centre, la date de 1534. Une très importante corniche à entablement rythmée à ressauts, double consoles et culots, sculptée à motifs de rinceaux, d’oves, de rubans et de denticules, couronne l’ensemble. La frise sculptée qui la souligne est rehaussée du blason armorié de la famille Merlan « de gueules au lion d’or tenant dans sa dextre un croissant d’argent surmonté d’une étoile de même, au chef d’azur chargé de trois merlettes de sable ».

Flanqué de médaillons décoratifs de bustes en ronde bosse d’hommes et de femmes émergeant de couronnes fleuronnées et de fruits, le linteau à bordures moulurées à frises d’entrelacs de la cheminée porte gravée sur toute sa longueur la devise des Merlan : Il n’est qu’adresse – de grand bien mérite. Il repose sur de riches piédroits angulaires architecturés, convexes et concaves, à fines colonnettes baguées ‘à chapelets’ et pilastres à compartiments rectangulaires, ronds et en losanges, à décors arabesques, et chapiteaux à entablement feuillagés d’acanthes. Un luxuriant décor sculpté de bustes et de figures d’enfants, ainsi que de protomés de cheval, orne les petits côtés du linteau et la partie haute des piédroits, réhaussant les multiples culots figurés rythmant ces parties.

L’influence italienne est ici très nette et la cheminée témoigne remarquablement, pour reprendre une formule d’André Chastel, du « relais privilégié de l’italianisme » qu’était devenue la France au début du XVIe siècle. Son répertoire décoratif relève de ceux du nord de la péninsule, et de l’art lombard en particulier, dont les premières manifestations émergèrent en France dans l’entourage des Beaujeu, du maréchal de Gié et du cardinal Georges d’Amboise. Ils furent les premiers à recruter au sein du royaume des décorateurs italiens et à demander aux artisans nationaux la reproduction de modèles transalpins, où dominèrent comme ici les motifs d’arabesques ‘à candélabres’, de médaillons, de rinceaux d’acanthes et de reliefs ‘à l’antique’.  Ces nouveaux ornements coïncident ici avec des schémas relevant encore du gothique flamboyant ainsi que nous le révèlent les petits côtés du linteau, semés de culots figurés, et surtout les deux piédroits angulaires, à multiples colonnettes de la cheminée. Les artisans français firent longtemps coexister le décor gothique et les nouveaux ornements ‘à l’antique’ en provenance d’Italie. Quelques rares exemples de cheminées similaires subsistent aujourd’hui, dont celle en pierre calcaire sculptée, ornée de l’histoire de la Santa Casa de Lorette, conservée au musée national de la Renaissance, à Ecouen (inv. ECL18726). Datée vers 1520-1530, elle provient des collections du musée de Cluny qui l’avait acquise en 1880 avec plusieurs autres éléments lors de la démolition de la maison qui l’abritait, sise rue Croix-de-Fer, à Rouen. Citons également la cheminée de l’hôtel de Chapelaines, à Troyes, bâti après 1524, offerte au musée des Arts décoratifs de Troyes par Monsieur Paillot-Lemuet en 1848, et la très belle cheminée du château du Bosquet, à Saint-Martin-d’Ardèche, datée de la même période, et donnée à la France par le Philadelphia Museum of Art en 1997.

Vue in situ de l’une des huit cheminées du château d’Arnay-le-Duc, dessinée, gravée, et reproduite par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, pl. XXXIX / pl. 5.
William Bruce Ellis Ranken (1881-1941), Mrs. Cornelius Vanderbilt II et ses filles, Gladys et Gertrude, prenant le thé en 1932 devant la deuxième cheminée du château d’Arnay-le-Duc dessinée par Claude Sauvageot, remontée vers 1890 dans la bibliothèque de la villa The Breakers, à Newport, Rhode Island.

Au milieu des années 1860, Claude Sauvageot (1832-1885), architecte et graveur français, frère de Louis Sauvageot, étudia le château d’Arnay-le-Duc dans le cadre de la préparation de son magistral ouvrage en quatre volumes consacré aux Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, qu’il publia à Paris entre 1867 et 1870. En vue de la préparation illustrée du chapitre qu’il dédia dans son tome premier à ce « château gracieux et jadis magnifique empreint dans toutes ses parties du génie élégant et doux particulier à la Renaissance », il dessina dans leur environnement d’origine les deux plus belles des huit cheminées du château, dont celle présentée ici, toutes deux ornant les principales salles du premier étage. Et c’est à la simple vue des dessins de Sauvageot, « et avant même qu’ils fussent gravés, que M. Bourouet [Jean-François-Henri Bouruet (1801-1870), l’un des très riches propriétaires des célèbres magasins « Au Gagne-Petit »], grand admirateur de l’art de la Renaissance, et ce qui ne gâte rien, possesseur d’une grande fortune, envoya un de ses représentants pour voir et acquérir le château d’Arnay-le-Duc ». Très dégradé, celui-ci venait d’être occupé par une fabrique de limes dénommée PMT (Proutat-Michot-Thomeret). « Le marché fut conclu le premier jour ; et quelques mois après la démolition était ordonnée. Les cheminées, les lucarnes, les boiseries et autres pièces importantes furent alors transportées avec le plus grand soin au château de Villemenon, une imposante demeure néo-Renaissance que Jean-François-Henri Bouruet se faisait alors bâtir à Servon, en Seine-et-Marne. Notre cheminée y demeurera jusqu’à nos jours.

Vue actuelle de la deuxième cheminée du château des Merlan à Arnay-le-Duc, dessinée par Claude Sauvageot, acquise après 1870 par Cornelius II Vanderbilt (1843-1899), et remontée à la fin du XIXe siècle dans la bibliothèque de sa villa The Breakers, à Newport, Rhode Island.
Vue de l’une des huit cheminées de pierre du château d’Arnay-le-Duc, illustrée dans l’article de V. -F. Maisonneufve, « Arnay-le-Duc », Musée universel : revue illustrée hebdomadaire, Paris, 1874, 1er trimestre, Éditeur :  A. Ballue, p. 193.

Philippe et Gabriel Merlan

Né en 1503, Philippe Merlan, baron de Montpont, était le fils de Charles Merlan du Chatelet né à Chaudenay en 1480, lui-même fils de Pierre II du Chatelet, seigneur de Merlan. Héritier des biens du dernier baron de Mello, Charles Merlan devint seigneur de Jully-lez-Arnay-le-Duc. Maître de forges à Précy-sous-Thil et au Creusot, sa fortune était considérable. Sa famille avait acquis la dîme de Châteauneuf en 1485 et des dépendances à Cussy-le-Châtel l’année suivante. Lui-même fit l’acquisition de Jully (Magnien) en 1502 auprès de Raoul de La Trémouille, la baronnie de Thil-en-Auxois en 1529, ainsi que la seigneurie de Clomot. Il épousa Jehanne Foisset avec laquelle il eut deux enfants, Philippe et Pierrette Merlan du Chatelet. Il s’éteignit  en 1550 au château d’Arnay-le-Duc, à l’âge de 70 ans.

Signalé en qualité de ‘marchand’ à Arnay-le-Duc dans une lettre datée de février 1529, son fils, Philippe Merlan, abandonna très certainement cette activité lorsqu’il devint seize ans plus tard contrôleur et général des finances en Bourgogne et en Bresse, une charge pourvue sur le décès de Clugny Thunot, le 6 février 1546, et qu’il exerça jusqu’à sa mort en 1551. Seigneur comme son père de Jully-lez-Arnay-le-Duc, Gissey-le-Vieux, Creuzot et Thorey, il reprit le fief de Montpont en 1549. Sa femme, Marie de Grandrye († en 1608), qui épousa en secondes noces Claude de Beaumont, écuyer, lui avait donné un fils, Gabriel (1528-1562), qui lui succéda dans sa charge. Philippe Merlan décéda au cours de l’année 1551, âgé seulement de 48 ans.

Chevalier, baron de Montpont et seigneur de Jully-lez-Arnay-le-Duc comme son père, Gabriel Merlan fut pourvu en survivance de la charge de général des finances en 1551, puis fut nommé à l’office de trésorier de France en suite de l’édit de création, la même année, dans chaque recette générale du Royaume, de deux charges, l’une de général des finances, l’autre de trésorier de France, pour être exercée par le même officier. Un édit d’août 1557 ayant désuni les deux charges, Gabriel Merlan opta pour celle de trésorier et fut remplacé dans celui de général des finances par Philibert Robert. Gabriel Merlan épousa la fille de son beau-père, Charlotte de Beaumont († en 1561). Il s’éteignit à Arnay-le-Duc en 1562.

Le château des Merlan à Arnay-le-Duc

La construction du château des seigneurs de Jully à Arnay-le-Duc fut entreprise par Philippe Merlan vers 1534, date figurant sur notre cheminée. Ces travaux ne s’achevèrent que sous l’égide de son fils, Gabriel Merlan, au moment de son mariage avec Charlotte de Beaumont. On possède, grâce à l’ouvrage de Claude Sauvageot et quelques autres sources, certaines bribes d’information sur le décor très riche du château : un grand portail d’entrée, huit cheminées de pierre, la plupart richement sculptées, des boiseries, des plafonds et des lucarnes.

Après des difficultés financières et la mort de Gabriel Merlan survenue en 1562, le château fût cédé à la famille de Chabot-Charny en paiement pour dettes. En 1570, Henri de Navarre (1553-1610), futur roi Henri IV, y fut hébergé, à l’occasion de la bataille d’Arnay-le-Duc qui opposa, le 27 juin, une troupe de 4.000 protestants commandée par Gaspard II de Coligny à une armée royale de 12.000 hommes dirigée par le maréchal Artus de Cossé-Brissac ; cette bataille se solda par une éclatante victoire des Protestants. Jusqu’au début du XVIIe siècle, la seigneurie d’Arnay demeura dans l’apanage de la famille de Chabot-Charny – Arnay-le-Duc avait été rattaché au comté de Charny au cours du siècle précédent par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon (1419-1467). Elle fut vendue en 1634 par Françoise Bernarde de Montessus, comtesse de Charroux et veuve de Charles de Chabot, marquis de Mirebeau, pendant la minorité de Jacques de Chabot-Charny. Elle fut alors acquise, avec le château, par Henri II de Bourbon-Condé (1588-1646), premier prince du sang, pair de France et grand veneur de France, qui était également gouverneur de Bourgogne et du Berry. Le prince apprécia beaucoup ce lieu au sein duquel il se rendit souvent pour des parties de chasse, et le fit restaurer et meubler dans le goût de son époque.

Hubert Clerget (1818-1899), vue de l’une des huit cheminées de pierre du château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, Bourgogne-Franche-Comté, dessin à la mine de plomb sur papier vert. 26.7 x 17.6 cm. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, (inv. EST RESERVE VE-26 (P)).
Détails in situ d’un plafond du château d’Arnay-le-Duc, dessinés, gravés, et reproduits par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, pl. XXXX / pl. 6.

Celui-ci passa ensuite à son fils, Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), dit le Grand Condé, le célèbre vainqueur de Rocroi (1643), qui ne s’y rendit jamais mais le conserva jusqu’en 1675. C’est la raison pour laquelle le château est encore souvent appelé aujourd’hui « château des princes de Condé ».

« De gueules au lion d’or tenant dans sa dextre un croissant d’argent surmonté d’une étoile de même, au chef d’azur chargé de trois merlettes de sable », armoirie de la famille Merlan, château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, Bourgogne-Franche-Comté.
Plan du rez-de-chaussée du château d’Arnay-le-Duc, dessiné, gravé, et reproduit par Claude Sauvageot, Palais, châteaux, hôtels et maisons de France, du XVe au XVIIIe siècle, Paris, t. IV (4 vol.), Paris, 1867-1870, p. 63.
Vue actuelle de la cour intérieure du château d’Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, Bourgogne-Franche-Comté.
Vue in situ de notre cheminée photographiée dans le château de Villemenon, à Servon, en Seine-et-Marne, où elle avait été remontée vers 1865.
Vue du château de Villemenon, à Servon, en Seine-et-Marne.
Maurice Pignard-Péguet, Histoire générale illustrée des départements […], Seine-et-Marne : histoire des communes, guerres, seigneuries, anciens monuments, églises, châteaux […], A. Gout (Orléans), 1911, p. 217.

En 1675, l’ensemble du domaine fût rendu à la famille de Chabot « en vertu de la substitution de Philiberte de Luxembourg, Princesse d’Orange, à Charles de Lorraine, Duc d’Elboeuf, & à Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, comme enfans de Maguerite Chabot, petite-fille de l’Amiral [Philippe Chabot (1492-1543), dit l’Amiral de Brion, amiral de France, seigneur de Brion et d’Aspremont] – son célèbre tombeau est conservé au musée du Louvre». Il demeura dans cette famille jusqu’en 1778, servant même de prison en 1747 à un régiment d’infanterie hollandaise. Durant cette période de transition, les terres d’Arnay passèrent des Chabot aux Rohan puis, de ces derniers aux Brionne, par l’entremise des mariages. Lors du décès de Charles-Louis de Lorraine, comte de Brionne en 1761 – le comte avait autorisé le transfert de l’hôtel de ville dans le château des Merlan dès 1752 – sa veuve, née Marie-Louise-Julie-Constance de Rohan, hérita de la baronnie. Elle la revendit, avec le château, à la maison royale des dames de Saint-Cyr, en 1778, qui conservèrent le domaine jusqu’à la Révolution. Le château abrita le siège de la municipalité jusqu’en 1792, année au cours de laquelle il fut finalement vendu comme bien national. Il passa alors de main en main jusqu’à son rachat, nous l’avons vu, par Jean-François-Henri Bouruet, dont la famille avait fait l’acquisition en 1838 du château de Maulny à Limoges-Fourches, en Seine-et-Marne, détruit autour de 1900. Vidé de ses somptueux décors, le château des Merlan, ou du moins ce qu’il en restait, survécut jusqu’à nos jours, occupé, de 1865 jusqu’en 1957, par la fabrique de limes Proutat-Michot-Thomeret, plusieurs fois primée aux Expositions universelles de Paris et de Londres. De 1958 à 1967, la commune le rénova et détruisit les bâtiments inutiles, et à partir de 1967, il abrita le CPE (centre professionnel éducatif) Pierre-Meunier en internat. Ce centre déménagea en 2019, rendant ainsi le bail du château à la commune qui décida, dans la foulée, de le vendre à un propriétaire privée. Le château d’Arnay-le-Duc est inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis le 26 mai 1926.

Le château de Villemenon

Bâti après 1857 en lieu et place d’un ancien château démoli vers 1840 par un certain Jules-Vincent-Hubert Descours qui l’avait acquis deux ans plus tôt, le château actuel de Villemenon fut érigé dans le style néo-Renaissance pour le compte de Jean-François-Henri Bouruet. A la mort de ce dernier, survenue à Paris, le 19 février 1870, la demeure était achevée, mais pas encore aménagée. En effet, lorsque les héritiers la vendirent la même année, ils spécifièrent la mention suivante : « au milieu du parc,  un château style renaissance tout récemment construit et non encore aménagé à l’intérieur […] avec réserve de deux cheminées en pierre datant de 1534, provenant toutes deux, ainsi que la porte monumentale dressée dans le parc, du château d’Arnay-le-Duc ». A l’exception de ces deux cheminées et de ce très riche portail, les six autres cheminées et tous les précieux éléments de décor, notamment de boiseries, provenant du château des Merlan  furent alors dispersés dans le monde entier : l’une des cheminées, la seconde qui avait été dessinée et publiée par Claude Sauvageot en 1867-1870, fut acquise par l’entrepreneur millionnaire Cornelius Vanderbilt II (1843-1899) pour être remontée dans la bibliothèque de sa villa The Breakers à Newport, Rhode Island, contruite vers 1890, où elle se trouve toujours aujourd’hui, et un fragment de boiserie ou de mobilier liturgique, provenant très certainement du château, est aujourd’hui conservé au musée du Louvre.

Le domaine de Villemenon fut acquis par un certain M. Jeanson, qui en demeura le propriétaire de 1870 à 1875, puis appartint successivement à M. Boutet, de 1875 à 1911, à M. Drouin, et à M. Méhu, banquier à Paris, qui y ajouta de notables embellissements. La dernière propriétaire en titre du château et de notre cheminée fut Hélène Martini, née de Creyssac (1924-2017), célèbre directrice de théâtres, cabarets et salles de spectacle surnommée la « reine de la nuit parisienne ». Celle-ci orna Villemenon d’un étonnant mobilier incrusté de coquillages, de nacre et de corne, créé par le décorateur et joailler d’origine russe Romain de Tirtoff dit Erté (1892-1990).

Cheminée en pierre calcaire sculptée, ornée de l’histoire de la Santa Casa de Lorette, Rouen, époque de la première Renaissance, vers 1520-1530. Acquisition 1880. Inv. ECl.18726. Cette cheminée provient des collections du musée de Cluny qui l’a acquise en 1880 avec plusieurs autres éléments lors de la démolition de la maison qui l’abritait, sise rue Croix-de-Fer, à Rouen. Ecouen, musée national de la Renaissance (inv. ECL18726).
Cheminée de la première Renaissance française provenant de l’hôtel de Chapelaines, à Troyes, bâti après 1524. Cette cheminée fut offerte au musée des Arts décoratifs
de Troyes par Monsieur Paillot-Lemuet en 1848.
Cheminée du château du Bosquet, à Saint-Martin-d’Ardèche, France, XVIe siècle.
Donnée à la France par le Philadelphia Museum of Art en 1997.


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