H. 104 cm. (41 in.) ; L. 37 cm. (14 ½ in.) ; Pr. 19 cm. (7 ½ in.).
Cuivre émaillé en or sur fond blanc ; bronze doré ; bois peint en bleu lapis ; métal ; verre.
Cadran signé et daté dans sa partie inférieure : Martiniere. Emailleur et Pensionnaire du Roy. 1751.
Martiniere, fecit. 1751, visible à droite de la partie inférieure de la plaque émaillée ornant, en façade, la console d’applique supportant la pendule.
L’intérieure du vase signé A N MARTINIERE A. 23 … L … 1751 …Du Roy.
Mouvement signé FILLEUL A VERSAILLES.
Autres marques et inscriptions figurant sur le mouvement : « Moisy le 28 decembre 1751 » ; ainsi que plusieurs interventions d’horlogers au fil du temps et dans différents pays : ces inscriptions sont plus ou moins lisibles et parfois entièrement effacées ; présence d’un petit poinçon montrant un animal (?) couronné.
PROVENANCE : collection particulière.
Cette extraordinaire pendule en cartel, sur sa console d’applique, intégralement décorée de plaques en cuivre émaillées or sur fond blanc, le tout serti de bronze doré, constitue un unicum. Elle est l’œuvre d’Antoine-Nicolas Martinière (1706-1784), Emailleur et pensionnaire du Roy depuis 1741, qui l’exécuta dix ans plus tard, en 1751, date figurant à trois reprises au côté de sa signature sur la pendule et sa console.


De forme violonnée et très richement ornée de bronze doré, la pendule présente sur ses plaques en émail un décor très finement travaillé à l’or combinant trophées de chasse, délicates guirlandes de fleurs, fleurons et rosettes alternant avec des lis, le tout couronné, au-dessus du cadran, par un cartouche asymétrique orné des trois lis de France et bordé de volutes festonnées soulignées d’une palme et d’une branche de laurier entrecroisées. Les encadrements rocailles de bronze doré alternent volutes feuillagées d’acanthes, festons, petits boutons de fleurs, et cartouches d’oves asymétriques. Un vase de forme Médicis, émaillé blanc et or, souligné d’une corolle de fleurs de lis, et contenant un bouquet de fleurs émaillées et polychromes, ponctue l’ensemble. Le cadran, à chiffres romains pour les heures et arabes pour les minutes, agrémenté de fines accolades rythmées de petits lis d’or et de points, est signé et daté dans sa partie inférieure : MARTINIERE. EMAILLEUR ET PENSIONNAIRE DU ROY. 1751. Ses aiguilles, très ouvragées sont dorées, et la vitre du vantail qui le protège, dont la grande singularité est d’être bombée, occupe également toute la partie inférieure de la pendule jusqu’à un tertre rocailleux de bronze doré surmonté d’un opulent bouquet de roseaux. Deux compartiments oblongs également vitrés, à encadrements de bronze doré, occupent les petits côtés, permettant de voir partiellement l’intérieur de la boîte en bois peint en bleu lapis de la pendule. Le revers, peint du même bleu lapis, donne accès à un vantail rectangulaire dont l’ouverture permet l’accès à un mouvement signé Filleul a Versailles.
Supportant les quatre pieds à enroulement de la pendule, la console d’applique, de forme évasée et chantournée, montre en façade un riche décor émaillée or et blanc à motif de trophée de chasse montrant une tête de chien placée au centre d’un cor de chasse derrière lequel se croisent un fusil et une lance, le tout rehaussé de fines branches feuillagées. Deux petits trophées, également à motifs de cor de chasse, mais plus simples, à arc et flèche entrecroisés, ornent les petits côtés. Le tout est richement encadré de bronzes et présente une terrasse peinte en bleu lapis.

Antoine-Nicolas Martinière
Antoine-Nicolas Martinière fut probablement l’émailleur le plus talentueux et le plus célèbre du règne de Louis XV. Né en 1706, il était le fils de Nicolas Martinière († avant 1736), maître émailleur et patenôtrier, et de Marie Dumergue, domiciliés rue du Harlay en 1701. Deux de ses frères, Jacques-Nicolas et Charles-André Martinière, furent émailleurs comme lui, ainsi que trois de ses cousins au premier degré : Jacques-Nicolas, Jean et Jacques-Antoine Boullé. Antoine-Nicolas Martinière fit enregistrer ses lettres de maîtrise le 3 juillet 1720, cité alors en qualité de Marchand verrier-fayancier-émailleur-patenôtrier, et épousa, en septembre 1736, Geneviève Larsé, fille de Jean-François Larsé, maître horloger domicilié dans l’Enclos Saint-Denis de la Chartre en 1714, puis rue Pagevin en 1722, et de Louis-Catherine Brézaguez. Le couple eut au moins un fils : Jacques Nicolas (né en 1738).
Successivement établi rue Neuve Notre Dame en 1736, rue Haute des Ursins en 1738, rue Dauphine en 1740, et enfin, rue des Cinq Diamants de 1741 à sa mort, il connut rapidement une grande notoriété, tant sur le plan artistique que scientifique, et reçut, nous l’avons déjà évoqué, en gage de reconnaissance royale, le titre d’Émailleur et Pensionnaire du Roi en 1741, agrémenté de l’autorisation d’apposer désormais ce titre très convoité sur ses œuvres, et d’une pension annuelle. De 1744 à 1746, il fut juré de sa corporation.
Martinière fut le premier à réaliser des objets de grande taille en émail, une prouesse saluée par l’édition du Mercure de France du mois d’avril 1740, p. 741-742 : « Le Sr Martiniere, Emailleur, ruë Dauphine, l’entreprit [un cadran de pendule d’une seule pièce en émail et de 14 pouces de diamètre, soit 38 cm.], et réussit si bien à tous égards qu’il eut l’honneur de le présenter lui-même à Sa Majesté, qui en fut agréablement surprise, et Elle lui donna des marques de sa satisfaction avec tant de bonté, qu’il revint à Paris, charmé d’un si heureux succès, et résolu de faire de nouvelles études pour aller aussi loin dans son Art, qu’il seroit possible […] ».
Entre 1741 et 1742, il exécuta pour Louis XV, à l’âge de 36 ans, un extraordinaire Almanach perpétuel et toujours nouveau dédié au Roy, se déclinant en quatre tableaux trimestriels, émaillés à fond blanc, à riches bordures moulurées de bronze doré et couronnées des armes de France, aujourd’hui conservé à la Wallace Collection, à Londres.

Cet almanach, qui porte l’inscription Lorsque la Nouveauté vient Confondre mes Traits. Un Simple Arrangement me Rend Tous mes Attraits, se trouvait au palais des Tuileries en 1793, très certainement emporté de Versailles par Louis XVI. Il fut vendu par le Garde-Meuble national le 2 vendémiaire de l’an 6 (23 septembre 1797). En 1747, il exécuta en émail une Vue de la bataille de Fontenoy [11 mai 1745], qu’il dédia également au Roi. Acquise par Louis-Philippe en 1844, cette œuvre a été déposée par le Louvre au château de Versailles le 2 mai 1895. Entre 1750 et 1757, Madame de Pompadour le paya 1200 livres pour une intervention ou une « livraison » concernant le château de Bellevue, que la maîtresse royale venait de se faire bâtir par son architecte préféré, Jean Cailleteau dit « Lassurance ».
Martinière collabora régulièrement pour ses réalisations avec de grands artisans de son temps, tels le bronzier Jean-Joseph de Saint-Germain et les horlogers Julien Le Roy – peut-être dès 1731, Melchior Bonnaventure Balthazar, Louis Jouard, Jean-Baptiste III Albert Baillon, Etienne Le Noir, Gilles l’aîné, Joachim Bailly, Jean-Baptiste Gosselin, Lange de Bourbon – fabricant de baromètres, Jean Moisy et François-Joseph Filleul. Après plusieurs décennies d’activité – il était encore toujours en activité en 1775 selon Les Tablettes de la Renommée – il mourut à Paris, le 2 septembre 1784, dans un logement sis rue Quincampoix, Paroisse Saint-Merry.
François-Joseph Filleul

François-Joseph Filleul (1708-1774) occupa successivement la charge de Valet de chambre horloger ordinaire de la Dauphine en 1745, et celle de Chef du gobelet du Roy pour le quartier d’avril en 1748. Tout entière passée à Versailles, sa vie fut empreinte de discrétion. Fils de Nicolas Filleul, cocher de la duchesse de Bourgogne, et d’Élizabeth Deffebves, au service de la mère du futur Louis XV, il naquit à Versailles le 8 novembre 1708, et fut baptisé le surlendemain en l’église Notre-Dame, avec sa grand-mère pour marraine et le chef de cuisine du marquis d’Angot pour parrain.
Filleul commença par acquérir des charges au service de la famille d’Orléans. Il semble que c’est son mariage, le 14 novembre 1733, avec Françoise Anne Blouquier, fille d’un musicien de la Chapelle du Roi, François Blouquier, qui lui ouvrit les portes de la musique où il exerça ses talents de taille, sans délaisser pour autant ses charges domestiques, chez le duc d’Orléans, grâce auquel il fut logé, et chez Madame, belle-sœur de Louis XVI, dont il fut valet de chambre horloger.
La manière dont il acquit cette compétence technique demeure inconnue, tout comme sa formation musicale. À partir d’avril 1757, il présenta également la Gazette à la famille royale, ce qui, ajouté à ses autres charges, lui permit de vivre dans une confortable aisance, dans un logement encombré de dizaines de tableaux et de bibelots.
François Joseph Filleul demeurait rue de la Paroisse et était valet de chambre du duc de Chartres, lorsqu’il se maria en 1733. Parmi les témoins furent présents Marie Adélaïde de Gramont, duchesse de Gontault, l’évêque de Rennes, maître de la Chapelle du roi, « M. Le Voyer d’Argenson » [il est difficile de dire de quel membre de la famille il s’agit], le gouverneur du duc de Chartres, un officier du duc d’Orléans, le frère de son épouse, commis au bureau de la Guerre, et un cousin, Thomas Filleul, concierge du château Neuf de Meudon. La cérémonie se déroula « à dix heures trois quarts » en l’église Notre-Dame.
Filleul occupa par la suite la charge de taille de la Musique du Roi. Son nom apparaît pour la première fois dans l’État de la France de 1749. La présence du maître de la Chapelle Musique à son mariage, ainsi que celle de son beau-père, personnage influent au sein de la même Chapelle, contribuèrent sans nul doute à cette ascension pour le moins rapide. En 1757, sa charge de distributeur de la Gazette de France au Roi et à sa famille, lui rapportait, selon le duc de Luynes, 600 livres par an.
Le 13 février 1763, Filleul se décida à vendre pour 4 000 livres sa charge de Valet de chambre horloger ordinaire de la Dauphine à Pierre Daillé de Bonnevaux, valet de chambre horloger du roi de Pologne, tout en conservant son statut de titulaire lui permettant ainsi de continuer à percevoir ses gages. Il fit tous les voyages de Fontainebleau et de Compiègne, sauf s’il était malade ou si son service l’empêchait de suivre la Dauphine dans un déplacement particulier. En revanche, il abandonna définitivement le privilège de maître horloger à Paris attaché à sa charge, ce qui permit à Daillé de tenir boutique ouverte dans la capitale.
Il s’éteignit à son domicile, au 2e étage des écuries d’Orléans, rue de la Pompe, le 22 septembre 1774. Deux jours plutôt, « gisant au lit malade de corps », il avait reçu le notaire Raux-Rauland pour ajouter quelques clauses à son testament rédigé le 14 juillet 1771.



Dans l’inventaire de ses biens, dressé par le même notaire à partir du 3 octobre, il fut qualifié de valet de chambre horloger de Madame et Porte-manteau du duc d’Orléans. Sa qualité de musicien du Roi n’apparait qu’à la fin du document. La liquidation de sa succession, le 30 septembre 1775, indique qu’il présentait la Gazette à la famille royale « à raison de 150 livres pour chaque prince et princesse, ce dont il reste à cette date plus de 6 000 livres à payer ».


