Acajou sculpté ; marqueterie d’ivoire et d’ébène ; cuir rouge.
H. 96.5 cm. (38 in.) ; L. 71 cm. (28 in.) ; Pr. 76 cm. (30 in.).
MARQUES ET INSCRIPTIONS : C B, lettres au pochoir visible au revers de la ceinture de l’assise du fauteuil.
PROVENANCE : collection particulière.
BIBLIOGRAPHIE COMPARATIVE : Guillaume Janneau, Le Mobilier français, Les Sièges, Paris, 1967, p. 182, fig. 351 ; Madeleine Jarry, Le siège français, Fribourg, 1973, p. 288-289, fig. 288 ; Denise Ledoux-Lebard, Les ébénistes du XIXe siècle, 1795-1889, Leurs œuvres et leurs marques, Paris, 1984, p. 283 ; Marie-Noëlle de Grandry, Le mobilier français, Directoire, Consulat, Empire, Paris, 1996, p. 32 ; Christophe Huchet de Quénetain, Les styles Consulat et Empire, Paris, 2005, p. 104, fig. 73 ; Jean-Pierre Samoyault, Mobilier français Consulat et Empire, Paris, 2009, p. 27, fig. 25 et 29.

Le domaine du siège à la fin du XVIIIe siècle fut marqué par un renouveau des formes issu en particulier du règne animal. La période du Directoire vit en effet se multiplier les pieds en jarret de lion, à l’image de ceux, particulièrement puissants et remarquablement sculptés, flanquant notre fauteuil. Celui-ci présente une assise et un dossier garnis en cuir rouge, ce dernier surmonté d’un bandeau rectangulaire incurvé, dit ‘en hémicycle’, orné d’une délicate marqueterie à filets d’ébène et incrustations d’ivoire, à motifs d’étoile, de palmettes stylisées et d’enroulements. Des écoinçons formés par les montants latéraux du dossier soulignent les extrémités de ce bandeau.
La ceinture de l’assise, légèrement courbe en façade, est évasée vers l’avant, et prend appui sur deux pieds zoomorphes en jarret de lion ailés, montants monopodes coudés, terminés par un mufle de lion, et s’appuyant sur une large griffe, dont les ailes font office de supports d’accotoirs.
Ces derniers, disposés sur un plan strictement horizontal, sont ponctués à section carrée. Les pieds postérieurs, dits ‘à l’étrusque’, ont la forme de lames de sabre.
Le modèle de ce fauteuil fut créé sous la Convention (1792-1795) par Georges Jacob d’après un croquis de l’architecte Charles Percier (1764-1838), inspiré d’un support de table antique en marbre dit trapèzophore, dont plusieurs exemplaires – à têtes de lion ou de griffon – sont conservés à Pompéï. L’un de ces sièges antique a été reproduit par Percier, Fontaine et Bernier en 1798, dans un ouvrage intitulé Palais et Maisons de Rome. Jean-Baptiste-Claude Séné (1747-1803, maître en 1769) produisit également ce modèle. Un fauteuil de ce type, estampillé par Sené, est aujourd’hui conservé dans les collections du Mobilier national à Paris.
Jacob produisit des exemplaires de ce fauteuil identique au croquis de Percier, à l’image de celui conservé dans les collections du château de Malmaison, et d’autres présentant une variante au niveau de la ‘grille’ du dossier, à croisillons et patères, modèle qui fut reproduit par Pierre-Antoine de La Mésangère dans son célèbre recueil intitulé Meuble et objets de goût, dont un exemplaire est conservé au musée Carnavalet, à Paris.
Imposant et confortable, ce modèle de fauteuil rencontra un large succès et continua à être édité sous le Directoire par les frères Jacob, fils de Georges. Plusieurs exemplaires sont aujourd’hui répertoriés dans des collections publiques et privées. Celui déjà cité de Malmaison servit à Bonaparte dans son hôtel de la rue de la Victoire, et fut donné par le général en 1798 à son médecin Corvisart. Une paire de ces fauteuils, estampillés G. IACOB, fit partie de la collection de S.A. le prince Murat.


Ce siège fut aussi à plusieurs reprises reproduit dans des portraits. On le retrouve ainsi dans celui du compositeur François-Adrien Boïeldieu (1775-1834), célèbre portrait en pied exécuté en 1800 par Louis-Léopold Boilly (1761-1845), et conservé au musée des Beaux-Arts de Rouen. Un fauteuil de ce type, en acajou et bois bronzé et doré, enrichi d’étoiles et de bandeaux ornés de rosaces, est également visible sur un portrait du fils du peintre Isabey, Eugène, présenté au Salon de 1810 par Louis-André-Gabriel Bouchet (1759-1842).


Georges Jacob (Cheny, 1739 – Chaillot, 1814, maître en 1765), paire de fauteuils aux lions ailés en acajou, estampillés G. IACOB, Paris, vers 1795-1796. Ancienne collection de S.A. le prince Murat, vente à Paris, Hôtel Drouot, Mes Ader-Picard-Tajan, 14 juin 1983, lot n° 126 ; puis collection Agnelli.

La Maison Jacob, une Maison d’exception de la fin du XVIIIe siècle à l’Empire
Les Jacob comptent parmi les plus célèbres familles d’ébénistes parisiens qui parvinrent, sur trois générations actives dès le dernier tiers du XVIIIe siècle et jusqu’à la fin de la première moitié du XIXe siècle, à maintenir au premier rang la réputation de leur entreprise.
Né à Cheny en Bourgogne, le 6 juillet 1739, Georges Jacob, le père de la dynastie, perdit très jeune ses parents. Dès l’âge de seize ans, il décida de s’établir à Paris pour s’initier à la sculpture sur bois. Il oeuvra dans un premier temps comme compagnon chez le menuisier Louis Delanois, dont il subit nettement l’influence, et se spécialisa dès lors dans la fabrication des sièges. Grâce à l’appui de son maître, il obtint rapidement sa maîtrise qui fut enregistrée le 4 septembre 1765, et lui permit de s’établir sans prendre la succession d’un autre maître, pratique plutôt rare à l’époque. En 1767, il épousa Jeanne-Germaine Loyer, âgée de seize ans, et demeurant comme lui rue Beauregard, à Paris. Le couple s’installa peu après rue de Cléry, puis en 1775, définitivement rue Meslée. Ils eurent cinq enfants : trois fils et deux filles. L’aîné Georges II (1768-1803) et le cadet François-Honoré-Georges (1770-1841) devinrent tous deux menuisiers et ébénistes et secondèrent brillamment leur père dans son entreprise. Le benjamin, Louis, choisit une voie diamétralement opposée et entreprit de nombreux voyages.

De 1773 à la Révolution, Georges Jacob ne cessa de travailler pour le Garde-Meuble de la Couronne, fournissant les principales résidences royales. A partir de 1781, il occupa diverses fonctions dans sa corporation des menuisiers-ébénistes. En 1788, il devint syndic-adjoint et devait passer syndic l’année suivante. Principal fournisseur de la cour et des princes, il fut inquiété pendant la période révolutionnaire. Dénoncé à plusieurs reprises au Comité de salut public, il bénéficia cependant de la protection du peintre Jacques-Louis David avec lequel il collabora activement, créant des meubles sur les dessins de ce dernier. Le 13 août 1796, âgé de cinquante-sept ans, il céda son fonds à ses deux fils qui créèrent alors la raison sociale JACOB FRERES. Leur père leur loua ses ateliers et continua à les conseiller. Mais après la disparition prématurée de son fils aîné, Georges II, mort le 23 octobre 1803, il décida de former une nouvelle association avec son second fils, François-Honoré-Georges, association de neuf ans dont la dénomination sociale prit le nom de Jacob-Desmalter et Cie.
Le nom de Desmalter avait été ajouté à celui de Jacob dès la période du Directoire (1795-1799) en souvenir d’une terre familiale, « Les Malterres », qu’un aïeul de la famille possédait à Cheny, en Bourgogne.
Sous le Premier Empire, Jacob-Desmalter devint menuisier-ébéniste-fabricant de meubles et bronzes de L.L.M.M.I.I. et R.R. (Leurs Majestées Impériales et Royales), l’Empereur et l’Impératrice étant également Roi et Reine d’Italie depuis 1805. Pendant tout le règne de Napoléon 1er, il fut le principal fournisseur du Mobilier Impérial, distançant et de très loin tous ses contemporains. Il en fut également de même pour le commerce privé. Si l’on s’en réfère à l’étude d’Hector Lefuel, les ateliers des Jacob, qui comptèrent jusqu’à 332 artisans vers 1808, livrèrent pour près de dix millions de francs de meubles entre 1796 et 1813. Un cinquième seulement de cette somme colossale concerna les fournitures publiques ; un tiers fut voué à l’exportation ; tout le reste représentait les achats faits par des particuliers. Jacob-Desmalter déposa son bilan le 15 janvier 1813. L’Etat, son principal client, fut le grand responsable de cette situation en n’honorant pas en temps et en heure les nombreux mémoires souscrits après de la Maison Jacob. La femme de François-Honoré-Georges, séparée de bien, put momentanément diriger l’entreprise, cela jusqu’au rétablissement de Jacob-Desmalter à la tête de son établissement, ses créanciers ayant reconnu, dès le début de la Restauration, qu’il avait été uniquement victime des évènements politiques.