EXCEPTIONNEL LUSTRE À VINGT-QUATRE LUMIÈRES

À FIGURE DE VESTALE EN BOIS SCULPTÉ ET DORÉ ET CRISTAL DE ROCHE

Italie, Lombardie, Milan, époque néoclassique, vers 1780.
EXÉCUTÉ D’APRÈS DES DESSINS DE GIOCONDO ALBERTOLLI (BEDANO, 1742 – MILAN, 1839)

Bois sculpté et doré, métal doré, cristal et cristal de roche taillé.

H. 215 cm. (84 ¾ in.) ; D. 155 cm. (61 in.).

PROVENANCE: collection particulière, Italie.

BIBLIOGRAPHIE: Giuseppe Beretti, Un lampadario su disegno di Giocondo Albertolli, Milan, 2014, fig. 1.

Vue de notre lustre reproduit dans un article de Giuseppe Beretti, Un lampadario su disegno di Giocondo Albertolli, Milan, 2014, fig. 1.

Cet extraordinaire lustre néoclassique, très richement sculpté en bois et métal doré rehaussé de guirlandes de cristaux de roche et de cristaux taillés, a été exécuté vers 1780, très certainement à Milan, sur des dessins du célèbre architecte d’origine suisse Giocondo Albertolli (1742-1839), qui publia à Milan, entre 1778 et 1782 un recueil intitulé Ornamenti Diversi. Inventati, disegnati ed eseguiti da … Albertolli [ — Alcune decorazioni di nobili sale ed altri ornamenti — Miscellanea per i giovani studiosi del disegno ] qui influença nombre de ses contemporains.

Le lustre se singularise par un fût orné au centre d’une figure de vestale richement drapée à l’antique, maintenant sur sa tête, au moyen de ses bras levés, un culot feuillagé soutenant une succession de corolles évasées formant la partie supérieure ou pavillon du lustre. Celui-ci se présente sous la forme  d’un dôme campaniforme composé de palmettes de bois doré et de guirlandes de cristaux joignant un large disque de bois et de métal doré souligné à demi-entrelacs.

Giocondo Albertolli (1742-1839), candélabre aux vestales, publié dans le recueil Ornamenti Diversi. Inventati, disegnati ed eseguiti da … Albertolli [ — Alcune decorazioni di nobili sale ed altri ornamenti — Miscellanea per i giovani studiosi del disegno ].

Milan: G. Albertolli, Milan, entre 1778 et 1782.
Giocondo Albertolli (1742-1839), bras de lumières, publié dans le recueil Ornamenti Diversi. Inventati, disegnati ed eseguiti da … Albertolli [ — Alcune decorazioni di nobili sale ed altri ornamenti — Miscellanea per i giovani studiosi del disegno ].

Milan: G. Albertolli, Milan, entre 1778 et 1782.
Giocondo Albertolli (1742-1839), bras de lumières, publié dans le recueil Ornamenti Diversi. Inventati, disegnati ed eseguiti da … Albertolli [ — Alcune decorazioni di nobili sale ed altri ornamenti — Miscellanea per i giovani studiosi del disegno ].

Milan: G. Albertolli, Milan, entre 1778 et 1782.

Au niveau inférieur, la ceinture du luminaire est sculptée d’une luxuriante frise à motifs d’entrelacs et de rosettes d’où s’élancent seize bras de lumières en console, chacun souligné d’une large feuille d’acanthe et terminé d’une bobèche évasée surmontée d’un binet feuillagé à bulbe. Un deuxième rang formé de huit bras supplémentaires prend appui sur la terrasse supportant la vestale. La corbeille terminant le lustre est composée, à l’image du pavillon, d’une corolle ajourée de palmettes festonnées d’acanthes rejoignant un culot feuillagé de même d’où chute une ‘poire’ facettée de cristal de roche.

Giocondo Albertolli

Fils de Francesco Saverio, architecte à Aoste, et de Margherita De Giorgi, Giocondo Albertolli naquit en Suisse, à Bedano, non loin de Lugano dans le canton du Tessin, le 24 juillet 1742. Il devint un architecte, sculpteur, décorateur et peintre très renommé en Italie, et plus particulièrement à Milan entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle.

Albertolli se forma à l’Académie de Parme où il obtint des prix en 1766 et 1768. Au cours de ces années, il travailla sur les décorations de diverses églises de la ville et sur l’arc de triomphe du mariage du duc Ferdinand (1769). Entre 1770 et 1772, il fut engagé à Florence où Pietro Leopoldo lui commanda les stucs des appartements grand-ducaux de Poggio Imperiale, tandis qu’à Parme, il décora le Palazzo Grillo et exécuta les stucs des saints Pierre et Paul pour la cathédrale de Casalmaggiore. En 1772-1774, il se rendit à Rome puis à Naples où il fut chargé par Carlo Vanvitelli, peut-être sous la direction de Giuseppe Piermarini, d’exécuter certains chapiteaux de SS. Annunziata.

Giocondo Albertolli (1742-1839), bras de lumières, publié dans le recueil Ornamenti Diversi. Inventati, disegnati ed eseguiti da … Albertolli [ — Alcune decorazioni di nobili sale ed altri ornamenti — Miscellanea per i giovani studiosi del disegno ].

Milan: G. Albertolli, Milan, entre 1778 et 1782.

En 1774, Piermarini l’appella à Milan pour réaliser les intérieurs du palais royal. La fructueuse collaboration Piermarini-Albertolli se poursuivit avec des travaux pour la Villa Reale de Monza, le Teatro della Scala et de nombreux palais patriciens de Milan : Belgiojoso, Greppi ou encore Casnedi. Entre-temps, ses engagements à Florence se poursuivirent également avec la rénovation des salles du palais Pitti, de la salle du Poggio Imperiale et de la Sala della Niobe aux Uffizi. En 1779, il exécuta les ornements de la galerie du palais ducal (aujourd’hui Reale) de Mantoue. À Milan, où il décora le Palazzo Busca-Arconati en 1789, il devint professeur d’ornementation à l’Académie de Brera de 1776 à 1812 : les précieux albums imprimés documentent ses activités d’enseignement ; en 1807, il entra à la Commission d’ornementation publique.

En 1805, Albertolli réalisa pour la première fois un projet architectural complet, en rénovant le palais de Gaetano Melzi à Milan. Il conçut la colonne napoléonienne de Lodi (1809) et pour Francesco Melzi D’Eril, vice-président de la République cisalpine, il édifia la villa de Bellagio et l’oratoire attenant. Il fut également chargé par l’Église de réaliser l’autel de San Marco à Milan (1810) et de nombreuses tentures et meubles liturgiques pour le diocèse d’Ambroise. Enfin, il fut responsable du transport et de la reconstruction du petit temple de saint François de Lugano, datant du XVIe siècle, dans la villa Andreani à Moncucco di Brugherio, près de Monza (1833). Il reçut de nombreuses distinctions : Chevalier de la Couronne de Fer (1809) ; membre des Académies de Florence (1783), Vérone (1802), S. Luca à Rome (1815), Carrare (1818), Vienne (1836).

Formé au classicisme modéré de Petitot, qui influença encore les stucs du Palazzo Grillo à Parme et ceux du Poggio Imperiale à Florence, Albertolli fut, avec Piermarini, l’inventeur d’une voie toute italienne du néoclassicisme faite de sobriété, de rectitude formelle et d’intention didactique. Cette orientation correspondait à l’attitude des Habsbourg-Lorraine à l’égard des Lumières et trouva une facilité de développement dans le Milan de la période thérésienne à la fin du XVIIIe siècle. Même les œuvres florentines tardives, comme les décorations du Palazzo Pitti, s’inspirent de l’exemple du Palazzo Reale de Milan. À travers ses cycles de stucs décoratifs, son enseignement académique et les planches limpides de ses albums, il devint le protagoniste d’une pleine maturation de l’ornementation italienne, où architecture, décoration et ameublement s’imbriquèrent. Albertolli répondit avec brio à la mode française archéologique et éclectique par un regard rétrospectif sur la tradition du XVIe siècle, ressentie comme une alternative au monde classique.

Statue en pied de Giocondo Albertolli (1742-1839) ornant la loggia du premier étage
du palais Brera à Milan.

Il a ainsi constitué un répertoire plus sélectif dans lequel l’antiquité, la Renaissance et la nature pouvaient être intégrées. Son architecture est également de style lombard : la Villa Melzi à Bellagio, un bâtiment de caractère équilibré et semblable à un parc, conserve une grande indépendance vis-à-vis du néoclassicisme plus pompeux. Par son enseignement académique, Albertolli a entièrement influencé le goût italien jusqu’au début du XIXe siècle, formant toute une génération d’artistes à sa chaire innovante d’ornementation : des architectes aux ébénistes, en passant par les orfèvres et les brodeurs.

Œuvres : Bellagio, Villa Melzi ; Florence, Palazzo Pitti ; Florence, Poggio Imperiale ; Florence, Uffizi ; Milan, Palazzo Belgiojoso ; Milan, Palazzo Busca-Arconati ; Milan, Palazzo Casnedi ; Milan, Palazzo Greppi ; Milan, Palazzo Reale ; Monza, Villa Reale ; Parme, Palazzo Grillo, aujourd’hui Marchi.



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