PAIRE DE FAUTEUILS ‘À LA REINE’

Paris, époque Louis XV, vers 1745.
JEAN-BAPTISTE I TILLIARD (1686-1766, MAÎTRE MENUISIER EN 1717)

Bois sculpté et doré.

H. 101 cm. (40 in.) ; L. 78 cm. (30 ¾ in.) ; Pr. 64 cm. (25 ¼ in.).

PROVENANCE : collection Etienne Lévy à Paris ; collection Luigi Anton Laura, vente à Paris, Sotheby’s / Poulain Le Fur, 27 juin 2001, lot n° 50.

Quintessence de l’art du siège à Paris au milieu du règne de Louis XV, cette large paire de fauteuils « à la reine » est caractéristique de l’œuvre de Jean-Baptiste I Tilliard (1686-1766, maître menuisier en 1717), membre éminent de l’une des plus importantes et la plus ancienne dynastie de menuisiers en sièges parisiens, connue depuis la fin du XVIe siècle.

Jean-Baptiste I Tilliard, fauteuil ‘à la reine’ en suite des nôtres, Paris, vers 1740. Porte le numéro 202 sur la traverse arrière de son assise.

Provenance : Boston, The New-England Museum, vente Christie’s à New York, 24 septembre 1998, lot n° 400 ; puis vente Christie’s à New York, 2 novembre 2000, lot n° 192.

Chaque fauteuil présente une large assise à ceinture chantournée et bordures moulurées, à compartiments brettés rythmés de disques et de rosettes, formant une ligne continue avec les quatre pieds en console disposés en diagonale, chacun terminés d’un court sabot à enroulement feuillagé, et couronnés respectivement d’une branche de fleur stylisée contrastant sur un fond bretté surmontés de deux enroulements affrontés au niveau des pieds antérieurs, et d’un large cartouche évasé et festonné ponctué d’oves singularisant les pieds postérieurs. Ornement souvent considéré comme une véritable signature chez Jean-Baptiste Tilliard, un cartouche en forme de cœur surmonté de deux enroulements et flanqué de deux accolades ‘à oreilles’, festonnées et rehaussées d’acanthes, orne en façade le centre de la ceinture de l’assise, répété au même endroit au niveau de la traverse supérieure en arbalète du dossier. Ce dernier, légèrement incliné, montre un contour subtilement chantourné, enrichi, au niveau de ses épaulements, de festons feuillagés et fleuronnés à canaux, et, au centre de sa traverse inférieure, distincte de celle de l’assise, d’un petit cartouche festonné et feuillagé de même.

De courtes volutes et feuilles d’acanthes viennent enrichir les dés de raccordement du dossier à l’assise, ainsi que l’amorce des accotoirs à manchettes de chaque fauteuil, accotoirs ponctués d’un petit cartouche asymétrique à bouton et festons formant corps avec des supports d’accotoirs en ‘S’ très richement moulurés et festonnés. Ces derniers viennent joindre, en un magnifique mouvement tore, les deux côtés de la ceinture de l’assise, marqués à cet endroit par deux accolades feuillagées, affrontées et contraires.

Ces fauteuils forment un précieux témoignage parfaitement représentatif de ce que fut le beau siège Louis XV au milieu du XVIIIe siècle, à savoir un siège caractérisé par la parfaite maîtrise de son dessin, la très grande pureté de ses lignes, celle de ses galbes, sans oublier la grande précision de sa sculpture, doublé ici d’une grande finesse de ses ornements

Un fauteuil ‘à la reine’ en suite des nôtres, reproduit ci-dessus et portant le numéro 202 sur la traverse arrière de son assise, fit partie des collections du New-England Museum, à Boston.

Jean-Baptiste I Tilliard

Né en 1686, Jean-Baptiste Tilliard, dit Jean-Baptiste I, était le fils de Jean Tilliard et d’Angélique Mathelin. Il fut reçu maître menuisier en 1717. Date à laquelle il épousa Marie-Anne Barthélémy dont il eut six enfants, notamment Jacques-Jean-Baptiste, futur menuisier. Il s’installa rue de Cléry à l’enseigne « aux Armes de France », entre les ateliers des menuisiers Nicolas Foliot et Louis Cresson. A la mort de sa première femme, il se remaria avec une certaine Jeanne Jourdain dont il n’eut aucun descendant. Enfin, il occupa au sein de sa paroisse les fonctions de marguillier et de commissaire aux actions charitables.

Il avait un atelier très important, puisqu’il détenait onze établis et produisait essentiellement sur commande. Il travaillait avec les sculpteurs Portebois, Damien Quintel, Nicolas Heurtaut, ainsi que François Roumier et Toussaint Foliot par l’intermédiaire de la Couronne. Il entretenait des relations commerciales ou de sous-traitance avec les menuisiers Pierre Berluy, Jacques Desaitres, Alexis Gauthier, Jean Mercier, Nicolas Heurtaut et surtout, avec son frère Nicolas Tilliard et François Foliot, tous trois menuisiers de la Maison du Roi.

Il commercialisait sa production par les marchands tapissiers Jean-Baptiste Guichard, Robert Legrand, probablement le célèbre Sallior, et par le marchand-mercier Julien-Etienne Olivier.

C’est certainement après la mort de son père en 1728 qu’il acquit le titre de « maître menuisier du Garde-Meuble du Roi » avec lequel il livra régulièrement pour la Couronne. Mais il travailla aussi pour une clientèle de choix : le prince de Soubise, les ducs d’Aiguillon, d’Antin, de Noirmoutier et de Sully, les duchesses de Mazarin et de Parme Louis-Elisabeth, le comte d’Evreux, M. d’Argenson, Mme de la Vrillière, Le Lorrain, Fontaine de Cramayel… Jean-Baptiste I Tilliard s’éteignit à Paris en 1766.



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