
Bronze à patine brun-noir ; marbre (piédouches).
Bustes : H. 44 cm. (17 ¼ in.) ; L. 33 cm. (12 ½ in.).
Piedouches: H. 13 cm. (5 in.). H. totale : 57 cm. (22 ½ in.).
PROVENANCE : collection de Louis-Antoine Crozat (1699-1770), baron de Thiers, en son hôtel de la place Vendôme, l’hôtel d’Evreux, sis au n° 19 ; lot n° 355 de son inventaire après décès dressé le 22 décembre 1770, soit sept jours après sa mort ; vente du “cabinet de feu M. Crozat, Baron de Thiers” par Pierre Remy (1715 (?)-1797 (?)), Paris, entre le 26 février et le 27 mars 1772, lot n° 920 ; collection de Claude-Pierre-Maximilien de Radix de Sainte-Foy (1736-1810), trésorier de la Marine en 1764, et surintendant du comte d’Artois, sa vente à Paris par Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813) , le 22 avril 1782 & jours suivants, lot n° 28 ; achetés à la vente par Jacques Langlier ou Lenglier (1730?-181?), marchand de tableaux et expert, puis revendus par Lebrun, le 3 décembre 1782, lot n° 131 ; acquis à la vente par Pierre-François Basan (1723-1797), graveur, éditeur et marchand d’estampes ; peut-être collection du baron Pieter Nicolaas Van Hoorn Van Vlooswijck (1742-1809), dans son hôtel sis au n° 34 de la rue d’Enfer, à Paris ; sa vente in situ à Paris, par Lebrun, le 22 novembre 1809, lot n° 31.
BIBLIOGRAPHIE concernant Robert Le Lorrain : Michèle Beaulieu, Robert Le Lorrain, 1666-1743, Paris, Arthena, 1982 ; Guilhem Scherf, « Robert Le Lorrain », Bronzes français de la Renaissance au Siècle des lumières, sous la direction de Geneviève Bresc-Bautier & Guilhem Scherf, Paris, 2008, p. 416.

Ces bustes en bronze, datés vers 1695-1705, très finement ciselés et à la belle patine brun-noir, représentant pour l’un la Vénus de Médicis, et le second un Faune au visage particulièrement expressif et souriant, et à la coiffure rehaussée d’une couronne de pins, correspondent, à l’exception de leurs piédouches, à “deux bustes en bronze de Le Lorrain” mentionnés dans l’inventaire après décès de Louis-Antoine Crozat (1699-1770), baron de Thiers, dressé le 22 décembre 1770, soit sept jours après sa mort, en son hôtel de la place Vendôme, l’hôtel d’Evreux, sis au n° 19 de la place: “355. Item deux bustes en bronze de le lorrain, l’un represente une femme, et l’autre un faune sur leurs pieds de marbre verd d’Egypte, prisés ensemble la somme de cent cinquante livres. Cy…150”.
Le modèle du buste du Faune, que l’on attribue ici pour la première fois à Robert Le Lorrain (1666-1743), d’après un antique de la collection de François Girardon (1628-1715) que nous analyserons ci-après, était traditionnellement donné jusqu’à nos jours au sculpteur florentin Massimiliano Soldani-Benzi (1656-1740), depuis une étude publiée en 1962 par l’historien de l’art allemand Klaus Lankheit.
Un exemplaire de ce modèle a successivement fait partie de la collection Steinitz, à Paris, puis Daniel Katz à Londres ; et un second, mais à col rond, sans drapé, est conservé à Chapel Hill (Etats-Unis), dans les collections du Ackland Art Museum, The University of North Carolina, don du Ackland Associates and Ackland Fund.
Le modèle du buste de la Vénus de Médicis était quant à lui bien connu en France à la fin du XVIIe siècle, et vers 1685, soit l’année suivant l’entrée de Le Lorrain comme élève dans son atelier, Girardon, ainsi qu’en atteste les comptes des Bâtiments du Roi, avait donné les modèles en cire et en plâtre de la grande Vénus de Médicis en pied conservée au château de Versailles (inv. MR 3292 / MV 8428), pendant d’un Adonis pour lequel il avait également donné les modèles. Fondues par Jean-Balthasar Keller (1638-1702) en 1685-1687, les deux bronzes furent placés à l’origine sur le parterre de l’Orangerie du château, à l’ouest de l’allée centrale, avant d’être finalement envoyés au château de Marly, où ils sont attestés dans l’inventaire de 1695.



Les deux bustes du baron de Thiers constituent, à notre connaissance, le seul exemple d’appairage du buste de la Vénus de Médicis avec celui du Faune, que nous ayons répertorié dans les catalogues de ventes du XVIIIe siècle. Ils furent vendus aux enchères par Pierre Remy (1715 (?)-1797 (?)), au moment de la vente du “cabinet de feu M. Crozat, Baron de Thiers” qui se déroula à Paris entre le 26 février et le 27 mars 1772, décrits au chapitre des « Bronzes » avec des précisions supplémentaires et surtout leur hauteur hors piédouche : « 920. Le bufte de la Vénus antique, & celui d’un Faune : chacun a 16 pouces 6 lignes de haut [44.65 cm. soit la hauteur précise des deux bustes étudiés ici sans leur piédouche], sur des piedouches de marbre verd d’Egypte ». Ils furent adjugés 299 livres. Acquis à la vente ou revendus un peu plus tard à Claude-Pierre-Maximilien de Radix de Sainte-Foy (1736-1810), trésorier de la Marine en 1764, surintendant du comte d’Artois et ministre plénipotentiaire auprès du duc des Deux-Ponts, les bustes figurèrent à la vente anonyme de sa collection par Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813), le 22 avril 1782 & jours suivants : « Bronzes […] 28 Deux Buftes : l’un repréfente la Vénus de Médicis, & l’autre le Faune : tous deux d’après l’antique, très-bien cifelé, & pofés sur des piedouches de verd de mer. Hauteur 21 pouces [56.8 cm. incluant donc ici leur piédouche], largeur 12 pouces [32.5 cm., soit la largeur précise des deux bustes étudiés ici] ». Ils furent achetés à la vente par Jacques Langlier ou Lenglier (1730?-181?), marchand de tableaux et expert, puis revendus par Lebrun quelques mois plus tard, le 3 décembre 1782, à l’occasion d’une importante vente d’œuvres « provenans de différens Cabinets », mais aussi de sa propre collection, formant le lot n° 131 présentant le même descriptif et les mêmes dimensions que ceux mentionnés dans le catalogue de la vente d’avril. Pierre-François Basan (1723-1797), graveur, éditeur et marchand d’estampes, en fit l’acquisition pour la somme de 281 livres.
Se pourrait-il alors qu’il les ait revendus au baron Pieter Nicolaas Van Hoorn Van Vlooswijck (1742-1809), un très grand amateur et collectionneur, originaire d’Amsterdam et établi à Paris, ou que celui-ci en ait fait l’acquisition un peu plus tard ? Le baron posséda en effet dans son hôtel sis au n° 34 de la rue d’Enfer, à Paris :
« Deux Buftes en bronze, d’une charmante exécution : la Vénus de Médicis, le Faune à la tache de bronze ; sur piedouche de marbre jaune de Sienne. – 16 po. de prop. [43.3 cm.] » qui formèrent le lot n° 31 de sa vente après décès du 22 novembre 1809, réalisée in situ dans son hôtel sous le ministère de Lebrun. Le fait que nous n’avons répertorié aucun autre lot associant le buste en bronze de la Vénus de Médicis et celui d’un Faune, tous deux d’environ 16 pouces hauteur sans leur piédouche, dans les catalogues de ventes du XVIIIe siècle autres que ceux mentionnés ci-dessus, nous autorise ici à nous poser la question. Dans ce cas, cela signifierait que les piédouches en marbre vert d’Egypte d’origine auraient été changés, ce qui, au gré des desiderata des marchands et des collectionneurs, pouvait parfaitement se produire.




Signalons également, à deux reprises, et dans les collections successives de deux grands personnages de l’Etat, tous deux responsables des finances du Royaume, Jean-Nicolas de Boullongne (1726-1787), intendant des Finances de Louis XV en 1757, grand collectionneur et amateur honoraire de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture depuis 1777, et Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802), contrôleur général des Finances à partir de 1783, qui s’exila à Londres après sa disgrâce en 1787, la présence d’un buste en bronze de la Vénus de Médicis associé à celui non pas d’un faune mais d’un satyre, tous deux placés sur des piédouches en bronze doré, et d’une hauteur totale de 22 pouces [59.5 cm.]. Il s’agit là à l’évidence du même lot qui appartint tout d’abord à Monsieur de Boullongne, formant le n° 252 de sa vente après décès du 8 mai 1787, sous la direction de Georges et Bizet, « en son Hôtel, rue S. Honoré, vis-à-vis les Jacobins ; N° 14 » : « Deux Buftes, la Vénus de Médicis & un Satyre en pendant, sur leur piédouche dorés : Hauteur, 22 pouces » ; puis à Monsieur de Calonne, mentionné dans la vente anonyme de sa collection organisée par Lebrun du 21 au 30 avril 1788, soit l’année suivant son exil : « 293 Deux Buftes très agréables, la Vénus de Médicis & un Satyre, sur leur piédouche doré. Hauteur 22 pouc. ». Les deux bustes furent achetés 281 livres par Munié, marchand de tableaux, dont la vente après décès se tint sous Louis-Philippe, entre les 11 et 16 novembre 1839 à Paris. Les deux bustes n’y figurèrent pas.
On serait tenté là aussi de se demander si ces bustes ne seraient pas ceux du baron de Thiers, leurs piédouches en marbre vert d’Egypte ayant très bien pu être remplacés par des piédouches en bronze doré entre 1782 et 1787. Toutes les ventes susmentionnées s’inscrivent bel et bien en suite les unes des autres, et les commissaires-priseurs de la vente de Boullongne, Georges et Bizet, auraient très bien pu décrire le buste du faune comme étant un buste de satyre, la différence pouvant apparaître ici bien mince. En revanche on imagine moins Lebrun, qui lui avait déjà possédé les modèles au moins à deux reprises, se tromper de terme. Notons également que s’il décrit le buste comme étant certes « très agréable, il n’avait pas hésité à employer les mots « d’après l’antique » et « très-bien cifelé » pour décrire le buste du Faune dans ses ventes précédentes.
Ainsi que nous le mentionnions plus haut, le modèle du buste du Faune dont se servit très certainement Le Lorrain, est une tête antique qui fit partie de la collection de Girardon et que ce dernier monta lui-même en buste. Ce buste, qui n’est pas sans évoquer les deux célèbres faunes « Mazarin » qui se trouvaient alors dans les collections royales, figura dans sa « gallerie », à laquelle Le Lorrain avait un libre accès, en pendant à un buste de femme d’après l’antique, formant la figure n° 3 de la planche X de la Gallerie de Girardon, gravée par Nicolas Chevallier d’après des dessins de René Charpentier (1680-1723)], Paris [1709] : « Deux petits Bustes de Marbre ». Après la mort du sculpteur survenue le 1er septembre 1715, ce faune fut acquis par Antoine Coypel (1661-1722), Premier peintre du Roi en 1716, qui avait travaillé avec Girardon à la chapelle Louvois aux Capucines, et figura dans sa galerie, ainsi que nous le révèle son inventaire après-décès : : « Dans la Gallerie : 90. Item, un petit buste de marbre représentant un Faune, prisé 30 livres ». Son fils, Charles-Antoine Coypel (1694-1752), nommé Premier peintre du Roi et directeur de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture en 1747, en hérita et le conserva jusqu’à sa mort.
Le buste forma le lot n° 193 de la vente après décès de sa collection à Paris, en avril 1753, dont le catalogue fut rédigé par Pierre-Jean Mariette (1694-1774) :
« 193. Bufte d’un jeune Faune, antique & de marbre blanc, de 20 pouces de haut [54 cm. soit dix centimètres de plus que le modèle de Le Lorrain], sans y comprendre son piédouche. Le pied de Menuiserie qui sert à le porter se vendra conjointement ». Il fut acquis 150 livres par Anne Claude Philippe de Pestels de Lévis de Tubières-Grimoard, comte de Caylus (1692-1765), qui l’illustra trois ans plus tard, de face et de profil, dans le tome second de son fameux Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, planche XLVIII, figure 1, accompagné d’un commentaire particulièrement riche d’enseignement, p. 140-142 : « […] Cette belle tête de Marbre, & d’une proportion de Nature un peu diminuée, étoit dans le Cabinet de Girardon, Sculpteur du Roi, & de l’Académie de Peinture ; il l’a placée sur un Bufte […] il a jetté en bronze ce Bufte, & plufieurs autres, pour M. le Chancelier de Pontchartrain, homme célèbre par son efprit, & par ses grands talens dans le Miniftère, qui se délaffoit de ses importantes occupations, par la recherche des morceaux les plus rares de l’Antique, & du Moderne.

Ces Buftes en Bronze sont un très-bel effet ; ils pourroient même induire en erreur dans la suite des temps, & passer pour des morceaux véritablement Antiques. Antoine Coypel, premier Peintre du Roi, fit l’acquifition de ce Marbre à la vente du Cabinet de Girardon ; il le regardoit comme un des plus beaux morceaux de la magnifique collection que ce célèbre Artifte avoit formée, & qu’il a fait graver. Ainsi on peut voir ce Bufte dans son entier tel qu’il l’avoit remoderné. Charles Coypel, fils d’Antoine, également premier Peintre du Roi l’avoit confervé, avec cette efpèce de vénération, que les véritables Amateurs ont pour les choefs-d’œuvres de l’Art […] Ce bufte entier, & tel qu’il a été jetté en Bronze, a dix-neuf pouces, six lignes de hauteur [52.8 cm.]; la Tête Antique a neuf pouces, six lignes [25.7 cm.]».



Né à Paris en 1666, Le Lorrain, qui avait tout d’abord étudié le dessin chez Pierre Monier (1641-1703), entra dès l’âge de dix-huit ans dans l’atelier de Girardon. Après avoir obtenu le premier prix de sculpture en 1689, il séjourna à Rome de 1692 à 1694, où il manifesta un goût très prononcé pour le bronze, préférant en effet envoyer à Paris, ainsi que le commente Dezallier d’Argenville : « des modèles d’après l’antique, & quelques-unes de ses compofitions » afin qu’ils soient fondus et vendus à des particuliers, que des sculptures en marbre pour le Roi. Il s’attira en conséquence les foudres de Matthieu de La Teulière, directeur de l’Académie de France à Rome de 1684 à 1699, qui, dans une lettre datée du 15 juin 1694, écrivit à Édouard Colbert de Villacerf (1628-1699), surintendant des Bâtiments du Roi : « […] Le Sr Lorrain a lieu d’estre content de son séjour, en ce qu’il n’a travaillé que pour son utilité particulière. Il a envoyé à Paris la pluspart ds modelles qu’il a faits. Je croyois qu’ils n’estoient destinés que pour faire voir ce qu’il savoit faire, et j’ay appris que c’est pour les vendre à quelque fondeur qui les jette en bronze. Il pourra faire à Paris ce commerce plus comodément qu’icy ».



Collection de Jean-Baptiste-Pierre Lebrun (1748-1813) & « provenans de differens Cabinets », vente à Paris, par J. B. P. Lebrun, le 3 décembre 1782 et jours suivants, lot n° 131.
De retour en France en septembre 1694, il fut agréé en 1700, puis reçu l’année suivante à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture. Entre 1695 et 1705, une partie de son activité fut consacrée à la conception de plusieurs modèles de sculptures de petit format destinés à être fondus en bronze, à l’image de ce que fit Corneille Van Clève (1645-1732) que Le Lorrain admirait beaucoup. Selon Mariette, « Il modeloit avec une très-grande facilité. Aussi fut-il beaucoup occupé, surtout dans ses premiers temps, à faire des modèles de figures et de groupes, qui ont été jettés en bronze et qui font l’ornement des cabinets. Ils sont agréables et richement agencés ».
A partir de 1714, Cressent, qui venait d’arriver à Paris, réalisa pour lui, ainsi que pour Girardon, des travaux de ciselures, ainsi que le prouve la mention d’une « Andromède enchaînée à un rocher, réparée par le sieur Cressent pour M. Le Lorrain, qui en a fait le modèle », formant successivement lot n° 91 de la vente Cressent du 15 mars 1757, puis le lot n° 133 de celle du 19 mars 1765. Très peu d’exemples de ces œuvres en bronze de Le Lorrain, et des bustes en particulier, sont aujourd’hui identifiés. Un buste de Thétis, avec pour pendant un buste d’Apollon, datés vers 1710-1720 et hauts respectivement de 43 et 38 cm., provenant de la collection du duc de Talleyrand au château de Valençay, appartiennent aujourd’hui à celle du prince de Liechtenstein ; une autre paire de ces bustes, mais avec variantes et probablement plus tardive, est conservée à Baltimore, à la Walters Art Gallery ; un buste de jeune fille, daté vers 1720 et haut de 48.7 cm. avec son piédouche, est conservé à New York, au Metropolitan Museum of Art ; la Frick Collection à New York, possède le buste cuirassé d’un jeune garçon qui pourrait symboliser le dieu Mars, haut de 36.2 cm. et provenant des collections Rouet de Clermont, puis J. Pierpont Morgan ; il est présenté ‘en pendant’ d’un buste de jeune fille du modèle de celui du Metropolitan Museum ; une ‘paire’ de bustes analogues à ceux de la Frick, provenant de la collection de Sir Philip Sassoon, appartient à la Huntington Library, Art Museum, and Botanical Gardens, à San Marino ; et les mêmes bustes « en pendant » figurèrent également dans la collection de Louis Guiraud à Paris, vendue en 1971.



Claude Mellan, Statue antique de marbre d’un faune [Le Faune grec Mazarin], haulte de 4 piedz 2 p., au palais des Thuilleries, 1671. Gravure publiée dans André Félibien, Tableaux du Cabinet du roy. Statues et bustes antiques des maisons royales, t. I, 1677.
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon,
A13-133, pl. 9.
Le Faune grec Mazarin, antique exécuté d’après un original du IIe siècle, découvert dans les années 1630 à Rome, près de la basilique des Quatre-Saints-Couronnés, avec un autre Faune (MR 1918).
Collection du château de Versailles (inv. MR 1917 / MV 7959).
Au vu de ce corpus particulièrement réduit, beaucoup d’œuvres ayant disparu ou n’ayant jamais pu être identifiées, l’attribution de ces bustes de la Vénus de Médicis et du Faune à Le Lorrain apparait comme une découverte importante, en particulier le modèle du Faune, traditionnellement donné à Soldani-Benzi. Le sujet du Faune fut traité à plusieurs reprises par Le Lorrain : en 1706-1710, il exécuta un faune en marbre d’environ 1,60 mètres, aujourd’hui perdu, pour la cascade de Marly ; c’est peut-être le modèle de ce Faune qui est mentionné dans son atelier dans son inventaire après décès dressé les 6,7 et 8 août 1743 ; « Un Faune & une Driade, buftes en pendants [en marbre blanc], par Robert Le Lorrain […] hauteur chacun de 18 pouces [48.7 cm.] non compris des pieds de marbre noir […] » figurèrent dans la vente de la collection d’Augustin Blondel de Gagny (1695-1776), le 10 décembre 1776 (lot n° 406) ; selon Michèle Beaulieu, il semble qu’il y ait eu au moins trois versions de ces deux « pendants » de marbre blanc, dont aucune n’est identifiée à ce jour ; enfin Le Lorrain reçut également 575 livres, le 25 mars 1708, pour deux figures de bronze, elles-aussi non identifiées, destinées au grand salon de l’hôtel de Condé : un Apollon et « le Faune antique tenant Jupiter enfant » réalisé d’après le célèbre antique de la collection Borghese entrée au Louvre en 1807.