CONSOLE D’ÉPOQUE RÉGENCE

Paris, fin du règne de Louis XIV – début de la période Régence, vers 1700.
ATTRIBUÉE À SIMON HOURLIEZ (MAÎTRE SCULPTEUR ACTIF À PARIS ENTRE 1700 ET 1720)

Noyer mouluré, sculpté et doré ; marbre brèche violette.

H. 86 cm. (34 in.) ; L. 155 cm. (61 in.); Pr. 63.5 cm. (25 in.).

PROVENANCE : collection de Pierre-Louis-Bernard d’Harcourt (1842-1914), 5e marquis d’Harcourt-Olonde, et de son épouse, née Marguerite de Gontaut-Biron, (1850-1953), au château de Saint-Eusoge, à Rogny-les-Sept-Écluses (Yonne) ; collection de leur fils, Etienne d’Harcourt (1884-1970), 6e marquis d’Harcourt-Olonde, au château de Saint-Eusoge ; collection de son fils Amaury d’Harcourt (1925-2018), vicomte d’Harcourt, au château de Saint-Eusoge ; puis descendance.

BIBLIOGRAPHIE COMPARATIVE : Bruno Pons, De Paris à Versailles, 1699-1736, Les sculpteurs ornemanistes parisiens et l’art décoratif des Bâtiments du roi, Strasbourg, 1986, p. 174 et note 517, fig. nos 497 et 498.

Gravure vers 1700 par Pierre Lepautre (v. 1652-1716), publiée dans son Livre de Tables qui sont dans les Apartemens du Roy sur lesquelles sont posée des Bijoux du Cabinet des Médailles. Dessiné et gravé par P. Le Pautre Graveur du Roy.

Collection des châteaux de Versailles et de Trianon
(inv. INV.GRAV 775).

Il est souligné d’un petit motif feuillagé flanqué par deux opulents enroulements perlés d’acanthes, formant ainsi une découpe inférieure ‘en arbalète’ de cette partie centrale de la console, d’où émergent des tiges sinueuses et entrelacées de feuillages et de fleurs couvrant partiellement, tout autour du médaillon, le décor sculpté « à mosaïque et fleurons » de la ceinture. Si cette frise « à mosaïque et fleurons » n’apparait pas sur la table de Lepautre qui nous intéresse ici, elle caractérise en revanche, à l’identique, disposée de la même manière sur un seul rang au pourtour de la ceinture, deux autres tables du Livre de l’ornemaniste.

Table gravée vers 1700 par Pierre Lepautre (v. 1652-1716), montrant dans sa partie droite une ceinture ornée d’une frise à mosaïque et fleurons identique à celle de notre console. Livre de Tables qui sont dans les Apartemens du Roy sur lesquelles sont posée des Bijoux du Cabinet des Médailles. Dessiné et gravé par P. Le Pautre Graveur du Roy.

Collection des châteaux de Versailles et de Trianon
(inv. INV.GRAV 773).

La console, provenant de la collection des marquis d’Harcourt-Olonde, est dérivée, sans grande transformation, d’une table gravée vers 1700 par Pierre Lepautre (v. 1652-1716), architecte, graveur et ornemaniste, nommé en 1699 dessinateur des Bâtiments du Roi, provenant de son Livre de Tables qui sont dans les Apartemens du Roy sur lesquelles sont posée des Bijoux du Cabinet des Médailles. Dessiné et gravé par P. Le Pautre Graveur du Roy. Se Vend Chez Daigremont Rue Aubriboucher [rue Aubry-le-Boucher dans le 4e arrondissement à Paris] a l’image Ste. Genevève. Tout comme la table du Roi, elle se singularise, au niveau de sa ceinture, par un grand médaillon central, enrubanné et formant débord, orné d’un profil de buste d’homme ‘à l’antique’, ici orienté vers la gauche et casqué.

Détail de la gravure précédente (inv. INV.GRAV 775).

La console repose sur quatre pieds galbés à enroulements, disposés en diagonale, ponctués de bustes drapés de femmes ailées, et supportés par des jambages de section carrée, moulurés et enrichis en façade d’une chute de piastres et de frises de pois contrastant sur des fonds striés au niveau des parties latérales. Ils sont terminés par de petits sabots coniques et feuillagés, et joints par une entretoise chantournée très richement sculptée à décor de piastres, de pois, d’acanthes, de fleurons et d’une paire de coquilles flanquant un ‘rond’ central uni et légèrement bombé, ceint d’une frise de pois. Un somptueux plateau rectiligne à bordure moulurée de marbre brèche violette couronne le tout.

Cette console appartient à un très petit corpus de consoles similaires, datées de la fin du règne de Louis XIV ou du tout début de la période Régence, vers 1700-1720. L’une d’entre-elles, plus étroite et correspondant à un pied de cabinet, provenant de la collection de Rodolphe Kann vendue en 1907, a été attribuée à Simon Hourliez par Bruno Pons, se référant à un mémoire du maître sculpteur qui livra avant 1720 au palais Mazarin, pour le compte de Paul-Jules de La Porte (1666-1731), 2e duc de Mazarin, un pied de cabinet en laque correspondant à celui de la collection Kann. Une console aux dimensions sensiblement similaires à celle présentée ici, également ornée d’un médaillon à profil d’homme casqué, et supportant un plateau en marbre rouge du Languedoc, est passée en vente à Paris en 1986. Une autre, plus étroite, montrant un médaillon à profil de femme orientée vers la droite, suggérant ici la notion de ‘pendant’, mais à bustes de femme non ailées, ornée d’un plateau en marbre rouge royal, est passée sur le marché de l’art parisien en 1977. Une troisième, à ceinture simple et sans médaillon central, a fait partie de la collection Bensimon. Malgré quelques variantes dans le détail de leurs répertoires sculptés, toutes ces consoles dérivent incontestablement du modèle de Lepautre, et démontrent que ce dernier connut un indéniable succès pendant plus d’une vingtaine d’années, un succès très révélateur de l’attachement de certains ornemanistes, menuisiers et sculpteurs de la période Régence à des formules éprouvées datant des années 1700, par opposition à d’autres styles plus ‘avant-gardistes’ se développant au même moment et annonciateurs du ‘rocaille’ à venir. A ce titre, la console de la collection de Jacques Doucet (1853-1929), formant le lot n° 305 de sa vente à Paris en juin 1912, nous apporte un témoignage intéressant concernant cet intérêt plus tardif que suscita le modèle de notre console : en effet si la partie supérieure de la console Doucet révèle un schéma similaire à celui des autres consoles étudiées ci-dessus, sa partie basse a en revanche fait l’objet d’une transformation plus « Louis XV », montrant en effet des pieds à enroulements fleuronnés d’acanthes et désormais sans entretoise.

Table console attribuée par Bruno Pons au maître sculpteur Simon Hourliez, actif à Paris entre 1700 et 1720 et reproduite dans son ouvrage De Paris à Versailles. Elle correspond en effet à un pied de table décrit dans un mémoire de Hourliez et que celui-ci livra avant 1720 au palais Mazarin, pour le compte de Paul-Jules de La Porte (1666-1731), duc de Mazarin, de Mayenne et de La Meilleraye, afin de supporter un cabinet de laque (vente R. Kahn 1907).

Le modèle rayonna également à l’étranger au cours de la décennie 1720-1730, en particulier au sein de la cour très francophile de Bavière. Le Rijksmuseum d’Amsterdam conserve ainsi une grande console en tilleul dorée (176 cm.), provenant de la collection du Dr. Fritz Mannheimer (1890-1939) avant 1933, exécutée à Munich et datée vers 1725-1730, véritable interprétation de notre modèle attribuée à l’atelier de Johann Adam Pichler (v. 1716/1717-1761), probablement d’après un dessin de Joseph Effner (1687-1745). A l’exception du motif central de la ceinture, à décor de large palmette fleuronnée contrastant sur un fond uni, un motif habituellement usité par Effner ou Cuvilliés dit l’Ancien (1695-1768), deux architectes au demeurant formés en France à l’initiative du prince-électeur Maximilien II Emmanuel de Bavière (1662-1726), le bâti de la console allemande reprend à l’identique le schéma de Lepautre, démontrant une fois de plus le succès et le rayonnement que ce dernier rencontra au cours de la période.

Vue ancienne du château de Saint-Eusoge, à Rogny-les-Sept-Écluses (Yonne),
propriété des marquis d’Harcourt-Olonde, d’où provient notre console.

Notre console provient de la collection des marquis d’Harcourt-Olonde, l’une des plus puissantes et des plus illustres Maisons de France, d’extraction féodale, originaire de Normandie, et ayant donné nombre d’hommes d’Etat, de gourverneurs, de maréchaux de France, d’ambassadeurs et de prélats. Sa filiation est prouvée et suivie depuis 1094, avec Robert Ier d’Harcourt, dit le Fort († avant 1118), peut-être le frère ou le neveu d’Errand d’Harcourt, auquel il aurait succédé, ce qui fait d’elle l’une des plus anciennes familles françaises. Celle-ci forma, vers 1100, deux lignées qui se sont perpétuées séparément, l’une en France et la seconde en Angleterre. La lignée française a notamment produit la branche des seigneurs de Bonnétable, qui s’est scindée, dès 1407, en deux branches, seules subsistantes aujourd’hui : la branche aînée d’Olonde, dont le chef porte le titre de marquis d’Harcourt-Olonde depuis la nomination en 1817 de Charles-Louis-Hector (1743-1820), au titre de marquis-pair de France hériditaire par Louis XVIII, et la branche cadette de Beuvron, dont le chef porte le titre de duc d’Harcourt depuis Henri d’Harcourt (1654-1718), nommé 1er duc d’Harcourt par Louis XIV en 1700, qui devint maréchal de France en 1703, marquis de Beuvron en 1705, puis pair en 1709.



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