PAIRE DE CONSOLES MONOGRAMMÉES AUX MUFLES DE LION

Allemagne du sud, 1er tiers du XVIIIe siècle, vers 1725-1730.

Chêne sculpté et doré ; marbre Sarrancolin.

H. 78 cm. (30 ¾ in.) ; L. 164 cm. (64 ½ in.); Pr. 62 cm. (24 ½ in.).

PROVENANCE : très certainement exécutées pour la cour palatine de Charles III Philippe (né le 4 novembre 1661 à Neubourg et décédé le 31 décembre 1742 à Mannheim), issu de la Maison des Wittelsbach, électeur du Palatinat, comte palatin de Neubourg, duc de Juliers et duc de Berg de 1716 à 1742, et comte de Megen de 1716 à 1728 ; collection du joaillier Miran Eknayan (1892-1985), à Paris.

Cette extraordinaire paire de consoles en chêne sculpté et doré a très certainement été exécutée pour la cour palatine de Charles III Philippe (1661-1742), comte palatin de Neubourg et électeur du Palatinat de 1716 à 1742, et de sa troisième épouse, Violante Thérésia von Thurn und Taxis (1683-1734), avec laquelle il s’était uni en 1728. Elles sont chacune ornées d’un chiffre, visible dans un cartouche à fonds brettées ornant le centre de leur ceinture, chiffres qui pourraient correspondre à ceux d’un couple, et qui montrent de nombreuses similitudes avec les chiffres alors usités par les princes électeurs du Palatinat et de la Bavière, montrant en particulier, en lettres cursives, les deux « E » affrontés désignant habituellement en français – la langue alors officielle, parlée dans toutes cours d’Europe – le mot « Electeur ». A cela viennent s’ajouter les puissants mufles de lions sculptés aux angles des deux consoles, ainsi que les griffes léonines formant leurs pieds, symboles du lion palatin – Pfälzer Löwe – emblème héraldique du Palatinat, appartenant également aux armoiries familiales de la maison de Wittelsbach.

Chiffre de l’Électeur du Palatinat.

Munich, Bayerisches Nationalmuseum.
Johann Philipp von der Schlichten (1681-1745), Portrait de Charles III Philippe (1661-1742), électeur du Palatinat de 1716 à 1742, huile sur toile.

Heidelberg, Kurpfälzisches Museum der Stadt Heidelberg.

Chaque console présente une étroite ceinture légèrement mouvementée, très finement sculptée à mosaïque et rosaces, et à découpe inférieure chantournée et enrichie d’agrafes à motifs d’acanthes. Au large cartouche central monogrammé évoqué ci-dessus, flanqué de volutes à enroulements fleuronnées d’acanthes, répondent les deux imposants mufles de lion des angles. Disposés en diagonale, ces derniers, ‘coiffés’ de culots d’acanthes et de fleurons et soulignés de pattes de lion nouées, couronnent deux pieds en console, de section carrée et moulurée, à courbe et contrecourbe imbriquées, rehaussés de larges feuilles d’acanthes et de chutes de fleurons. Ces pieds sont joints, juste au-dessus des pieds-griffes feuillagés d’acanthes supportant la console, au moyen d’une entretoise, sculptée à motifs de frises feuillagées, formant un arc central, souligné d’une opulente coquille festonnée, et surmonté d’une large palmette fleuronnée et perlée. Un plateau de marbre Sarrancolin mouluré à ‘bec de corbin’ couronne l’ensemble.

Ces consoles présentent de nombreuses analogies avec les modèles français de la période Régence. Leur dessin général n’est en effet pas étranger à celui de la console, aujourd’hui conservée au Louvre, provenant du grand cabinet du rez-de-chaussée du château de Bercy, sculptée vers 1713 par Jules Degoullons et associés pour le compte de Charles-Henri II de Malon de Bercy (1678-1742). Cette console se caractérise également par une étroite ceinture à fond mosaïqué à fleurons – un ornement très en vogue en France depuis la fin du XVIIe siècle – et une découpe inférieure très ouvragée, que l’on retrouve également par exemple sur les pieds de tables imaginés, au cours de la même période, par François Roumier. Ces modèles, encore singularisés par le respect d’une rigoureuse symétrie, furent considérés à l’époque comme une véritable innovation, et rencontrèrent un succès immédiat auprès des artisans parisiens qui contribuèrent à les propager, en particulier auprès des principautés allemandes.

A partir de 1716, date de son élévation à la dignité électorale en succession de son frère, Charles III Philippe se fit à plusieurs reprises portraiturer en pied, posant au côté d’une console ornée, à l’image des nôtres, des mufles et des griffes du lion palatin. Un tel portrait, exécuté vers 1730 par Pierre Louis Goudreaux (1694-1731), peintre français, élève de Nicolas de Largillierre et de Hyacinthe Rigaud, entré au service de la cour palatine avant 1722, orne aujourd’hui la Rittersaal – salle des Chevaliers – du château de Mannheim, principale résidence de l’Electeur. Ce portrait le montre en armure, portant sur ses épaules le manteau rouge doublé d’hermine de prince-électeur, sa couronne posée sur un carreau de velours bleu galonné or lui-même placé sur le plateau de la console léonine. Un portrait similaire, également par Goudreaux, est aujourd’hui conservé au Stadtmuseum, à Dusseldorf, (inv. SMD.B 35) ; et une toile de Johann Philipp von der Schlichten (1681-1745), le montrant cette fois-ci en habit civil de velours noir, son manteau, sa couronne et son sceptre directement posés sur la console, est conservée à Heidelberg, au sein des collections du Kurpfälzisches Museum der Stadt Heidelberg.



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