Porfido rosso antico.
H. 71 cm. (28 in.) ; D. 18 cm. (7 in.); D. de la base : 16.5 cm. (6 ½ in.).
PROVENANCE : offerts en 1813 par le roi Charles XIII de Suède (1748-1818), en même temps que quatre autres vases – une tazza en porphyre rouge, un vase monumental également en porphyre, et une paire de vases en porphyre brun de Suède, au lieutenant général The Honourable Sir Alexander Hope (1769-1837) ; placé par ce dernier dans sa résidence londonienne sise au 14 Curzon Street, à Mayfair ; puis par descendance, collection de son fils, George William Hope (1808-1863), sous-secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies sous Robert Peel de 1841 à 1846 ; collection du fils de ce dernier, petit-fils du général, Henry Walter Hope (1839-1913), qui transféra en 1888 les vases de la résidence de Mayfair à Luffness House, château écossais des Hope situé près du village d’Aberlady, dans l’East Lothian ; puis par descendance, collection de la famille Hope à Luffness House jusqu’en 1923, année au cours de laquelle les vases furent vendus sur ordre des Trustees ; vente anonyme à Londres, par Phillips, le 7 juin 1989, lot n° 145 ; acquis par la galerie Didier Aaron Ltd., 21 Ryder Street, à Londres ; collection de Peter et Leonora Petrou ; collection de Philip Hewat-Jaboor (1953-2022).
SOURCES : Edimbourg, Scottish National Record Office, Hope Papers : G. D. 364, 1021, B 155, B 188, B 761 et B 1249; Londres, The British Library : BL Add. Mss. 20111f. 15 et 200191ff. 210).
BIBLIOGRAPHIE : Kondad O. Bernheimer, Kunst & Tradition, Meisterwerke bedeutender Provenienzen, Munich, 1989, p. 154-155, cat. 43, repr. ; Dario Del Bufalo, Porphyry, Red Imperial Porphyry Power and Religion, Turin, 2012, p. 159, cat. V. 148, repr.
EXPOSITION : Grosvenor House Fine Art and Antiques Fair, Londres, 1989.
ÉTAT DE CONSERVATION : Ces objets précieux sont restés dans leur état d’origine et ont conservé leur poli d’époque.


Sculptés en Italie, très certainement à Rome, au cours du XVIIIe siècle, cette imposante paire de vases de forme « loutrophore », en porfido rosso antico, fut offerte en 1813, en qualité de cadeau diplomatique, par le roi Charles XIII de Suède (1748-1818), en même temps que quatre autres vases – une tazza en porphyre rouge, un vase monumental également en porphyre, et une paire de vases en porphyre brun de Suède – au lieutenant général The Honourable Sir Alexander Hope (1769-1837). Ce geste du souverain marquait l’aboutissement de la mission diplomatique de Hope qui se concrétisa par la signature, le 3 mars 1813, du Traité de Stockholm, un « traité de concertation et de subvention » entériné entre la Suède et l’Angleterre. Signé par Hope et Sir Edward Thornton (1766-1852) pour la Grande-Bretagne et par Lars Von Engeström (1751-1826) et Gustaf af Wetterstedt (1776-1837) pour la Suède, il garantissait la coopération militaire suédoise contre Napoléon 1er, en échange d’importants subsides, de la cession de la Guadeloupe que l’Angleterre venait de prendre à la France, et du soutien de cette dernière aux revendications suédoises sur la Norvège. La Suède de son côté s’engageait à mettre fin à la traite négrière, et accordait également des droits commerciaux à Göteborg, Karlshamn et Strålsund en faveur des marchands britanniques.
Ce succès de la mission de Hope s’expliquait aussi par la véritable relation d’amitié que celui-ci sut développer avec le prince héritier, le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844), qu’il parvint à convaincre à rejoindre les alliés et à se positionner ainsi contre la France. Nommé maréchal d’Empire par Napoléon en 1804, Bernadotte avait été choisi dès 1810 par le Parlement suédois pour devenir l’héritier de Charles XIII, vieux, malade et sans enfants.
Il prit alors le nom de Charles Jean et le titre de Régent du royaume. En 1818, il devint roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean et roi de Norvège sous le nom de Charles III Jean, et demeura sur le trône jusqu’à sa mort à Stockholm, le 8 mars 1844.
Né en 1769, Sir Alexander Hope était le second fils de John Hope (1704-1781), 2e comte de Hopetoun et membre de la Chambre des lords. Il commença sa carrière en 1786 comme enseigne dans le 63e régiment d’infanterie, puis commanda le 14e régiment d’infanterie lors de l’escarmouche de Geldermalsen, aux Pays-Bas, en 1795, pendant la campagne des Flandres. Il y fut très grièvement blessé, perdant un bras et restant définitivement boiteux. Nommé lieutenant-gouverneur de Tynemouth et de Cliff Fort en 1797, puis lieutenant-gouverneur du château d’Édimbourg en 1798, il devint Deputy Assistant Adjutant General des forces en Hollande en 1799, puis, peu de temps après, Deputy Quartermaster General.


Il fut à deux reprises gouverneur du Royal Military College en 1812 et en 1824, avant de devenir lieutenant-gouverneur du Royal Hospital Chelsea en 1826. Promu général à part entière en 1830, il occupa la charge de député de Dumfries Burgh au parlement britannique de 1796 à 1800, et fut également élu député de Linlithgowshire de 1800 à 1834.
Hope avait épousé en 1805 Georgina Alicia Brown (1781-1875) avec laquelle il eut quatre enfants : John Thomas Hope (1807-1856) ; Louisa Dorothea Kerr (1811-1884) ; George William Hope of Luffness (1808-1863), qui hérita, nous l’avons vu, de notre paire de vases, et James Robert Hope-Scott of Abbotsford (1812-1873).
Philip Hewat-Jaboor
Né en 1953, Philip Hewat-Jaboor développa une passion toute particulière et une très grande expertise, unanimement reconnue sur le plan international, pour le porphyre rouge égyptien, la pourpre impériale emblématique des Romains, dont la grande dureté, symbole d’excellence, le rendait d’autant plus précieux. Il constitua, durant une trentaine d’années, une collection rare de ces porphyres, ainsi que des marbres et autres pierres dures, qu’il exposa dans sa maison située sur l’île anglo-normande de Jersey, dans une extraordinaire bibliothèque à éclairage zénithal, parmi sa vaste collection de livres abordant tous les aspects des arts décoratifs.


Collectionneur invétéré, il accumula également les meubles anciens, les sculptures, les objets égyptiens antiques, les porcelaines et les photographies anciennes. Il était fasciné par les collections de William Beckford (1760-1844) et de Thomas Hope (1769-1831) qui présentaient pour lui un intérêt académique tout particulier, qui le conduisit à co-organiser deux expositions majeures, dont les catalogues font autorité : William Beckford: An Eye for the Magnificent, en 2001 et Thomas Hope: Regency Designer en 2008, toutes deux présentées à New York, au sein du Bard Graduate Center for Studies in the Decoarative Arts, Design, and Culture, dont il était l’un des administrateurs aux côtés de la Sir John Soane’s Museum Foundation.
Fervent défenseur du Bard Graduate Center, de l’Art House Jersey, de la Furniture History Society, ainsi que de nombreuses autres organisations, il entretint des relations professionnelles et d’amitié avec de nombreux conservateurs et historiens des arts décoratifs. Conseiller artistique et président de Masterpiece Art Fair, à Londres, il avait amorcé sa carrière au département mobilier de Sotheby’s Belgravia, où son œil aiguisé et son talent furent rapidement repérés par Peter Wilson, alors président de la maison de vente. En 1979, il prit la direction de Hatfields Restoration, où il le rejoignit un an plus tard par son ancien collègue et ami proche de chez Sotheby’s, Philip Astley-Jones (1946-2021).
Ensemble, ils supervisèrent en particulier la conservation du Badminton Cabinet, un cabinet monumental devenu célèbre pour avoir battu à deux reprises le record du meuble le plus cher jamais vendu aux enchères. Réputé pour sa discrétion, Philip Hewat-Jaboor conseilla nombre de collectionneurs d’art, en particulier dans le domaine des porphyres. Il s’est éteint le 31 mars 2022 dans sa maison de Jersey.

Luffness House
Le château de Luffness, également connu sous le nom de Luffness House, est une demeure qui a été bâtie sur une ancienne fortification datée des XIIe et XIIIe siècles, près du village d’Aberlady, dans l’East Lothian, en Écosse. Elle fut vendue en 1739 pour 8.350 £ à Charles Hope (1681-1742), 1er comte de Hopetoun, qui occupa la charge de Lord-haut-commissaire à l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse en 1723, et puis celle de gouverneur de la Banque d’Écosse de 1740 à sa mort. Modifiée et agrandie dès le XVIIe siècle, puis de nouveau au cours du XVIIIe siècle, Luffness House connut également des travaux considérables au XIXe siècle, dirigés dans un premier temps par William Burn en 1822, puis par David Bryce en 1846 et en 1874. La demeure appartient toujours aujourd’hui à la descendance de Sir Alexander Hope.