Columns: Lumachella orientale, also called lumachella antica or lumachella minuta d’Egitto, from the Henchir Kasbat quarry (ancient Thuburbo Maius), Tunisia. This Mesozoic limestone, extremely rare, was especially prized by Roman scalpellini (stone carvers), Rome, Roman Antiquity period (very likely repolished during the Renaissance).
Gilded bronze base, plinth in Fior di Pesco Apuano marble from the quarries of Tuscany, and gilded bronze capitals: France, Neoclassical period.
H. of the antique lumachella columns: 142.5 cm. (56 1/8 in.).
Total H. with capitals: 155 cm. (61 in.).
Top surface of the gilded bronze capitals: 23.7 x 23.7 cm. (9 3/8 x 9 3/8 in.).
MARQUES ET INSCRIPTIONS : MARKS AND INSCRIPTIONS: 928(?) / DE(?) / N(?), inventory marks painted in red beneath the shaft of one of the two columns; I painted in black beside the previous mark.
PROVENANCE: private collection.
“If lumachella marble were rarer, it would undoubtedly be one of the most extraordinary curiosities in the world. Imagine a marble paste mixed with broken shells and all sorts of marine animal debris from the ancient world: the base of the paste is black, reddish, or dark in color; on this background stand out in white the countless fragments of these primitive beings, cut in every direction by the saw, presenting themselves bizarrely from every angle […] Hence the name lumachella, from the Italian lumaca, meaning snail. The animals whose remains are seen here are, however, not snails, but marine animals of very varied species, no longer living in the present world, of which only analogues remain […] There exists a great number of lumachella marble varieties, differing from one another either in the number and density of shells, or in their shapes. Antique lumachella marble, whose quarries are unfortunately lost, is the most beautiful.” — Le Magasin pittoresque, vol. 6, 1838, p. 226.

Each of the columns presented here is composed of a precious, slightly tapered shaft 142.5 cm in height, with molded terminations sculpted in the mass, made of lumachella orientale, also called lumachella antica or lumachella minuta d’Egitto, a Mesozoic limestone, extremely rare and highly prized by Roman scalpellini (stone carvers). Its quarries, located at the famous site of Henchir Kasbat, ancient Thuburbo Maius, in Tunisia, now closed, were exploited during Roman Antiquity.
These antique columns were assembled in Italy during the Neoclassical period. They rest on a plain square gilded bronze base, itself supported by a 25 cm-high square plinth of Fior di Pesco Apuano marble from the quarries of Tuscany. Each is crowned by an imposing gilded bronze Ionic capital. The complete height measures 180 cm.

De très rares exemples de colonnes similaires aux nôtres, figurèrent dans les collections Borghese à Rome. Une paire de ces colonnes fit partie des célèbres achats Borghese par Napoléon en 1807 : “Deux colonnes de lumaquelle orientale hautes 9 palmes = 6 pieds et demi avec bases et chapiteaux ioniques 3 000”. Une deuxième paire, plus haute (14 palmes), bien que décrite, ne fut finalement pas acquise.
Les archives de cette célèbre acquisition, publiées dans le volume 1 de Les antiques Borghèse au musée Napoléon par Madame Marie-Louise Fabréga-Dubert, montrent en effet que :
– Dans le portique au rez-de-chaussée du casino de la villa Borghèse, se trouvaient deux paires de colonnes en lumachelle de tailles différentes.
– Visconti, qui avait été chargé par Dominique-Vivant Denon d’estimer la collection en vue de son acquisition par l’Empereur, en fixa respectivement les prix à 3 000 et 6 000 F.
La localisation de ces colonnes, légèrement plus grandes que les nôtres (environ 2 mètres, le grand palme romain mesurant 22.5 centimètres) – est aujourd’hui méconnue.

En effet lors de la mise en caisse à Rome des objets acquis, l’architecte Pierre-Adrien Pâris (1745-1819), nommé commissaire français par Emmanuel Crétet (1747-1809), ministre de l’Intérieur en charge des Beaux-Arts, pour enlever, mettre en caisse et expédier les objets acquis, dressa un état appelé « Etat des caisses ». C’est grâce à cet état, où chaque antique effectivement acquis se retrouva, que l’on peut aujourd’hui s’assurer de l’expédition effective de ces derniers. Croisé avec les multiples états de réception des caisses au musée du Louvre, il permet de suivre précisément ces précieux antiques jusqu’à leur arrivée. Mais il faut savoir que, les caisses ayant pour la plus grande majorité d’entre elles été stockées sans être ouvertes avant que les salles du musée soient vidées par les restitutions de 1815 (hormis les antiques les plus beaux bien entendu), c’est cet état des caisses qui servit tel quel à l’établissement de l’inventaire de 1815, lequel ne s’appuya donc pas réellement sur des antiques présents et fut donc par conséquent à la source d’un certain nombre de confusions.


Or dans cet état des caisses ayant servi à Madame Marie-Louise Fabréga-Dubert à établir le catalogue des objets acquis (voir le volume 2 de son ouvrage susmentionné Les antiques Borghèse au musée Napoléon qui comprend 695 numéros), on ne retrouve aucune colonne de lumachelle. On peut imaginer sans peine la confusion qui dut régner sur place, à Rome, où étaient fabriquées les caisses devant servir aux antiques déposées sans doute un peu partout… Et selon toute vraisemblance, les deux colonnes de neuf palmes de haut ont été considérées comme restant sur place. Ce qui pose bien sûr la question de savoir ce qu’elles sont devenues.
Après la vente à Napoléon, le prince Camille Borghèse, en mémoire de son père, restaura la villa et reconstitua une nouvelle collection qu’il fit réinstaller dans les salles selon un parcours tout à fait semblable à celui du décor néoclassique. Cette nouvelle collection se composait de tout ce que les Français n’avaient pas acquis (notamment dans le décor des façades et du parc), d’antiques récupérés dans les diverses propriétés familiales ou récemment mis au jour dans de nouvelles fouilles, ainsi que d’acquisitions. Mais il semble qu’il ne réinstalla pas les colonnes en lumachelle dans le portique du casino.
L’histoire italienne de la fin du XIXe siècle finit par ruiner les grandes familles aristocratiques du pays, et les Borghèse n’échappèrent malheureusement pas à la règle : le parc fut vidé de tout ce qu’il renfermait encore par un antiquaire, et une grande vente fut organisée en 1893 au Pavillon de l’Horloge (ancien petit musée consacré aux antiques de Gabies se trouvant dans le parc de la villa) où du 13 au 24 mars fut mis aux enchères tout ce que possédait encore la famille à l’exception de ce qui constituait le décor intérieur de la villa qui avait été fort heureusement juridiquement protégé.
Ce catalogue de vente mentionne un seul numéro qui pourrait correspondre aux deux colonnes de lumachelle évoquées plus haut :

Nous pouvons remarquer que la mention bigio lumachellato ne semble pas incompatible avec la couleur de nos colonnes, mais que dire alors des dimensions ? …au vu de la très grande rareté des colonnes en lumachelle, la question mérite ici tout de même d’être posée, à savoir s’il n’existerait pas malgré tout un lien entre nos deux colonnes ici et celles des Borghese…