
Bâti de chêne de Hongrie ; placage d’amarante ; bronze doré ; métal ; cuir noir à liseré doré.
ESTAMPILLES : B.V.R.B.
MARQUES ET INSCRIPTIONS : LG, marque à la peinture blanche visible au revers du pied postérieur droit du bureau.
H. 76 cm. (29 ¾ in.); L. 172 cm. (67 ½ in.); Pr. 84 cm. (33 in.).
PROVENANCE : collection d’André Saint (1871-1933), dans son hôtel dit de Breteuil, 12 avenue Foch, à Paris ; collection de Madame André Saint, née Madeleine Bariquand (1879-1955), vente à Paris, galerie Jean Charpentier, Me Etienne Ader, 20 et 21 mai 1935, lot n° 185, repr. pl. XXXVII (adjugé 107.500 francs le 21 mai 1935) ; acquis à la vente par le marchand d’art allemand Hans Stiebel († en 1964), établi au 43 avenue Montaigne, à Paris ; collection de la baronne Renée Eléonore Juliette de Becker Remy (1903-1987), fille de baron Léon Lambert (1851-1919) et de Zoé Lucie de Rothschild (1863-1916), petite-fille du baron Gustave de Rothschild (1829-1911), dans son appartement new yorkais situé au n° 820 de la 5e avenue à Manhattan ; collection de la galerie Rosenberg & Stiebel à New York ; vente par cette dernière au baron Guy de Rothschild (1919-2007) ; collection du baron Guy de Rothschild et de la baronne Marie-Hélène de Rothschild (1927-1996), à l’hôtel Lambert, au nᵒ 2 de la rue Saint-Louis-en-l’Île, à Paris ; par descendance, collection Rothschild jusqu’à nos jours.

BIBLIOGRAPHIE : Jean Nicolay, L’Art et la Manière des Maîtres Ebénistes français au XVIIIe Siècle, vol. I, Paris, 1956, p. 65, fig. C ; Jean-Pierre Baroli, « Le mystérieux B.V.R.B enfin identifié », Connaissance des Arts, n° 61, mars 1957, p. 58, repr. ; Penelope Hunter-Stiebel, Elements of Style : The Art of the Bronze Mount in 18th and 19th Century France, catalogue de l’exposition présentée à New York, par la galerie Rosenberg & Stiebel, du 13 avril au 15 juin 1984, p. 12-14, cat. 1; Christiane de Nicolay-Mazery, Visites privées, hôtels particuliers de Paris, Paris, 1999, p. 13.


Chef-d’œuvre de Bernard II Vanrisamburgh, ce grand bureau plat, daté vers 1737, au bâti en chêne de Hongrie intégralement plaqué en amarante et très richement orné de bronzes dorés, a fait partie de la collection d’André Saint (1871-1933), qui dirigea au début du XXe siècle, avec son frère Maurice (1863-1936), la célèbre société familiale Saint Frères, spécialisée dans le tissage de la toile de jute. Le bureau meubla son hôtel dit de Breteuil, 12 avenue Foch, à Paris. Il fut vendu le 21 mai 1935 par sa veuve, Madeleine Saint (1879-1955), née Bariquand, à l’occasion d’une importante vente aux enchères de la collection Saint qui se tint à la galerie Jean Charpentier à Paris, sous le ministère de Me Etienne Ader. Adjugé 107.500 francs, il fut acquis par le marchand d’art allemand Hans Stiebel († en 1964), qui s’était installé à Paris, au 43 avenue Montaigne, au lendemain de la Première Guerre mondiale. C’est très certainement lui qui le vendit à la baronne Renée Eléonore Juliette de Becker Remy (1903-1987), fille de baron Léon Lambert (1851-1919) et de Zoé Lucie de Rothschild (1863-1916), petite-fille du baron Gustave de Rothschild (1829-1911), et l’une des plus grandes collectionneuses d’art du milieu du XXe siècle. Le bureau orna le splendide appartement new yorkais situé au n° 820 de la 5e avenue à Manhattan, que lui rachèteront à la fin des années 50 Charles et Jayne Wrightsman.

Au cours de la même période, la baronne confia le meuble à la galerie Rosenberg & Stiebel à New York, qui le vendit au baron Guy de Rothschild (1919-2007). Celui-ci le ramena en France et, à partir de 1975, le plaça dans l’un des salons de l’hôtel Lambert qu’il venait d’acquérir avec son épouse la baronne Marie-Hélène de Rothschild (1927-1996). Le bureau est depuis resté dans l’apanage des Rothschild jusqu’à nos jours. Il a été reproduit en mars 1957 dans un article référent de Jean-Pierre Baroli, paru dans Connaissance des Arts, identifiant pour la première fois l’auteur de la mystérieuse estampille B.V.R.B. Il a également été publié par Jean Nicolay en 1956, dans son dictionnaire des Maîtres Ebénistes français au XVIIIe siècle. Il appartient à un corpus très réduit de bureaux plats appartenant au même modèle de Bernard II Vanrisamburgh. En effet seulement deux autres exemplaires sont à ce jour répertoriés.



Le premier, plaqué en amarante et en satiné, a fait partie de la collection de Rodolphe Kann (1845-1905) à Paris, qui fut achetée dans son intégralité, en juillet 1907, par les marchands londoniens de la firme Duveen Brothers, dont Joseph Duveen, pour la somme énorme d’un million de livres sterling. Ce bureau est publié dans le volume II du Catalogue of the Rodolphe Kann Collection, rédigé par Jules Mannheim et Edouard Rahir, et publié à Paris l’année de la vente. Devenu la propriété de la marquise de Portago, puis de l’Université de Yale, il fut vendu par Parke Bernet Galleries à New York, au cours des 13 et 14 novembre 1959, lot n° 307. Acquis par la galerie Rosenberg & Stiebel, celle-ci le revendit au célèbre champion anglo-américain de polo Winston Guest (1906-1982), dont la collection, incluant le bureau, fut également vendue, le 2 décembre 1967, par Parke-Bernet Galleries, lot n° 139. Devenu ensuite la propriété d’Akram Ojjeh, il forma le lot n° 46 de la vente de cette importante collection par Sotheby Parke Bernet à Monaco, les 25 et 26 juin 1979.
Le second bureau, intégralement plaqué en ébène, a fait partie au XVIIIe siècle des collections de Louis-François Armand de Vignerot du Plessis (1696-1788), 3e duc de Richelieu. Demeuré dans sa descendance, il fut lui aussi acquis par Rosenberg & Stiebel vers 1952, qui le revendit à Charles et Jayne Wrightsman. Ces derniers le placèrent, ironie du sort, dans la Drawing Room de l’ancien appartement de la baronne Renée de Becker à Manhattan, où avait précédemment figuré le bureau présenté ici.
C’est très certainement celui-ci ou l’exemplaire de Rodolphe Kann – qu’immortalisa le peintre Louis Tocqué (1696-1772), élève de Nicolas Bertin (1667-1736) et surtout de Jean-Marc Nattier (1685-1766), qui compta parmi les portraitistes les plus renommés de son temps.


Agréé à l’Académie en 1731, et reçu le même jour que François Boucher (1703-1770), le 30 janvier 1734, il obtint dès alors d’importantes commandes de la famille royale et de la haute société parisienne, dont le Portrait du Dauphin, qui lui fut notifié par la direction des Bâtiments du Roi en 1738, et qu’il présenta au Salon de 1739. Sur cette toile des collections de Louis XV aujourd’hui conservée au musée du Louvre, le Dauphin Louis de France (1729-1765), fils aîné de Louis XV et de Marie Leszczynska, âgé de dix ans, est représenté debout dans son cabinet d’étude, désignant de sa main gauche des plans et des instruments de mesures posés sur un grand bureau plat de notre modèle, dont n’est visible que le pied antérieur droit et la moitié latérale de la ceinture. Si le peintre s’est ici autorisé quelque liberté dans le traitement du cartouche central ajouré du petit côté du bureau, on reconnait en revanche aisément la chute à motif de coquille de l’un de ses pieds, la puissante lingotière chantournée de son plateau, ainsi que les bandeaux unis de bronze délimitant les compartiments de sa ceinture.






Le Dauphin semble avoir particulièrement apprécié le modèle. En effet, six ans plus tard, le 18 février 1745, le marchand mercier Thomas-Joachim Hébert livrait à Versailles, pour le grand cabinet du nouvel appartement du prince, aménagé au premier étage de l’aile du Midi, un bureau plat du même modèle. Estampillé B.V.R.B., ce bureau, en marqueterie d’amarante et de satiné, est agrémenté des mêmes agrafes encadrant son tiroir central, des mêmes grands cartouches à fleurons ajourés ornant le centre de ses petits côtés, et des mêmes poignées singularisant ses tiroirs latéraux, le tout complété par des chutes et des encadrements de bronze en revanche plus ostentatoire. Louis Tocqué disposait du modèle du bureau dans son atelier.
Lors des séances de pose qui se tinrent à Versailles, il n’exécuta en effet que la tête du Dauphin, mais pas son corps qu’il ne dut qu’esquisser, ni l’environnement de son cabinet d’étude, ainsi que nous le précise une lettre datée du 21 juillet 1738, du duc de Châtillon, précepteur du prince, envoyée à Philibert Orry, directeur des Bâtiments du Roi : « Tocquet a finy le portrait de Mgr le Dauphin, il y a quelques jours, je trouve qu’il a très bien réussy, il ira travaillé à l’habiller, il sera peint en pied, la main sur un globe terrestre, avec un bureau à coté de luy, sur lequel il y aura des plans de fortifications et des instrumens de mathématiques, répandus sur le bureau […] ». Tocqué se servit du modèle de ce bureau pendant près d’une vingtaine d’années, le faisant régulièrement apparaître dans ses toiles. En 1737, soit un an avant la commande du portrait du Dauphin, il exécuta celui présumé du poète et dramaturge Alexis Piron (1689-1773), assis et accoudé sur le bureau dont on reconnait sans difficulté l’une des chutes et le petit côté gauche ; ce portrait, qui fit partie de la collection du baron Maurice de Rothschild (1881-1957), est aujourd’hui conservé au Norton Simon Museum, à Pasadena, en Californie. Dans celui deLouis III Phélypeaux (1705-1777), comte de Saint-Florentin, marquis (1725) puis duc (1770) de La Vrillière, ministre d’Etat de Louis XV en 1749, qu’il exécuta plus de dix ans plus tard, il représenta le comte assis jambes croisées devant le bureau, dont l’une des agrafes encadrant le tiroir central, ainsi que le tiroir droit, sont là aussi parfaitement identifiables ; commencée en 1748 et achevée l’année suivante, la toile, qui orna l’hôtel de ville de Marseille pour lequel elle avait été commanditée, est actuellement conservée dans les collections du musée des Beaux-Arts de la ville. Autre exemple encore plus tardif, il peignit en 1755 le portrait d’Abel-François Poisson (1727-1781), marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour, et directeur des Bâtiments du Roi depuis 1751, debout à mi-jambe devant le même bureau, dont on reconnait l’angle antérieur gauche. Le marquis montre une élévation, posée sur le meuble, de la façade de l’Ecole royale militaire, fondée par Louis XV la même année que sa nomination à la tête des Bâtiments. Cette toile, qui fit partie des collections de Marigny, est conservée au château de Versailles, où elle est entrée sous Louis-Philippe, en janvier 1835.
En 1984, Penelope Hunter-Stiebel, dans son étude d’une copie du portrait du Dauphin provenant de la collection Bamberger exposée à la galerie Rosenberg & Stiebel, à New York, émit l’hypothèse que le bureau, que Tocqué reproduisit donc à plusieurs reprises dans ses portraits entre 1737 et 1755, dut lui appartenir. Cette hypothèse, bien que séduisante, ne peut cependant pas être retenue. Un tel bureau était à l’époque, au même titre qu’aujourd’hui, un meuble de grand luxe et donc extrêmement onéreux à l’achat, pouvant facilement approcher ou dépasser les mille livres chez un marchand mercier de renom tel Hébert, ou encore Lazare Duvaux. Un tel prix restait hors de portée d’un artiste, aussi brillantes que soient sa renommée et sa réussite. Tocqué était un peintre assurément aisé. Il était aussi collectionneur. En 1759, lorsqu’il revint à Paris après avoir séjourné plusieurs années en Russie et au Danemark, il obtint un logement au sein des galeries du Louvre, occupant l’appartement laissé vacant du peintre en émail Jean-André Rouquet (1701-1758). Il s’y éteignit le 10 février 1772.
Aucun bureau plat du modèle qu’il reproduisit si souvent dans ses portraits, ne figura dans son inventaire après décès, dressé à la requête de son épouse, le 17 février 1772. Tocqué n’en posséda assurément que des relevés et des dessins sous différents angles, qu’il exécuta peut-être directement dans l’atelier de B.V.R.B., vers 1737, au moment de l’achèvement du meuble, à moins qu’il ne le fit dans le magasin, que l’on imagine aisément être l’un de ceux établis rue Saint-Honoré ou rue de la Monnaie, du marchand mercier qui le commercialisa par la suite.



Jean-Pierre Baroli, « Le mystérieux B.V.R.B enfin identifié », Connaissance des Arts, n° 61, mars 1957, p. 58.



Jules Mannheim et Edouard Rahir, Catalogue of the Rodolphe Kann Collection, Vol. II, XVIIIth Century, Paris, 1907, p. 87, cat. n° 214.
Bernard II Vanrisamburgh
Né à Paris avant 1705, et mort dans cette même ville en 1766, Bernard II Vanrisamburg était le fils de Bernard I, ébéniste de renom, originaire de Groningue en Hollande, dont plusieurs chefs-d’œuvre en marqueterie de cuivre et d’écaille sont aujourd’hui répertoriés. Il adopta peu avant 1737 l’estampille abréviative B.V.R.B. pour Van Risen Burgh, curieusement la signature de son père, et non la sienne qu’il orthographiait ‘Vanrisamburgh’.


Il fut reçu maître avant le 22 octobre 1730, date de son contrat de mariage avec Geneviève Lavoye, fille d’un fabricant de bas, dans lequel son titre de maître est dûment mentionné. De cette union naquirent au moins sept enfants dont Bernard III, appelé à devenir ébéniste à l’image de son père. Bernard II exerça toute sa vie au faubourg Saint-Antoine travaillant pour les grands marchands merciers parisiens, établi tout d’abord Grande Rue du Faubourg Saint-Antoine (1730), puis rue de Reuilly (1738), rue de Saint-Nicolas (1756), et enfin rue de Charenton (1764). A la fin de sa vie, peu influencé ou pas du tout par le nouveau goût grec qui sévissait à Paris dans les années 1760, il continua à produire des meubles de style ‘rocaille’, et en 1764, finit par céder ses ateliers ainsi que son fonds de commerce à son fils, Bernard III Vanrisamburgh.