GRAND LUSTRE GÉNOIS À 36 LUMIÈRES EN FER FORGÉ ET BOIS DORÉ, ET CRISTAL DE BOHÊME

Italie, Gênes, 1ère moitié du XVIIIe siècle, vers 1740.

Bois sculpté et doré ; fer forgé et doré ; cristal de Bohême et verre soufflé.

H. 170 cm. (67 in.); D. 130 cm. (52 in.).

PROVENANCE : collection particulière.

Daté vers 1740, ce grand lustre à trente-six lumières en cristal de Bohême, fer forgé et bois sculpté et doré, constitue un rarissime témoignage de ce que les ateliers génois pouvaient produire de plus riche en matière de luminaires. Amorcé à partir d’un culot évasé à bulbe, à faces concaves ornées de chutes de fleurons, en bois sculpté et doré, évoquant celui d’un lustre dessiné par Francesco Maria Costa (Gênes, 1672-1726), six bouquets à six lumières chacun, étagés sur deux niveaux et composés de consoles à enroulements multiples en métal doré, travaillées en aplat, soulignées de feuilles d’acanthes en métal découpé, et enrichies de rosettes en cristal d’où chutent poires facettées ou lisses, plaquettes piriformes à découpes polylobées et gouttes en cristal de Bohême, forment le corps du lustre à proprement parler. La partie supérieure et resserrée de ce dernier forme comme une « cage » ponctuée d’un double arceau sur lequel repose une « couronne » perlée ‘à lacé’ surmontée de six petites consoles fixées à un petit pavillon de métal doré terminé par un anneau de fixation.

Vue de l’un des grands lustres en cristal de Bohême ornant les salons du Palazzo Angelo Giovanni Spinola, via Garibaldi 5, à Gênes.

Cette partie supérieure est elle aussi intégralement garnies de cristaux, auxquels viennent s’ajouter des ornements piriformes en verre soufflé et des ‘poignards’ ouvragés en cristal, ces derniers visibles au niveau de la partie centrale du lustre.

Des petites têtes de chérubins ailés en bois sculpté et doré singularisent la partie médiane du luminaire, dont les bobèches et les binets, également en bois doré, montrent un riche répertoire sculpté à motifs de petits cartouches ‘à mosaïques’ et de bouquets de courtes feuilles d’acanthes. Une opulente ‘boule’ à bulbes en verre soufflé termine ce lustre dans sa partie basse.

 Grand lustre génois du XVIIIe siècle très proche du nôtre, en cristal de Bohême, provenant des collections du Castello Bruzzo, à Gênes. Soprintendenza Archeologia, belle arti e paesaggio per le province di Parma e Piacenza.

De grands lustres génois en cristal de Bohême ornent aujourd’hui les salons du Palazzo Angelo Giovanni Spinola, via Garibaldi 5, à Gênes, construit de 1558 à 1564, conçu par Giovanni Ponzello, à la demande d’Angelo Giovanni Spinola, banquier de Charles V et Ambassadeur de la République. Et un autre lustre, très proche de notre modèle, a fait partie des collections du Castello Bruzzo, à Gênes (voir la reproduction ci-dessus).

Francesco Maria Costa (Gênes, 1672-1726), dessin d’un lustre montrant un culot à faces concaves évoquant celui de notre lustre, Gênes, avant 1726. Gênes, Musei di Strada Nuova.

Sérénissime comme Venise depuis 1339, la République de Gênes fut l’une des grandes républiques maritimes italiennes dont le règne dura environ huit siècles, allant du milieu du XIe siècle à 1797, année de l’abdication du dernier doge de Gênes, Giacomo Maria Brignole (Gênes, 1724 – Florence, 1801). Les Génois employaient l’expression de « Superba Repubblica » pour se distinguer de leurs rivaux vénitiens, d’après le surnom donné à la ville par Pétrarque en 1358 : « Gênes la superbe », c’est-à-dire, l’orgueilleuse.

Un climat culturel particulièrement actif caractérisa la cité au XVIIIe siècle. Grâce à sa richesse, la bourgeoisie s’efforça de conquérir des positions de choix dans les hautes charges de la magistrature et rivalisa avec la noblesse en élégance et en raffinement, se montrant attentive au changement dans tous les courants artistico-culturels du moment. Entre 1650 et 1790, se multiplièrent sur le bord de mer villas et palais prestigieux, bâtis par les grandes familles génoises tels les Doria, les Brignole et les Sale. Le palais ducal fut également réaménagé au cours de la même période. Face à cette floraison, se développa à Gênes des ateliers de production de lustres précieux en cristal de roche et de Bohême qui furent très prisés au XVIIIe siècle.



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