CLEOPATRA

ATTRIBUÉ À GIOVANNI BANDINI (CASTELLO, 1540 – FLORENCE, 1599)

Italie, Florence, seconde moitié du XVIe siècle, vers 1570.

Marbre blanc de Carrare.

H. 60 cm. (23 ½ in.) ; L. 56 cm. (22 in.).

Provenance : collection particulière.

Ce médaillon en marbre blanc de Carrare montrant, en relief, le profil droit de la reine Cléopâtre représentée en buste et vêtue d’une robe en drapé à col carré souligné d’un liseré à cordons, et flanquée de galons à lambrequins, d’où s’échappe un serpent, est attribué au sculpteur florentin Giovanni Bandini (1540-1599), dit Giovanni dell’Opera.

La pose noble et altière de la reine d’Egypte montre ici un visage lisse au regard franc et droit, les paupières, l’iris et la pupille bien dessinés, singularisé par un long nez droit directement inspiré de l’antique, surplombant un étroit philtrum et une bouche étroite, aux lèvres fermées également bien dessinées, le tout contraste nettement avec la traitement particulièrement fouillé de la chevelure, aux boucles nerveuses et très serrées, maintenues en arrière au moyen d’une broche et surtout d’une tiare enrubannée, moulurée et rythmée de petits canaux verticaux, un chignon bas posé sur la nuque laisse tomber quelques boucles déliées à l’image de celle située devant l’oreille.    

Cette manière de faire est caractéristique de l’œuvre de Bandini. On retrouve en effet un traitement similaire avec l’Allégorie de l’Architecture, qu’il sculpta en marbre, vers 1564-1568, pour le tombeau de Michel-Ange, dans l’église Santa Croce, à Florence.

Giovanni Bandini (1540-1599), dit Giovanni dell’Opera, bozzetto de l’Allégorie de l’Architecture, terre cuite, Florence, vers 1564.

Acquise par Sir John Soane, avant 1837. Londres, Sir John Soane’s Museum (inv. A58).
Giovanni Bandini (1540-1599), dit Giovanni dell’Opera, vue de l’Allégorie de l’Architecture, ornant, à droite, le tombeau de Michel-Ange, dans l’église Santa Croce, à Florence, marbre, 1568.

La comparaison est pour le moins frappante : même visage d’une grande noblesse, aux paupières, pupille et iris bien dessinés, et surtout ce nez long et droit et cette même bouche étroite. La chevelure présente des boucles serrées traitées avec une même nervosité, le tout couronné d’un modèle de tiare similaire à petits canaux verticaux. Le Sir John Soane’s Museum, à Londres, conserve une petite terre cuite préparatoire – bozzetto – de cette Allégorie, ayant conservé sa polychromie d’origine, que Sir John Soane avait acquise avant 1837 (inv. A58). Le projet de ce tombeau avait été conçu par Vincenzo Borghini et dessiné par Giorgio Vasari en 1564. L’Allégorie de l’Architecture encadre à droite le tombeau au côté d’une autre figure, à gauche, symbolisant la Sculpture. Bandini en reçut le paiement en 1568.

Un constat similaire peut être également fait avec la figure de Junon en bronze, que Bandini exécuta en 1572-1573 pour le studiolo de François Ier de Médicis (1541-1587), grand-duc de Toscane, au Palazzo Vecchio, à Florence. Première commande en bronze reçue par le sculpteur, cette œuvre majeure portant le croissant de lune, symbole de chasteté, et accompagnée d’un paon, attribut de la déesse qui ne fut apparemment pas sculpté par Bandini, fut considérée comme un hommage à la mère du grand-duc, Éléonore de Tolède (1522-1562), souvent comparée à la chaste Junon. Citons encore, à titre de comparatif, le relief d’un buste de Sainte, en médaillon, vue de son profil gauche, exécutée en marbre par Bandini vers 1580, et aujourd’hui conservée à Empoli, dans les collections du Museo della Collegiata di Sant’Andrea.

Bandini fit son apprentissage dans l’atelier florentin de Baccio Bandinelli (1493-1560). Il débuta probablement vers 1555. À la mort de son maître, il fut chargé d’achever la clôture du chœur du duomo de Florence, entreprise par Bandinelli en 1547, pour laquelle il réalisa les bas-reliefs de la face occidentale, achevés en 1572, et toujours visibles de nos jours.

Giovanni Bandini (1540-1599), dit Giovanni dell’Opera, Profil de Sainte, marbre, Florence, vers 1580.

Empoli, Museo della Collegiata di Sant’Andrea.
Giovanni Bandini (1540-1599), dit Giovanni dell’Opera, vue de la figure de Junon, bronze patiné,

Florence, Palazzo Vecchio, 1572-1573.

La même année, il sculpta un buste-portrait du grand-duc Cosme Ier de Médicis (1519-1574), qui fut placé au-dessus de l’entrée de l’Opera del Duomo, l’administration en charge de la cathédrale, et commença deux statues d’apôtres destinées aux colonnes de l’édifice : Saint Jacques le Mineur (1576) et Saint Philippe (1577), toutes deux conservées in situ. C’est en raison de ses longues années au service de l’Opera del Duomo que Bandini devint connu sous le nom de Giovanni dell’Opera. Il connut une renommée précoce. En 1563, il devint membre de l’Accademia del Disegno, récemment fondée à Florence, et l’année suivante, il fut sollicité pour créer les allégories de l’Architecture et du Tibre destinées au catafalque de Michel-Ange. Cosme Ier fut si impressionné par ces figures, qu’il commanda à Bandini l’Allégorie de l’Architecture en marbre pour le tombeau de Michel-Ange évoquée plus haut. Bien qu’achevée en 1568, la statue ne fut installée qu’en 1574.

De la fin des années 1560 jusqu’à son départ pour Pesaro en 1582, Bandini fut le principal sculpteur de portraits à Florence, réalisant une vingtaine de bustes à sujets antiques, tous aujourd’hui disparus, ainsi que dix bustes de grands-ducs de Toscane. Au cours des années 1570, il œuvra pour le compte du grand-duc François Ier et son entourage. Son œuvre la plus importante pour cette période fut sa première commande en bronze : la figure de Junon, également évoquée plus haut, et toujours conservée au Palazzo Vecchio. Alors qu’il achevait cette figure, Bandini reçut de Giovanni Niccolini (1544-1611), diplomate au service du grand-duc, la commande d’un groupe en marbre : l’Hercule et l’Hydre. La statue, achevée en 1578, fut installée vers 1595 dans la loggia du jardin du palais Niccolini, où l’on peut toujours la découvrir aujourd’hui. En 1582, Bandini fut appelé à Pesaro par François-Marie II della Rovere (1549-1631), duc d’Urbino, qui le nomma premier sculpteur de la Cour.

Une évolution de son style est manifeste dans la Pietà en marbre qu’il exécuta, en 1583-1585, pour l’oratoire de la Grotta, au sein du duomo d’Urbino, généralement considérée comme son chef-d’œuvre. Cette Pietà fut probablement influencée par celle qu’avait réalisée vers 1513 Sebastiano del Piombo, d’après un dessin de Michel-Ange, aujourd’hui conservée au Museo Civico de Viterbe, ainsi que par le groupe antique de Niobé appartenant au musée des Offices, à Florence, dont la découverte eut lieu l’année même où cours de laquelle Bandini entreprit cet ouvrage. Il poursuivit sa collaboration avec le duc d’Urbino jusqu’en 1595, date à laquelle il fut appelé à Pise pour travailler sur la porte en bronze du duomo. À cette même époque, il reçut également la commande d’une statue monumentale du grand-duc Ferdinand Ier destinée à orner la Piazza Micheli, à Livourne. Giovanni Bandini s’éteignit à Florence, au cours de l’année 1599.



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