PAIRE DE BRAS À TROIS LUMIÈRES

LIVRÉS POUR MADAME ÉLISABETH À VERSAILLES

Paris, époque Louis XVI, avant 1785, très certainement au cours de l’année 1784.
Claude-Jean Pitoin (1757-avant 1806), doreur-argenteur sur métaux du garde-meuble du Roi

Bronze ciselé et doré.

H. 62 cm. (24 ½ in.) ; L. 38 cm. (15 in.); Pr. 20.5 cm. (8 in.).

MARQUES ET INSCRIPTIONS : H.ST.A / FRANKFURT / M [Hauptstaatsarchiv / Franfurt-am-Main (Archives d’État de Francfort-sur-le-Main)], visible sur un petit cachet circulaire de plomb, fixé au moyen d’une cordelette au revers de l’un des deux bras, et frappé au verso de l’aigle impérial allemand : cachet de douane utilisé sous l’Empire allemand au XIXe siècle et au début du XXe siècle.

PROVENANCE : livrés avant 1785, très certainement au cours de l’année 1784, par Claude-Jean Pitoin (1757-avant 1806), doreur-argenteur sur métaux du Garde-Meuble du Roi et fournisseur de ce dernier de 1778 à 1786, pour servir dans la « Pièce du Billard et Bibliothèque » de l’appartement d’Elisabeth de France, dite Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, au château de Versailles, à l’extrémité de l’aile du Midi ; collection Rothschild à Francfort-sur-le-Main au XIXe siècle et au début du XXe siècle ; puis, par descendance, collection Rothschild jusqu’à nos jours.

SOURCES : Paris, Archives nationales, O1 3461, Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles en 1785 / Ier Volume, f. 565 ; et Paris, Archives nationales, O1 3463, Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles en 1788 / Ier Volume, f. 556.

BIBLIOGRAPHIE : M. A. de Beauchesne, La vie de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, Tome second, Paris, 1870, p. 523-524.

Cette paire de bras à trois lumières, d’une éblouissante qualité de ciselure et de dorure, fut livrée avant 1785, très certainement au cours de l’année 1784, en suite avec une seconde paire identique, par Claude-Jean Pitoin (1757-avant 1806), doreur-argenteur sur métaux du Garde-Meuble du Roi et fournisseur de ce dernier de 1778 à 1786, pour servir dans la « Pièce du Billard et Bibliothèque » de l’appartement d’Élisabeth de France, dite Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, situé à l’extrémité sud du château de Versailles, au bout de l’aile du Midi. Ils firent partie, au cours du XIXe siècle, des collections Rothschild à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, ainsi que le prouve la présence, sur l’un des deux bras, d’un petit cachet circulaire de plomb portant l’inscription H.ST.A / FRANKFURT / M [Hauptstaatsarchiv Franfurt-am-Main / Archives d’État de Francfort-sur-le-Main], et frappé au revers de l’aigle impérial allemand, cachet de douane utilisé sous l’Empire allemand au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ils demeurèrent, par descendance, dans les collections Rothschild jusqu’à nos jours.

Ill. 1 : Paris, Archives nationales, O1 3461, Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles n 1785 / Ier Volume, f. 565.

Chacun de ces bras est composé d’un fût cylindrique et fuselé, en forme de carquois à fond uni, couronné d’un bandeau mouluré et enrichi de frises de rinceaux fleuronnés d’acanthes, de raies de cœur et de perles, le tout accueillant un ‘bouquet’ d’empennages de flèches constitués de plumes très finement ciselées au naturel. Un culot à doucine, orné d’une corolle à double rang de feuilles lancéolées surmontée d’un tore de laurier à bordures moulurés, et d’où chute un bouton feuillagé à graines, termine ce fût. Deux bras ‘en console’, fuselés à cannelures et émergeant de l’arrière du bandeau supérieur du ‘carquois’, flanquent ce dernier, liés en façade au moyen d’un opulent nœud de rubans à surfaces brettées, chacun de ces bras ponctué d’une bobèche circulaire feuillagée d’acanthes et de canaux, soulignée à la base d’un filet de perles, et accueillant un court binet à bandeau poinçonné d’une frise de rosettes.

Dépassant amplement la partie inférieure du carquois, une branche de laurier à graines, sculptée au naturel, vient s’enrouler autour de celui-ci pour former au centre, à un niveau légèrement inférieur aux deux autres, un troisième bras de lumière.

L’Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles, dressé en 1785, décrit ces bras en ces termes : « Appartement de Madame Elisabeth / Pièce du Billard et Bibliothèque / 2 Paires de bras à 3. branches dont 2. à Cannelures, la 3e composée de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d’un ruban sur le Carquois auquel est réuni un arc ; le tout portant 30 po. de haut [81.18 cm.] sur 13 po. de large [35.18 cm.], à Carquois et flêches de bronze doré or moulu ».

Ill. 2 : Paris, Archives nationales, O1 3463, Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles en 1788 / Ier Volume, f. 556.

Ces bras furent également décrits, dans les mêmes termes et au même emplacement, dans l’inventaire du château dressé trois ans plus tard, en 1788. Ils étaient alors ornés d’un arc en bronze aujourd’hui disparu, mais dont les trous de fixation sont parfaitement visibles à leur revers. Cet arc, qui dépassait en bas et en haut, portant la hauteur totale de chaque bras à environ 81 centimètres, soit près de 19 centimètres de plus que leur hauteur actuelle, était légèrement disposé en diagonale, venant ainsi contrebalancer la sinuosité de la branche de laurier, équilibrant ainsi subtilement le dessin général de l’applique.

L’appartement de Madame Elisabeth, pour lequel ces deux paires de bras furent livrés, se situait, ainsi que nous l’avons déjà précisé, dans l’aile du Midi, entre le grand salon et le pavillon de la Surintendance, donnant sur le parterre du Midi. La princesse l’occupa du 23 juillet 1780 au 6 octobre 1789. Cet appartement se composait d’une 1ère antichambre, meublée de deux banquettes en bois peint, couvertes en Savonnerie à fond bleu, de deux tabourets en bois doré en panne cramoisie, d’un lustre de fer à quatre branches, peint en blanc, d’une commode en noyer, d’une petite table, d’un miroir de toilette et d’une chaise de paille, que complétait un paravent à huit feuilles, en toile d’Alençon cramoisie ; suivait une 2ème antichambre, décorée de deux portières du « Char à or » [Char de Triomphe], et meublée de deux tabourets pareils aux précédents, plus un troisième peint en rouge, d’un paravent à six feuilles en drap rouge galonné or, de deux commodes plaquées de bois de rose et de violette, d’une troisième en bois de noyer, d’une table ronde et pliante en acajou, d’une petite table à écrire, et d’un pupitre portatif ; un petit lustre doré à huit lumières « de grenailles et petites poires » éclairait la pièce.

Le Cabinet ou Pièce des Nobles en suite était garni, en été, d’un meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et moyen galon, avec franges en or, et, en hiver, d’un meuble de velours de soie cramoisie, doublé d’un gros de Tours et galonné or ; six « parties de portières », douze ployants en bois doré, un paravent à six feuilles, un écran sculpté, deux encoignures plaquées en satiné et en amarante, à décors de marqueteries, deux lustres dorés à six lumières en cristal de Bohême, quatre girandoles à cinq lumières, en bronze et cuivre doré, et cristal également de Bohême, chacune ponctuée d’un lis, deux paires de bras à trois branches, à décor de vase cannelé, palmettes, frises et entrelacs, et un feu à décor de pilastres et de frises de postes, surmontés de vases à cannelures torses, de cassolettes, de boucliers et de couronnes, rythmaient l’agencement de cette pièce, où l’on pouvait également admirer, posée sur la cheminée, une grande pendule de marbre blanc et de bronze doré, par Lépine, en forme de portique d’architecture.

Ill. 3 : Paris, Archives nationales, O1 3461, Inventaire général des Meubles du Château et Déhors de Versailles en 1785 / Ier Volume. (détail en ill. 1).

La chambre à coucher de Madame Elisabeth était meublée, en été, d’un damas vert de Lyon, à dessin de palmes et orné de grands et petits galons ‘à la Bourgogne’, et, en hiver, d’un velours de soie cramoisie galonné or. Trois pièces de tapisseries étaient accrochées autour d’un lit à colonnes et à deux chevets, très richement garni, surmonté d’une impériale ‘en voussure’ flanquée d’une corniche sculptée de frises d’acanthes et de perles ; deux fauteuils à pieds à cannelures torses (trois en hiver), huit ployants (douze en hiver), un écran, un paravent à six feuilles, et un marchepied à deux degrés, accompagnaient ce lit ;  se trouvaient également dans cette chambre, une commode de marqueterie à deux grands et trois petits tiroirs, à dessus de marbre vert Campan, un écran de bois d’acajou, un grand feu à décor de vases à anses et têtes de bélier, un lustre doré à huit lumières en cristal de Bohême, deux paires de bras à trois branches, et une belle pendule en marbre blanc et bronze doré, ornée de deux enfants, l’un tenant une couronne, le second, une carte de géographie.

Un meuble en gros de Tours fond blanc, à bouquets et rubans bleus brochés ornait le Grand Cabinet qui suivait, dans lequel prenaient place un lit de repos, quatre bergères, huit fauteuils, huit chaises et un écran « à chapeau » ; trois petits écrans de bois d’acajou complétaient cet ensemble, avec un lustre doré à six lumières en cristal de roche, un feu orné d’une cassolette tripode à masques de satyre et de deux tourterelles, et deux paires de bras à trois lumières surmontés chacun d’un vase à anses et cannelures torse. Partant de ce Grand Cabinet, un escalier aux murs tendus de gros de Tours bleu, donnait accès à la Pièce du Billard et Bibliothèque, où furent placés nos bras de lumières.

Ill. 4 : plan des appartements de Mme Elisabeth dans l’aile du midi au château de Versailles. Visible en jaune sur le plan, le petit escalier par lequel on accédait à la salle de billard-bibliothèque.

Cette pièce était décorée d’un meuble de damas de Lyon vert et blanc, « dessin à figures à enfans, cascades et fleurs orné de frange, glands, cordons et crête à la Niche ». Une banquette, un canapé à joues, deux bergères, huit fauteuils et un écran étaient disposés dans la pièce, au côté d’un billard en chêne, couleur acajou, couvert de son drap vert, d’un bureau plaqué en satiné et en amarante, à tablette d’entrejambes et monté sur roulettes, d’un tapis de pied « à médaillons », et d’un feu « surmonté d’un vase uni avec anneaux et chaine terminé d’une flamme ».

Un Cabinet près la pièce des bains, et un Boudoir terminaient la distribution de l’appartement, tous deux ornés d’un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, à « dessin à cartouche de fleurs et ruban ; corbeilles suspendües et bouquets au centre ». Sept pièces de tapisseries complétaient le décor du cabinet, meublé d’un fauteuil « à la reine », de quatre fauteuils « en cabriolet », de deux chaises « à la reine », d’une encoignure plaquée en palissandre et à décor de marqueterie, d’une paire de bras à une lumière et d’un feu « surmonté de cornes de brandons à cannelures, terminées de flamme ». Quatre pièces de tapisserie garnissaient le boudoir, où avaient également été placés un lit de repos cintré « dans le pourtour de la croisée », une bergère, trois grands fauteuils et quatre chaises, une paire de bras à une lumière, et un feu à décor de sphinx.

Elisabeth de France, dite Madame Elisabeth

Née au château de Versailles le 3 mai 1764, Madame Élisabeth, fut baptisée le jour même dans la chapelle royale par l’archevêque de Reims, Charles Antoine de La Roche-Aymon (1697-1777), en présence de son grand-père, Louis XV, de sa grand-mère, la reine Marie Leszczynska, et des membres de la famille royale. Elle était le huitième et dernier enfant du dauphin Louis de France (1729-1765) et de Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

Orpheline à l’âge de trois ans, elle fut confiée aux soins de Marie-Louise-Geneviève de Rohan (1720-1803), comtesse de Marsan, et reçut une excellente éducation au cours de laquelle elle se distingua par ses talents en mathématiques – elle eut pour maître le mathématicien Antoine-René Mauduit (1731-1815) – et en sciences. Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault (1715-1791), fille de Madame Geoffrin, devint sa préceptrice de philosophie, et demeura son amie par la suite. Bonne écuyère, la princesse montra de réelles dispositions pour le dessin – le château de Versailles conserve encore quelques-unes de ses œuvres – la broderie, et la harpe mais fut une piètre chanteuse.

Ill. 5 : Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803), Madame Elisabeth, huile sur toile, 1788.

Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (inv. RF 1947-47, V 2531).

Connue pour sa grande piété, elle subit à ce titre l’influence de ses tantes, Mesdames, filles de Louis XV, qui lui avaient inculqué une grande dévotion, sans cependant parvenir à altérer en elle une certaine liberté d’esprit, y compris, à l’occasion, dans le domaine de la religion, ce dont témoigne sa correspondance. Agée de dix ans au moment de l’accession au trône de France de son frère, Louis XVI, elle lui manifesta, dès ces années, un très fort attachement, ainsi qu’à Marie-Antoinette, et demeura sa vie durant à leurs côtés, refusant pour ce faire toute union. Un mariage avait pourtant été envisagé avec Joseph de Portugal (1761-1788), fils aîné de la reine Marie 1ère de Portugal (1734-1816), mais les négociations furent interrompues, et en 1777, elle fut à nouveau pressentie pour épouser le frère de Marie-Antoinette, l’empereur Joseph II d’Autriche (1741-1790), deux fois veuf, sans enfant et de vingt-trois ans son aîné. Mais, elle parvint au final à persuader Louis XVI de la garder à Versailles. Elle obtint, à la même époque, l’autorisation d’avoir sa propre maison et des revenus en propre. Avec l’accord du Roi, elle nomma immédiatement sa compagne de jeu Marie-Angélique de Mackau (1762-1800) en qualité de première dame d’honneur. La mère de cette dernière, la baronne de Mackau (1723-1801), avait participé à son éducation.

Ill. 6 : Pierre Gouthière (1732-1813), bras à cinq lumières d’une
paire, Paris, 1781. H. 69 cm. ; L. 46 cm. ; Pr. 27.5 cm. Exécutés
en 1781 par Pierre Gouthière d’après des dessins de François
Joseph Bélanger pour le grand salon de la duchesse de Mazarin
(1735-1781), quai Malaquais à Paris ; 2e vente après décès, 27
juillet 1784, lot n°10 ; acquis par Feuchère ; collection Rothschild
(probablement James de Rothschild) ; don de la Société des Amis
du Louvre, 2002.

Paris, musée du Louvre (inv. OA 11996).
Ill. 7 : Pierre Gouthière (1732-1813), bras à cinq lumières d’une
paire. Reproduit par L.H. Prost, Collection de Madame et du
Colonel Balsan, 1936. Probablement l’une des deux paires ayant
appartenu au comte de Vaudreuil et qui fut placée dans le grand
salon du château de Montreuil, alors propriété de Madame
Élisabeth.

En 1783, Madame Élisabeth, qui a alors dix-neuf ans, se vit offrir par son frère un terrain et une maison dans le village de Montreuil, un ensemble qui avait été racheté aux Rohan-Guéméné, et qui subsiste aujourd’hui dans le quartier de Montreuil à Versailles sous le nom de « Domaine de Madame Élisabeth ». Bien que n’étant pas autorisée à y dormir avant sa majorité légale, alors fixée à vingt-cinq ans, elle s’y rendit tous les jours à cheval depuis le château de Versailles voisin, et y mena une vie plus simple qu’à la Cour, rythmée par les loisirs auxquels elle avait pris goût dans son enfance, par ses actes de piété et ses bonnes œuvres, qui lui valurent d’ailleurs le surnom de « Bonne dame de Montreuil ».

Quand éclata la Révolution française, elle se rapprocha encore plus de la reine pour soutenir le Roi, et le 6 octobre 1789, elle les accompagna, ramenée de force par le peuple à Paris, où elle disposa désormais d’un appartement aux palais des Tuileries. Malgré les apparences, la princesse tint parfois tête à son frère ou à sa belle-sœur. Leurs affrontements portaient sur des choix de stratégie politique, Madame Elisabeth adoptant une position ultra, sans la moindre concession aux partisans d’une monarchie constitutionnelle.

Ill. 8 : Pierre Gouthière (1732-1813) détail du bras à cinq
lumières d’une paire (ill. 7). Reproduit par L.H. Prost, Collection
de Madame et du Colonel Balsan
, 1936.
Détail de l’un de nos bras montrant le ruban noué et la
similitude du traitement avec le ruban ornant l’applique de la
collection Balsan (ill. 8).

Dès 1790, elle soutint le principe d’une alliance des émigrés avec les puissances étrangères dont elle attendait le salut ce qui, de facto, constituait une trahison pour le gouvernement de la France de l’époque. Par l’intermédiaire du comte de Virieu, entre autres personnes, elle entretint une correspondance régulière avec son frère, le comte d’Artois, émigré à Turin, puis à Coblence dont elle partageait totalement les idées, lui recommandant même d’agir par lui-même, l’engageant à mettre les autres souverains d’Europe dans leurs intérêts, car, disait-elle, « Louis XVI est si faible qu’il signerait sa propre condamnation si on l’exigeait de lui ». Elle s’opposa également à la constitution civile du clergé et à toute mesure qui diminuait les prérogatives royales ou celles de l’Église. En 1791, ses tantes lui proposèrent de fuir avec elles, mais une fois de plus, elle fit le choix de demeurer au côté du couple royal. Elle les accompagna lors de leur fuite à Varennes, avortée vers Montmédy, le 20 juin 1791, et le 10 août 1792, jour qui sonna le glas de la monarchie française avec l’assaut donné contre les Tuileries, elle fit courageusement face aux émeutiers déchaînés sans les détromper sur son identité.

Ill. 10 : Cachet circulaire de plomb portant l’inscription H.ST.A / FRANKFURT / M [Hauptstaatsarchiv Franfurt-am-Main / Archives d’État de Francfort-sur-le-Main], et frappé au revers de l’aigle impérial allemand.

Incarcérée le 13 août, avec la famille royale, à la tour du Temple, elle fut très affectée physiquement mais trouva de l’aide dans la religion, assumant un rôle d’ange consolateur de la Reine et de ses enfants. Après la mort de Louis XVI, survenue le 21 janvier 1793, suivie, la même année, de celle de Marie-Antoinette, le 16 octobre, Madame Elisabeth partagea, pendant plus d’un an, sa cellule avec sa nièce de quinze ans, Marie-Thérèse de France (1778-1851), dite Madame Royale et future duchesse d’Angoulême, sur laquelle elle veilla après l’exécution de ses parents et la séparation de son petit frère, devenu l’éphémère Louis XVII (1785-1795).

La Convention avait d’abord prévu que Madame Elisabeth fut expulsée de France – Robespierre s’étant à plusieurs reprises opposé à son exécution – mais des documents, cités en octobre 1793 lors de l’instruction du procès de Marie-Antoinette, entraînèrent finalement par décret son renvoi devant le Tribunal révolutionnaire qui la condamna à la peine de mort. Elle fut guillotinée le 10 mai 1794. Un médaillon la représente dans la Basilique de Saint-Denis sa dépouille n’ayant jamais été retrouvée.

Ill. 9 : Vue du bras de lumière reproduit ill. 7, photographié in-situ en 1936 dans la résidence de Consuelo Vanderbilt Balsan.

Collection de Madame et du Colonel Balsan (1936).

Claude-Jean Pitoin

Fils de Quentin-Claude Pitoin (vers 1725-1777) et d’Elisabeth Lelièvre, elle-même fille d’Antoine Lelièvre († 1784), maître doreur sur métaux en 1738 et fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne de 1753 à 1763, Claude-Jean Pitoin naquit en 1757. Placé par son père en 1776 chez Jean Martin, l’un des plus habiles sculpteurs modeleurs de son temps, principal collaborateur de Pierre Gouthière, de Jean Hauré, de Jean-Louis Prieur et de François Rémond, il fut reçut maître fondeur-doreur-graveur en 1778, et poursuivit l’activité de son père en devenant lui-même fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne jusqu’en 1786, avec le titre de doreur-argenteur sur métaux du Garde-Meuble du Roi.

Cette année-là, il fut remplacé par une équipe d’artisans, dont l’un des principaux fut le fondeur Louis-Gabriel Feloix (maître en 1754), recrutés par Jean Hauré, alors en charge de la fabrication des meubles et des bronzes d’ameublement du Garde-Meuble. Le première livraison en bronze d’or mat de Claude-Jean Pitoin eut lieu le 30 décembre 1778, au cours de laquelle il fournit « deux fortes paires de bras à trois branches » pour servir dans la chambre de la Reine au château de Versailles. Trois ans après avoir été démis de ses fonctions, il s’associa en 1789 avec un certain Foldekey, avec lequel il fonda une « maison de correspondance avec la province et l’étranger », mais celle-ci fit faillite en 1791. Claude-Jean Pitoin parvint cependant à revenir à la dorure, et fut reçu à l’Exposition des produits de l’industrie de l’an IX (1801), obtenant une médaille d’argent pour avoir perfectionné l’art de la dorure sur cristaux. Il mourut à Paris avant 1806.

Une interaction possible avec Pierre Gouthière ?

Ainsi que nous venons de le voir, Claude-Jean Pitoin avait appris à modeler, en 1776, dans l’atelier du sculpteur et modeleur de renom Jean Martin, qui fut aussi le collaborateur de Pierre Gouthière (1732-1813), ciseleur et doreur du Roi. Ainsi que le précise Christian Baulez, les Pitoin, père et fils, étaient avant toute chose des sculpteurs de formation, « peu liés au monde du métal ». Ils furent au final plus des entrepreneurs que des exécutants, et durent en conséquence largement sous-traiter leurs fournitures. Dans ces conditions, on pourrait très bien imaginer ici que nos bras aient été modelés par Quentin-Claude, mais fondu par un intermédiaire, et ciselé et doré par Gouthière. Entre le dessinateur et le fournisseur de tels bras de lumières, intervenaient en effet, à l’époque, toute une chaîne d’artistes et d’artisans dont les noms, au final, s’effaçaient au seul profit de celui du fournisseur.

Ill. 11 : Jean-François Forty (1721-178 ?), OEuvres de Sculptures en bronze, contenant Girandoles, Flambeaux, Feux, Pendules, Bras, Cartels, Baromètres, et Lustres, Inventées et Dessinées par Jean François Forty, Gravées par Colinet et Foin, Paris, Chez Chereau, vers 1775.

A ce titre, il convient de mentionner ici les modèles des grands bras à cinq lumières, également à décor de carquois et de branches de pavots ciselées au naturel et nouées d’un ruban, dont une paire fut commanditée vers 1780 auprès de Gouthière, très probablement dessinés par l’architecte François-Joseph Bélanger (1744-1818), par Louise-Jeanne de Durfort de Duras (1735-1781), duchesse de Mazarin, pour orner le grand salon de son hôtel, aujourd’hui disparu, du 11-13 quai Malaquais, à Paris. Cette paire, qui fit très probablement partie des collections du baron James de Rothschild (1792-1868), demeurant par la suite dans sa descendance, a été acquise en 2002 par le musée du Louvre. Gouthière proposait à sa clientèle des bras à décor de pavots, de deux tailles différentes, depuis au moins le milieu des années 1770, et l’ornemaniste Jean-François Forty (1721-178?) en avait publié, vers 1775, une luxuriante version déclinée en lustre, planche 1 de son 8e Cahier de l’Oeuvre, à fût composé d’un assemblage de trois carquois suspendus à des chaînes et surmontés d’une torche, orné de douze branches de pavots formant autant de lumières, nouées ensemble à la base du fût au moyen d’un nœud de rubans à l’opulence tout-à-fait comparable aux nôtres.

La paire de bras de ce modèle « à carquois » très certainement la plus riche fournie par Gouthière, de très grandes dimensions, le fut pour compte du duc d’Aumont (1709-1782). Lors de la fameuse vente après décès de ce dernier, qui se tint le 12 décembre 1782 et jours suivants, elle fut acquise pour la très importante somme de 9127 livres par un certain Quenel, formant le lot n° 343 de la vente :

Ill. 12: Lustre montrant un décor de noeuds de ruban similaires aux nôtres : Jean-Démosthène Dugourc, Deux lustres (détail), 1777. Crayon, encre, lavis et aquarelle sur papier.

New York, Smithsonian Design Museum, (1921-6-61).

« Une paire de Bras de goût d’arabesques de six pieds de haut, dont la partie principale présente un carquois très ouvragé, enrichi de quatre branches de rose entrelacées & attachées par un nœud de ruban, avec bobeche, chacune formée d’une fleur relative à leur espece ; ce carquois est soutenu par trois chaînons passant entre deux branches de lierre contournées en lyre, surmontée d’une couronne de rose nouée avec les chaînons à un cartouche oval, aussi à branches de lierre, & terminé par un clou à nœud de ruban ; l’un de ces bras est orné au-dessous du carquois d’un trophée de flèches tenues par un nœud de ruban, qui garnit le milieu d’un cartouche oval figuré par deux branches de myrte, dont un descend former chûte d’ornement en s’entrelaçant avec deux rubans à glands, l’autre l’est d’un trophée de thyrse & d’attributs de faune, & même cartouche d’ornement en lierre, avec chûte de feuilles de vigne, raisins & rubans ».

Suivait une autre paire de bras « entièrement pareils aux deux précédents, à l’exception du genre des ornements qui sont au dessous du carquois », qui fut acheté par le marchand et expert Alexandre-Joseph Paillet (1743-1814) pour la somme toute aussi importante de 9100 livres. Comme les précédents, ces bras se terminaient « en chûte d’ornement avec deux rubans à glands ».

Ces riches ornementations et chutes de rubans, décrits à propos des bras du duc d’Aumont, étaient pour partie fixées au revers des carquois composant la partie principale de ces luminaires, à l’image que l’étaient les arcs, aujourd’hui disparus, fixés, à l’origine, au revers de nos bras.

On peut très distinctement constater ce type de montage chez Gouthière sur une paire de bras de lumières, identique à celle de la duchesse de Mazarin, qui fit partie de la collection du colonel Jacques Balsan (1868-1956) et de sa seconde épouse, la milliardaire américaine Consuelo Vanderbilt (1877-1964), divorcée du 9e duc de Marlborough, cousin de Winston Churchill. L’ample ruban à faces brettées et terminaisons à deux pointes chutant de chacun de ces bras, similaires aux nôtres, apparait ainsi fixé au revers du carquois formant leur fût. Il devait en être de même, à l’origine, des bras de la duchesse de Mazarin conservés au Louvre. La paire d’appliques de la collection Balsan forma très certainement à l’origine l’une des deux paires identiques, exécutées par Gouthière, qui appartinrent au comte de Vaudreuil (1740-1817), figurant dans sa vente du 26 novembre 1787 à Paris, lots nos 373 et 374, où elles furent respectivement acquises 1380 et 1200 livres par le marchand mercier Mala. Ce dernier les revendit au Garde-Meuble de la Couronne en janvier 1788. Une paire, dont on perd la trace en 1794, avait été placée dans la chambre de Louis XVI au château de Saint-Cloud, où elle fut inventoriée à plusieurs reprises. Et ironie de l’histoire au regard de la provenance historique de nos bras, la seconde paire, correspondant à celle de la collection Balsan, fut placée en 1789, après avoir été intégralement redorée par Pierre-Philippe Thomire (1751-1843), dans le grand salon de Madame Elisabeth au château de Montreuil.



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