Marbre serpentin des Vosges ; ‘granit’ ou ‘jaspe’ vert des Vosges ; marbre brocatelle d’Espagne ; bronze ciselé et doré (dorure d’origine).
H. 39 cm. (15 1/2 in.) ; D. total avec les anses : 23 cm. (9 in.).
DIMENSIONS DES COUPES : H. 7.8 et 7.9 cm. (3 x 3 1/8 in.) ; D. 19.1 et 19.4 cm. (7 ½ x 7 5/8 in.).
PROVENANCE : collection de Jean-Nicolas de Boullongne (1726-1787), conseiller au Parlement de Paris, commissaire aux Requêtes du Palais (1745), intendant des Finances de Louis XV (1753), et membre honoraire de l’Académie de Peinture et de Sculpture (1777), dans son hôtel particulier, sis rue Saint-Honoré à Paris « vis-à-vis les Jacobins » (détruit au cours du XIXe siècle, l’emplacement correspond à l’actuel n° 215), sa première vente après décès in situ, par Nicolas Georges et Nicolas-Jacinthe-Philippe Bizet, du 8 au 12 mai 1787, lot n° 247 (cette vente fut peut-être reportée); puis sa seconde vente in situ, également par Georges et Bizet, du 19 au 24 novembre 1787, lot n° 231 ; acquis au cours de la vente par Philippe-François Julliot (1755-1836) pour la somme de 460 livres ; possiblement collection de Jean-Baptiste-Charles-François de Clermont d’Amboise (1728-1792), chevalier de Clermont-Gallerande, marquis de Renel ou Reynel et seigneur de Montglas, ambassadeur de France à Lisbonne (1767), puis à Naples (1775) – les coupes du marquis de Renel ont fait l’objet d’une saisie révolutionnaire effectuée les 6-7 et 10 juin 1793 dans son hôtel de la rue de Montholon à Paris ; elles ont été inventoriées au dépôt de Nesle en 1794 et expédiées au Museum central des Arts, autrement dit au Louvre, le 4 fructidor de l’an II (21 août 1794) ; collection du banquier Guillaume Sabatier (1730-1808), cousin de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (1753-1824), dans son hôtel particulier connu sous le nom d’hôtel de Durfort, sis au n° 5 de la place Vendôme à Paris, sa vente après décès, par Bizet, les 20 et 21 mars 1809, lot n° 86 (vendu 400 F.); possiblement Cabinet de M. A…, sis au n° 16 de la rue Saint-Fiacre à Paris, vente in situ par Bonnefond de La Vialle, les 14 et 15 avril 1834, lot n° 65.

Cette paire de coupes, très richement montées, fit partie de la collection de Jean-Nicolas de Boullongne (1726-1787), comte de Nogent et baron de Marigny, conseiller au Parlement de Paris en 1745, et intendant des Finances de Louis XV à partir de 1753, dans son hôtel particulier sis rue Saint-Honoré (actuel n° 211), « vis-à-vis les Jacobins ». Elle est décrite dans le catalogue de sa première vente après décès qui se déroula in situ dans son hôtel du 8 au 12 mai 1787, sous la direction des commissaires-priseurs Nicolas Georges et Nicolas-Jacinthe-Philippe Bizet, et l’expertise de « Julliot fils », très certainement Philippe-François (1755-1836), fils de Claude-François Julliot (1727-1794), formant le lot n° 247 de la vente : « Deux coupes de marbre serpentin, de forme ronde, sur trépieds à console à têtes de bouc & pied de biche, culot à feuilles & balustre cannelé, avec cercle de perles & guirlandes de chaînons, placés chacune sur un fût de colonne de ton de porphyre vert, garni de bord à galons, guirlandes de perles, avec socle à feuilles d’ornemens & avant-corps en bronze doré d’or mât. Hauteur 14 pouces 6 lignes [39.24 cm.], diamètre 7 pouces [19 cm.]. Ces morceaux de bon genre, sont agréablement montés ». Il est possible que cette première vente, pour des raisons qui demeurent inconnues à ce jour, ait été finalement reportée, car une deuxième vente se tint chez Monsieur de Boullongne, du 19 au 24 novembre 1787, avec un catalogue quasi identique au précédent, à l’exception de quelques lots. Le même descriptif fut employé pour décrire nos deux coupes qui formèrent le lot n° 231 de cette vente. Elles furent acquises à cette occasion par Philippe-François Julliot pour la somme conséquente de 460 livres.

De forme ronde et mesurant respectivement 19.1 et 19.4 cm., soit précisément les « 7 pouces » indiqués dans les ventes de Boullongne mentionnées ci-dessus, ces coupes montrent un profil mouluré à gorge couronnant une panse étroite et circulaire et soulignant une encolure en ‘bec de corbin’. Remarquablement polies, elles ont été sculptées en marbre serpentin ou serpentine des Vosges : « Les serpentines sont très recherchées et permettent d’obtenir des décorations splendides. Ces roches offrent en effet toutes les nuances du noir au vert et au jaune, et se polissent parfaitement. Les accidents de couleurs, veines, nodules, etc., auxquels elles doivent leur nom, les rendent très agréables à l’œil ». Chaque coupe, dont la gorge est rehaussée d’un filet de perles de bronze doré, est très richement montée. Soulignée d’une ample corolle alternant feuilles d’acanthes et festonnées, elle est supportée par une tige centrale fuselée et torsadée, à base moulurée et perlée, et bague moulurée de même au couronnement, et est maintenue au moyen d’un piètement tripode ‘en console’ de section carrée, à tête de bouc surmontée d’une courte anse à double balustre feuillagé, rehaussée de pampres de vignes, et terminée à ‘pied de bouc’ et corolle de feuilles lancéolées. Un bandeau circulaire de bronze à bordures perlées joint ces trois pieds à mi-hauteur, fixé au moyen de boutons moulurés.Des chaînons accrochés aux cornes des boucs soulignent chacune des têtes, et les relient entre-elles sous forme de double accolade maintenue au moyen d’un petit anneau rattaché au filet de perles de l’encolure.

L’ensemble repose sur une terrasse moulurée de bronze fixée sur un fût cylindrique de ‘jaspe’ ou ‘granit’ vert des Vosges, couronné par un ressaut enrichi d’un quart de rond de bronze doré très finement ciselé ‘à galons’ et souligné de boutons perlés, points d’accroche de guirlandes de perles formant des accolades sur le pourtour du fût. Ce dernier est enchâssé dans une base de bronze doré, rythmée de quatre ‘avant-corps’, à doucine de frise d’acanthes et filet de perles, reposant sur un contre-socle de section carrée en marbre brocatelle d’Espagne.


Une paire de coupes montées correspondant à la description des nôtres appartint à Jean-Baptiste-Charles-François de Clermont d’Amboise (1728-1792), chevalier de Clermont-Gallerande, et marquis de Renel ou Reynel, un diplomate qui fut nommé ambassadeur de France au Portugal en 1767, puis à Naples en 1775.
Le marquis de Renel fut également propriétaire de deux importants pots-pourris montés en porcelaine de Chine à couverte bleu turquoise, aujourd’hui conservés au musée du Louvre à Paris. Ce dernier les avait probablement commandés à Pierre Gouthière (1732-1808) au début des années 1770, avant son départ pour la cour de Naples où il occupa la charge d’ambassadeur de 1775 à 1784.
Une assez grande quantité de papiers, titres de propriété et des pièces de comptabilité saisis pendant la Révolution à son domicile après qu’il eut très certainement émigré, aujourd’hui conservés aux Archives nationales, révèlent que le marquis demeura dans son hôtel particulier situé rue Royale, paroisse Saint-Roch, jusqu’en 1789, puis des quittances d’impôts et des contributions patriotiques datant des années 1790 et 1791 indiquent par la suite son domicile rue de Montholon au n° 300.
C’est précisément à cet endroit qu’eut lieu une saisie révolutionnaire effectuée sous les directives de Lemonnier et de Moreau le jeune, les 6-7 et 10 juin 1793, soit un peu moins d’un an après la mort du marquis, massacré au palais des Tuileries le 10 août 1792, qui confisqua les deux coupes, ainsi que les deux pots-pourris du Louvre : « n° 69, ‘deux cuvettes de serpentin à fond noir portées sur leurs fûts de colonne de granite verd des Voges [sic] ornées de bronze doré avec deux socles en marbre griote d’Italie ».

Ces objets furent envoyés au dépôt de Nesle, sous la garde du citoyen Mulot et sous la responsabilité de la Commission des Monuments, en vue de servir à l’instruction publique, où ils furent inventoriés, durant l’administration de François-Valentin Mulot, entre le 27 germinal et le 30 prairial de l’an II (du 16 avril au 18 juin 1794), par Jean-Baptiste-Pierre Lebrun, alors adjoint à la Commission temporaire : « Clermont d’Amboise / vérifié avec les pièces 64 / signée Le Monnier du 6 juin 1793 et 130 signée Besson […] Museum [destinée à être envoyées au Museum central des Arts, autrement dit au Louvre] / 75. Deux coupes de serpentin des Vosges à têtes de boucs, élevées sur fûts de colonnes de porphyre vert avec base de bronze doré et socles de même matière des Vosges ». Elles furent expédiées au Museum le 4 fructidor de l’an II (21 août 1794).
Se pourrait-il que nos coupes aient été celles du marquis de Clermont d’Amboise que lui aurait vendues Philippe-François Julliot ? La question mérite ici d’être posée. Si ces coupes furent bel et bien déposées au Museum en 1794, il convient de noter que toutes les œuvres d’art qui y furent envoyées n’y restèrent pas nécessairement.



Nos coupes figurèrent sous l’Empire dans la collection du banquier Guillaume Sabatier (1730-1808), cousin de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (1753-1824), 2e consul puis archichancelier de l’Empire, dans son hôtel particulier connu sous le nom d’hôtel de Durfort, sis au n° 5 de la place Vendôme à Paris.
Elles formèrent le lot n° 86 du catalogue de sa vente après décès, qui se tint chez lui, les 20 et 21 mars 1809, sous la direction de Bizet : « 86. – Deux coupes de marbre serpentin des Vosges, montées sur Trépieds à Têtes et Pieds de Boucs en fonte dorée. Elles sont toutes deux sur des Tronçons de Colonnes en jaspe vert, garni de divers Ornemens aussi en fonte dorée, et placées sur des Socles carrés en marbre brocatelle d’Espagne.
Cet article mérite l’attention des Curieux, autant par la beauté de la matière que par la richesse de la monture ». Elles furent vendues 400 francs.Il est possible que nos coupes ornèrent sous la Monarchie de Juillet le Cabinet de M. A…, sis au n° 16 de la rue Saint-Fiacre à Paris.
En effet, lors de la vente in situ de ce cabinet par Bonnefond de La Vialle, les 14 et 15 avril 1834, deux coupes correspondant aux nôtres formèrent lot n° 65 du catalogue : « 65 – Deux coupes, en marbre serpentin, entourées d’un cercle à oreilles en bronze doré ; elles sont sur trépied reposant sur un socle vert de mer, terminé par un autre socle qui, ainsi que les trépieds, est en bronze doré. Ces coupes, d’une matière précieuse et d’une riche monture parfaitement soignée, méritent l’attention des amateurs ».


Jean-Nicolas de Boullongne


Né le 11 novembre 1726 à Versailles, Jean-Nicolas de Boullongne, était le fils du ministre Jean de Boullongne, comte de Nogent, et le petit-fils du fermier général Claude-Pierre de Beaufort. Il acquit par engagement le comté de Nogent et la baronnie de Marigny, et fut le propiétaire du château de la Chapelle-Godefroy, à proximité de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube, qu’il fit décorer par Charles-Joseph Natoire. Le domaine fut saisi en 1792, et le château fut incendié pendant la campagne de France en 1814.
Pourvu d’une charge de conseiller au parlement de Paris auprès de la première Chambre des Enquêtes, commissaire aux Requêtes du Palais le 30 juillet 1745, Jean-Nicolas de Boullongne passa maître des Requêtes le 24 janvier 1750. Il devint intendant des Finances de Louis XV, en survivance de son père, le 13 avril 1753. Entré de plein exercice le 25 août 1757, il resta dans ses fonctions au moment de la réduction du nombre des charges en 1771 et fut le seul à conserver son département lorsque fut supprimé cet office en 1777.
Conseiller d’État en 1765, il fut admis en tant que membre du Conseil royal des Finances et du Commerce en 1767. Cette même année, il fut également nommé gouverneur et lieutenant du Roi à Montereau. Il occupa la charge de commissaire près la Compagnie des Indes en 1784.
Le 9 mai 1753, il épousa en l’église Saint-Sulpice à Paris, Louise-Julie Feydeau de Brou, fille du Garde des Sceaux Paul-Esprit Feydeau de Brou. Issu d’une famille intimement lié aux arts, il fut reçu honoraire-associé libre en 1760, puis honoraire amateur en 1778 à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture. Jean-Nicolas de Boullongne s’éteignit à Paris le 7 janvier 1787.
Jean-Baptiste-Charles-François de Clermont d’Amboise
Jean-Baptiste-Charles-François, marquis de Renel et seigneur de Montglas, naquit à Paris le 6 août 1728, et fut baptisé le même jour à Saint-Roch. Second fils de Jean-Baptiste-Louis, marquis de Reuil, et de sa première femme, Henri de Fitz-James, il fut appelé d’abord le chevalier de Clermont-Gallerande et devint colonel du régiment de Bretagne après la mort de son frère aîné en 1746. Maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de Chaumont, il devint diplomate et fut nommé ambassadeur de France à Lisbonne de 1767 à 1775, puis à la cour du roi des Deux-Siciles, à Naples, de 1775 à 1786. Il obtint, en récompense de ses services, par brevet du 7 janvier 1784, une pension de 14.662 livres 10 sous, qui lui fut confirmée le 9 août 1791 (nouveau brevet, signé : Montmorin). Il avait épousé, par contrat de juin 1769, Adélaïde Charlotte de Moustier (1736-1820), chanoinesse-comtesse du chapitre de Neuville. Il demeura successivement dans son hôtel familial connu sous le nom d’hôtel de Cheverny, situé rue et porte Saint-Honoré, à l’angle du cul-de-sac de l’Orangerie des Tuileries, future rue Saint-Florentin, puis résida, au retour de ses ambassades, dans l’hôtel de La Vaupalière, puis rue Royale et enfin rue de Montholon dans le 9e arrondissement. A Naples, le marquis de Renel eut comme conseiller d’ambassade Dominique-Vivant Denon (1747-1825), futur directeur du musée Napoléon, avec lequel il noua des relations artistiques particulièrement fructueuses.
Le marquis de Clermont d’Amboise fut député suppléant de la noblesse du bailliage de Provins aux Etats généraux. Pressentant peut-être les évènements à venir, il vendit préventivement une partie de ses collections le 20 mai 1790, et en février de l’année suivante, il chercha à louer son hôtel avec ses meubles très certainement dans l’idée d’émigrer. Il connut finalement une fin tragique, massacré en prenant la défense de la famille royale aux Tuileries, au cours de la terrible journée du 10 août 1792. Ses biens furent saisis, nous l’avons vu, en 1793, en même temps que cinquante et un lots qui appartenaient en réalité à Denon, qui occupait un petit appartement au troisième étage de l’hôtel de la rue de Montholon. Ce dernier les réclamera et les récupérera sous le Directoire. La sœur du marquis de Renel, Diane Jacqueline Josèphe Henriette de Clermont d’Amboise (1733-1804), marquise de La Vaupalière, qui avait émigré dès 1789, devint sa seule et unique héritière.

Guillaume Sabatier
Originaire de Montpellier, Guillaume Sabatier devint l’héritier de la plus vieille banque du Languedoc, la Maison Sabatier, établissement de négoce et de transactions d’origine protestante. Il vint à Paris établir une succursale des établissements familiaux dont les affaires couvrirent plusieurs activités entre 1770 et 1793, cumulant outre la banque, le négoce des textiles, la fourniture de draps et d’armes à l’armée, le commerce avec les Iles et des parts dans la Compagnie des Indes. Il fit l’acquisition en 1791, à la faveur de la vente des Biens Nationaux, des domaine et château d’Espeyran dans le Gard, auparavant propriété de l’abbaye de Saint-Gilles, ainsi que du domaine de Maurin et des Aresquiers, dans la commune de Lattes (Hérault).

En octobre 1793, le gouvernement de la Terreur décida de confisquer les biens de la Compagnie des Indes et l’arrestation de ses dirigeants. Cousin de Cambacérès, alors président du corps législatif, Sabatier échappa de peu à la guillotine. Libéré après le 9 Thermidor, il tenta avec deux autres directeurs, Mallet aîné et Louis-Victor Moreau, d’obtenir la restitution des biens saisis. Ne récupérant que trois navires, les actionnaires décidèrent la liquidation de la Compagnie en juillet 1795. Cependant, la Révolution n’avait pas altéré la puissance familiale et Guillaume Sabatier devint l’un des banquiers parisiens les plus influents sous le Directoire et l’Empire. Durant cette période, il eut pour assistant Médard Desprez, le fils de son ami Pierre Desprez, également directeur de la Compagnie. En 1796, toujours sous l’impulsion de Cambacérès, il participa au rachat de la Compagnie des mines d’Anzin, associé à un groupe de financiers dont Claude Perier. Il devint aussi le principal associé de la banque Doyen et Cie dont il racheta une partie des créances. En 1800, il fut l’un des actionnaires fondateurs de la Banque de France et obtint un siège de censeur au conseil dont il démissionna en 1803, pour raisons de santé. Il fut alors remplacé par Jean-Henry Martin, dit Martin de Puech. Sabatier fut également conseiller général de la Seine de 1800 à 1803. Il s’éteignit dans son château d’Ors à Châteaufort, dans les Yvelines, le 21 août 1808, laissant sa fortune à son épouse, Jeanne Baudin d’Alogny, future baronne Lavabre, et à son fils naturel, Auguste, dit Augustin Sabatier (1785-1813), à propos duquel il avait reconnu sa paternité en 1808. Augustin hérita de la moitié de la fortune de son père en 1808, mais mourut cinq ans plus tard sans postérité, laissant ses biens à sa mère. La seconde moitié de la fortune de Guillaume Sabatier alla à ses deux soeurs cadettes, Marie, habitant à Montpellier, et Marie-Fortunée, résidant à Paris, qui elles-mêmes la lègueront à leurs trois petits-neveux Frédéric, Félix et François Sabatier.

Le règlement de la succession de Guillaume Sabatier – les meubles y étaient estimés pour la somme de 40.000 francs – représentait un actif net de 5.000.000 francs, auxquels on pouvait ajouter 1.300.000 francs de legs. La vente eut lieu, ainsi que nous l’avons déjà cité, les 20 et 21 mars 1809 « dans sa maison » du 5, Place Vendôme, c’est-à-dire dans l’hôtel de Durfort que Sabatier avait acquis en 1788 et dans lequel il continua d’habiter pendant la Révolution, ainsi que le révèle son procès verbal d’arrestation. S’il vendit l’hôtel de Durfort à son associé Desprez en 1798, il semble bien que Sabatier ait continué à l’occuper, ou du moins à y laisser les objets d’art qu’il possédait.
L’expert Alexandre-Joseph Paillet écrivit, dans le préambule du catalogue de la vente, que Sabatier était l’ami de « feu M. Randon de Boisset, l’un des grands Connaisseurs de son tems [sic] » et que c’était au contact et sous la conduite de celui-ci qu’il avait commencé à acheter des tableaux. Il est donc peu étonnant qu’à l’instar de la célèbre collection de son mentor, celle de Sabatier ait compris surtout des oeuvres d’artistes du XVIIe siècle hollandais, parmi lesquels Paillet distingua Nicolaes Berchem, Ludolf Bakhuizen, Willem van Mieris, Adriaen van Ostade, Pieter Neeffs, Philips Wouwerman, ou encore Jan Wijnants. Le premier achat effectué par l’amateur fut, toujours selon Paillet, une paire de « deux magnifiques Tableaux de Fleurs et de Fruits, par J. van Huysum, [ils furent adjugés 14.000 francs à la vente, soit la plus haute enchère de la dispersion de la collection Sabatier] que possédait feu Donjeux, le seul Commerçant, chez lequel on put trouver alors des Tableaux de première classe. Les voir, en demander le prix, en devenir propriétaire, fut l’affaire d’un moment. Cette première acquisition lui attirant toutes les félicitations des Amateurs et des Artistes, il ne quitta plus Donjeux, qui lui procura un certain nombre de Morceaux authentiques et approuvés de tous les Connaisseurs »

A partir des quelques tableaux pour lesquels on peut retracer la provenance antérieure, il semble que l’essentiel de la collection de Sabatier fut réuni entre 1775 et 1789. Certains figuraient auparavant dans des cabinets français comme celui de Nicolas Beaujon, dispersé à partir du 25 avril 1787, ou bien dans celui de Montesquieu Fezensac, dont la vente eut lieu le 9 décembre 1788. De ce dernier cabinet, provenait un Paysage par Philips Wouwerman aujourd’hui conservé au sein de la Wallace Collection, à Londres. Mais une part importante des tableaux de la collection devait provenir directement de Hollande, à l’image de ce Paysage avec à l’arrière plan une attaque de convoi par Berchem – aujourd’hui au Koninklijk Museum d’Anvers – provenant de la vente du cabinet de Johannes Lodewijk Strantwijk faite à Amsterdam, le 10 mai 1780.

Après cette période d’importants achats, « cette réunion suffisant aux jouissances particulière de M. Sabatier, il s’arrêta et n’acheta plus depuis que quelques Tableaux de place, avec l’intention seulement de relever son Mobilier, et d’obliger des Amis qui les lui proposaient ». De ces achats postérieurs fit sûrement partie le Milon de Crotone de Jean-François-Léonor Mérimée, peint à Rome en 1790 et exposé au Salon de 1791. En sus de cet ensemble majeur de tableaux, la collection réunie par Sabatier comportait également quelques meubles et objets d’art parmi lesquels furent plus particulièrement distingués deux « bas d’armoires » par Boulle ainsi que nos deux « coupes de marbre serpentin des Vosges ».