Londres, époque George II, 1728-1729.
Argent
Poids : 5753.5 gr. (185 oz).
H. 20.2 cm. (7 7/8 in.); L. 25,5 cm. (10 in.); D. 22,5 cm. (87/8 in.).

SUR LA FACE DE CHAQUE SEAU : armoiries de John Stuart (1713-1792), 3e comte de Bute :
d’or à la fasce échiquetée d’argent et d’azur, chargée d’une tresse fleuronnée et contre-fleurie de gueules ; surmontées d’une couronne comtale anglaise ; cerclées de la devise de l’Ordre du Chardon : Nemo Me Impune Lacessit [Personne ne me provoque impunément] ; avec, à dextre, un cheval d’argent bridé de gueules, et, à senestre, un cerf au naturel ; le tout souligné de la devise familiale inscrite sur un listel : Avito viret honore [Il s’épanouit avec l’honneur de ses ancêtres].
AU REVERS DE CHAQUE SEAU : blason orné d’un demi-lion rampant de gueules, armé et lampassé d’azur, placé sous une couronne comtale anglaise : blason-cimier de la famille Stuart de Bute.
POINÇONS : poinçon de maître de Paul Crespin (lettres CR surmontées d’une coquille et soulignées d’une étoile) (entre 1720 et 1739, le poinçon de maître devait être composé des deux premières lettres du nom de famille de l’orfèvre pour les objets fabriqués aux normes du « Britannia Standard », et des initiales du prénom et du nom pour les objets fabriqués en argent massif); poinçon du « Britannia Standard », poinçon de référence pour un titre d’argent de 95,84 % (obligatoire depuis 1697) ; tête de lion arasée, poinçon de la ville de Londres relatif au « Britannia Standard » ; N, lettre date de la ville de Londres désignant la période 1728-1729 (London Assay Office Letters / Cycle 13 / George I et II).
AUTRES MARQUES : OZ / 94’ / 93”15 / 93 :14, inscriptions gravées sous la base des deux seaux à rafraîchir.


PROVENANCE : collection de John Stuart (1713-1792), 3e comte de Bute et Premier ministre de Grande-Bretagne du 26 mai 1762 au 8 avril 1763 ; puis descendance jusqu’en 1996 ; vente Christie’s à Londres, « Works of Art from the Bute Collection, » 3 juillet 1996, lot n° 100.


Paul Crespin compta parmi les plus importants orfèvres actifs à Londres au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, au côté de Paul de Lamerie (1688-1751), émigré huguenot comme lui, avec lequel il collabora à plusieurs reprises, et rivalisa même à l’apogée de sa carrière. Son œuvre, d’une inspiration toujours remarquable, fut d’une qualité exceptionnelle, et Crespin compta, à ce titre, parmi ses clients, quelques-uns des plus importants personnages de son temps, en particulier le roi Jean V de Portugal (1689-1750) ; S.A.R. le prince de Galle, Frederick (1707-1751), fils aîné du roi George II et père du futur George III ; Sir Robert Walpole (1676-1745), 1er comte d’Orford et Premier ministre de Grande-Bretagne de 1721 à 1742 ; Charles Spencer (1706-1758), 3e duc de Marlborough ; William Bentinck (1709-1762), 2e duc de Portland, qui était son propriétaire et pour lequel il fournit d’importantes quantités d’orfèvrerie de table pendant plus de vingt ans ; William Cavendish (1698-1755), 3e duc de Devonshire ; Henry Fiennes Pelham-Clinton (1720-1794), 9e comte de Lincoln et 2e duc de Newcastle-under-Lyne ; Philip Dormer Stanhope (1694-1773), 4e comte de Chesterfield, qui fut ambassadeur du roi George II à la cour de La Haye de 1728 à 1732 ; Lionel Tollemache (1708-1770), 4e comte de Dysart ; Richard Temple (1675-1749), 1er vicomte Cobham ; Charles Townshend (1700-1764), 3e vicomte Townshend, à propos duquel un manuscrit conservé dans les archives de la Goldsmiths’ Company recense toutes les pièces d’orfèvrerie que Crespin exécuta pour lui entre 1740 et 1759 ; et John Stuart (1713-1792), 3e comte de Bute et futur Premier ministre de Grande-Bretagne, qui fut le propriétaire de la paire de seaux à rafraîchir présentés ici.
Crespin les exécuta entre 1728 et 1729, soit bien avant que le comte, qui n’avait que quinze ou seize ans à cette époque, n’y fasse graver ses armoiries ceintes de la devise de l’Ordre du Chardon (Order of the Thistle) : Nemo Me Impune Lacessit [Personne ne me provoque impunément], ordre au sein duquel il ne fut investi chevalier qu’en 1738.

Son père, James Stuart, 2e comte de Bute, étant décédé en 1723, il est possible qu’il en ait hérité de sa mère, Lady Anne Campbell (1692-1736), fille d’Archibald Campbell, 1er duc d’Argyll, ou de l’un de ses deux oncles maternels qui l’élevèrent après la mort de son père : John Campbell (1678-1743), 2e duc d’Argyll, comte puis 1er duc de Greenwich, et Lord Archibald Campbell (1682-1761), 3e duc d’Argyll et 1er comte d’Ilay.
Ces seaux à rafraîchir sont caractéristiques du style communément appelé « huguenot » en Angleterre, en vogue depuis la fin du XVIIe siècle. Leur décor trouve en particulier un écho dans celui de la paire de seaux à rafraîchir de forme octogonale, exécutée en 1716 par William Lukin I (actif entre 1699 et 1755) pour Sir Robert Warlpole (1676-1745), dont ils portent les armoiries – ces seaux, provenant de la collection d’Irwin Untermyer, sont aujourd’hui conservés au Metropolitan Museum of Art, à New York – ou dans celui similaire du Museum of Fine Arts de Boston, exécuté en 1718-1719 par David Willaume I (1658 – vers 1741) et portant les armoiries de la famille Noel, comtes de Gainsborough. Le style « huguenot » fut fortement influencé par les modèles français contemporains.
A titre d’exemple, la paire de seaux à rafraîchir en argent aux armes des Spencer-Churchill accolées à celles des Trevor, exécutée par Paul Crespin en 1733, très certainement à l’occasion du mariage de Charles Spencer-Churchill, 3e duc de Marlborough et d’Elizabeth, fille de Thomas Trevor, 2e baron Trevor de Bromham, puise directement sa source dans le modèle d’un seau à rafraîchir réalisé en 1723 par Juste-Aurèle Meissonnier (1695-1750) pour le duc d’Orléans à Paris, un modèle qui fut gravé par Gabriel Huquier (1695-1772) et publié dans le Neuvieme livre des Œuvres de J. A. Meissonnier. Ce style usa de formes d’inspiration classique décorées d’ornements non pas repoussés mais moulés, singularisés en particulier par d’étroits feuillages ou ‘bandes’ verticales disposés en applique au niveau de la base des vases, motifs connus en Angleterre sous le nom de cut card work. Très prisé des orfèvres huguenots, mais également anglais, ce style perdura jusqu’en 1740 environ, côtoyant, à cette époque, le style rococo qui participa également à la renommée de Paul Crespin.



De forme ronde, chacun des deux seaux à rafraîchir présentés ici, dans leur état d’origine sans la dorure qui leur avait été apposée au cours du XIXe siècle, retirée depuis, repose sur un large et court pied circulaire, mouluré à doucine ornée d’une double frise de courtes feuilles lancéolées et nervées.

Le tout est surmonté d’une gorge unie accueillant la base évasée du seau, au pourtour décoré en applique d’une suite verticale et partant de la base d’étroites bandes fuselées et architecturées, à motifs de dard, de fines bordures à petits enroulements et de ‘chapiteaux’ soulignés et ponctués de coquilles à bouton, alternant avec d’étroits godrons, chacun terminé de même d’un bouton. Contrastant sur un fond travaillé au pointillé, ces ‘bandes en applique’ viennent s’imbriquer, au niveau supérieur, dans une frise unie à découpe de lambrequins sobrement gravés d’enroulements et de points.
Formant un large bandeau médiant et renflé, la panse de chaque seau, flanquée de moulures joignant les différents éléments constitutifs du vase, présente en façade un cartouche central circulaire couronné d’enroulements d’acanthes enfermant les armoiries de John Stuart, 3e comte de Bute, surmontées d’une couronne comtale anglaise, cerclées de la devise de l’Ordre du Chardon ; avec, à gauche, un cheval cabré, et, à droite, un cerf cabré de même, le tout souligné de la devise familiale des Stuart de Bute inscrite sur un listel : Avito viret honore [Il s’épanouit avec l’honneur de ses ancêtres].
Le cartouche similaire visible au revers est orné du blason-cimier de la famille montrant un demi-lion couronné d’une couronne comtale anglaise. Chacun de ces cartouches, contrastant comme au niveau de la base sur un fond travaillé au pointillé, est flanqué de deux compartiments à bordures moulurés à décor de treillages enfermant de petites quartefeuilles. Deux courtes anses ciselées à faisceaux évasés à la base et ponctués de bulbes affrontés à corolles de feuilles nervées disposées de part et d’autre d’un petit disque mouluré, occupent les côtés de la panse des vases. Ces anses sont soulignées d’un cartouche à bordure moulurée en forme de pelta, enrichie à la base d’une coquille bordée d’acanthes et surmontée de deux fleurons. Le col des vases, mouluré à gorge à fond uni, est terminé d’une encolure formant débord, moulurée de même, et enrichie d’une étroite frise à motifs d’entrelacs et de rosettes.
Ces seaux à rafraîchir sont demeurés dans la descendance du 3e comte de Bute jusqu’au 3 juillet 1996, date à laquelle ils furent vendus par Christie’s à Londres.



Paul Crespin
Né à Londres en 1694, Paul Crespin était membre d’une famille huguenote établie dans la cité depuis au moins le milieu du XVIIe siècle. Son père, Daniel Crespin, était membre de la paroisse de St. Giles Westminster.

Apprenti chez Jean Pons à la date du 24 juin 1713, Paul Crespin enregistra ses deux premiers poinçons de maître – registres du Sterling et du New Standard – entre juillet 1720 et décembre 1721, date à laquelle il est décrit comme « libre de la Longe bowe String ». Il était établi, à cette date, à l’angle de Compton Street et de Greek Street, dans le quartier de Soho, dans le West End de Londres. Il acquit rapidement une grande renommée, se forgeant même une solide réputation dans sa capacité à surprendre et à innover, ainsi que le révéla, dès le 23 juillet 1724, The Weekly Journal or British Gazetteer : « Mardi dernier, un essai a été effectué à Goldsmiths’Hall sur un curieux récipient en argent pour le bain, qui pesait environ 6030 onces, que certains disaient avoir été fabriqué pour le Roi du Portugal » ; le même journal précisant, le 15 août suivant : « Il y a quelques jours, Mr. Crispin, orfèvre de cette ville, a apporté le beau récipient de bain en argent (fabriqué pour le Roi du Portugal) à Sa Majesté à Kensington, qui fut très satisfaite de cette pièce d’une facture si curieuse, difficilement égalable dans toute l’Europe ».

Si cette pièce, apparemment extraordinaire et révélatrice des débuts de l’orfèvre, n’a jamais pu être identifiée, on pourrait cependant voir une évocation de celle-ci dans le somptueux bassin circulaire exécuté par Crespin deux ans plus tôt, en 1722-1723, et acquis en 1969 par le British Museum, provenant de la collection de Peter Wilding.

L’usage absolument inhabituel de l’argent pour ce type de bassin ne peut ici que souligner toute l’importance du commanditaire, resté malheureusement anonyme. A noter cependant que lors de sa première apparition sur le marché de l’art londonien, au tout début du XXe siècle, ce bassin du British Museum fut présenté à cette époque comme ayant une origine portugaise.


L’œuvre de Paul Crespin répertoriée, présente toujours, à l’image des deux seaux à rafraîchir étudiés ici, une très haute technicité et une remarquable qualité d’exécution, qui lui permit, selon les mots d’Arthur Grimwade, de ‘rivaliser dignement avec celle de Paul de Lamerie’, décrit alors comme « le plus grand orfèvre travaillant en Angleterre au XVIIIᵉ siècle ».
Les deux hommes entretinrent une étroite collaboration, sans toutefois former de partenariat officiel. Une grande partie du service en argent aux armes et aux initiales du roi George II, commandité en 1727-1728 pour l’ambassade à la cour de La Haye du 4e comte de Chesterfield, a ainsi été exécutée conjointement par Crespin et Lamerie, qui y apposèrent leurs poinçons respectifs. Une somptueuse paire de seaux à rafraîchir de ce service dit ‘Chesterfield’ a été présentée dans le cadre de l’exposition Paul de Lamerie. At the Sign of The Golden Ball au Goldsmiths’ Hall de Londres, en mai et juin 1990.
L’un est aujourd’hui conservé au Victoria & Albert Museum, à Londres, et le second au National Museum of Scotland, à Edimbourg.
Crespin atteignit l’apogée de sa carrière dans les années 1740, année aux cours desquelles il adopta un style rococo raffiné. C’est au cours de cette période faste qu’il réalisa notamment, en argent doré, en collaboration avec son confrère huguenot Nicholas Sprimont (1716-71), et en incorporant des éléments antérieurs portant le poinçon de l’orfèvre turinois Andrea Boucheron (1701-1761), l’extraordinaire surtout couronné de la figure de Neptune, très certainement pour le compte du prince de Galle, aujourd’hui conservé dans les collections royales anglaises. De la même époque date la terrine aux chèvres exécutée par Crespin pour le compte de Charles Seymour (1662-1748), duc de Somerset, dont elle porte le blason familial, appartenant au Toledo Museum of Art, dans l’Ohio. Ces deux œuvres majeures révèlent toutes deux une qualité d’exécution à la hauteur de la très grande originalité de leur dessin.



L’orfèvre enregistra un troisième poinçon, le 4 juillet 1739 ; un quatrième, le 7 novembre 1740 ; et un cinquième, présentant deux tailles différentes, le 22 janvier 1757, indiquant toujours la même adresse. Il avait épousé une certaine Margaret Branboeuf, avec laquelle il eut cinq enfants entre 1729 et 1743, tous baptisés à l’église St. Anne, à Soho : Magdalen Bennin [sic] en 1729, Lewis Vincent Paul en 1732, Elias David en 1734, Paul en 1739, et Sarah en 1743.
Malgré sa grande réputation, Paul Crespin fit faillite en février 1747, mais continua à payer ses impôts jusqu’en 1759. Il décéda à l’âge de soixante-seize ans, le 25 janvier 1770, à Southampton, où il avait dû se retirer avec sa femme vers 1760. Par son testament, daté du 17 décembre 1759, et homologué le 26 mars 1770, il légua tous ses biens à cette dernière qui décéda l’année suivante. Leur fille aînée, Magdalen, épousa un horloger huguenot, Francis-Gabriel Barraud. De leur union descend la famille d’artistes du XIXe siècle. C’est cette famille qui avait hérité de Magdalen, le portrait anonyme de Paul Crespin le montrant à mi-corps portant un grand vase en argent de forme ‘balustre’ à masques de satyre et guirlandes de fleurs, qui fut acquis en 1985 par le Victoria & Albert Museum.
John Stuart, 3e comte de Bute et Premier ministre de Grande-Bretagne
Connu sous le nom de Lord Mount Stuart entre 1713 et 1723, John Stuart, 3e comte de Bute, naquit à Parliament Close, près de la cathédrale St. Giles sur le Royal Mile à Édimbourg, le 25 mai 1713. Il était le fils de James Stuart (avant 1696-1723), 2e comte de Bute, et de son épouse, Lady Anne Campbell (1692-1736), déjà citée. Il hérita du titre de comte de Bute – du nom de l’île de Bute, en Ecosse, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Glasgow – à la mort de son père en 1723. Alors âgé de dix ans, il fut élevé, nous l’avons vu, par ses oncles maternels : les 2e et 3e ducs d’Argyll. De 1724 à 1730, il fréquenta Eton College, puis entama des études de droit civil aux universités de Groningue (1730-1732) et de Leyde (1732-1734) aux Pays-Bas, où il obtint une licence en droit civil. En août 1735, il s’enfuit avec Mary Wortley Montagu (1718-1794), en raison de l’attitude des parents de cette dernière, Edward Wortley Montagu (1678-1761) et la célèbre femme de lettres Lady Mary Wortley Montagu (1689-1762), née Pierrepont, qui tardaient à consentir à cette union. Celle-ci finira cependant par avoir lieu, prononcée le 24 août 1736. Le couple eut onze enfants, cinq garçons et six filles.


En 1737, John Stuart fut élu pair écossais, mais bien que présent à Londres en décembre de la même année, il ne participa pas aux délibérations de la Chambre des lords. En raison de son soutien à John Campbell, 2e duc d’Argyll, contre Robert Walpole, premier véritable Premier ministre de Grande-Bretagne, il ne fut finalement pas réélu en 1741. Au cours des années qui suivirent, il décida de se retirer dans ses domaines écossais pour gérer ses affaires et se consacrer à sa passion pour la botanique.
En 1745, il s’installa à Twickenham, dans le Middlesex. Il fit la connaissance de S.A.R. le prince de Galles en 1747, aux courses d’Egham, et se lia d’une grande amitié avec lui. A la mort du prince en 1751, il fut nommé précepteur de son fils, George William Frederick (1738-1820), le nouveau prince de Galles et futur roi George III.
Le comte de Bute fit en sorte que ce dernier et son jeune frère, le prince Édouard de Grande-Bretagne (1739-1767), duc d’York et d’Albany, suivent des cours de philosophie naturelle dispensés par le conférencier itinérant Stephen Demainbray (1710-1782), ce qui éveilla l’intérêt du jeune prince pour la philosophie naturelle et pourrait peut-être être à l’origine de la collection d’instruments de philosophie naturelle de George III. John Stuart se lia également d’amitié avec leur mère, Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg (1719-1772), princesse douairière de Galles, une relation qui alimenta les rumeurs d’une liaison qui furent d’ailleurs entretenues par un pamphlet scandaleux publié par un proche du feu prince de Galles : John Horne Tooke (1736-1812). Mais ces rumeurs furent très certainement infondées, car le comte de Bute professait des convictions religieuses sincères contre l’adultère et semblait de surcroît parfaitement heureux en ménage.

Au lendemain de l’accession au trône du jeune George III, le 25 octobre 1760, à l’âge de vingt-deux ans, le comte de Bute caressa l’espoir d’accéder rapidement au pouvoir, mais ses plans s’avérèrent très prématurés. Il lui aurait en effet fallu destituer le Premier ministre en exercice, Thomas Pelham Holmes (1693-1768), duc de Newcastle, ainsi que sans doute, le secrétaire d’État au Département du Sud, William Pitt l’Ancien (1708-1778), un personnage encore plus puissant. Le gouvernement en place, galvanisé par ses récents succès militaires obtenus lors de la guerre de Sept Ans, jouissait à ce moment là d’une grande popularité qui lui permit d’obtenir des résultats plus que satisfaisants aux élections générales britanniques de 1761. Comme le voulait la coutume, celles-ci furent organisées à la suite de l’accession au trône du nouveau souverain.
Mais soutenu par George III, John Stuart parvint finalement à s’emparer du pouvoir dès l’année suivante. Dans un premier temps, il s’allia avec le duc de Newcastle, tous deux prenant position contre William Pitt qui souhaitait déclarer la guerre à l’Espagne. Ses projets contrecarrés, ce dernier finit par démissionner de son poste de secrétaire d’État. Dans un second temps, le comte, qui avait entre-temps été réélu pair écossais en 1760, obtint du Roi le renvoi de Newcastle, mis en minorité au sein du gouvernement, en raison notamment du sujet du financement et de la direction à donner à la guerre en cours. John Stuart lui succéda le 26 mai 1762, mettant ainsi fin à une longue période de domination Whig, le parti libéral anglais de l’époque, au profit des Tories conservateurs. La même année, l’alliance anglo-prussienne, établie en 1756, fut dissoute, ce qui amena le roi Frédéric II de Prusse à accuser le nouveau Premier ministre de Grande-Bretagne de comploter pour détruire son royaume.

Le mandat du comte de Bute, qui s’acheva le 8 avril 1763, fut marqué par la négociation du Traité de Paris qui mit fin à la guerre de Sept Ans. Le comte y fut contraint d’assouplir sa position antérieure concernant les concessions faites à la France, et dut accepter, en particulier, que les importantes zones de pêche de Terre-Neuve soient restituées aux français, sans que pour autant la Grande-Bretagne ne reçoive en contrepartie la Guadeloupe comme il l’espérait. La paix conclue, il décida également, en accord avec George III, que les dépenses militaires britanniques ne devaient pas dépasser leur niveau d’avant-guerre, tout en estimant, en revanche, qu’une présence militaire importante était nécessaire en Amérique, afin de faire face aux menaces de la France et de l’Espagne. Il commit alors l’erreur d’imposer aux seuls colons le coût de cette augmentation, alimentant de fait la résistance aux impôts qui finit par déclencher la Révolution américaine. Autre mesure impopulaire, il instaura également une taxe sur le cidre de quatre shillings par barrique en 1763, toujours dans le but de financer les désastreuses conséquences de la guerre de Sept Ans. Violemment critiqué, il finit par démissionner de son poste peu de temps après, cédant la place à George Grenville (1712-1770), membre du parti Whig. Il conserva cependant son fauteuil de pair à la Chambre des lords jusqu’en 1780, année au cours de laquelle il fut aussi élu premier président de la Société des Antiquaires d’Écosse.
Le comte passa le reste de sa vie dans son domaine du Hampshire, où il fit construire un manoir nommé High Cliff près de Christchurch. De là, il poursuivit ses recherches en botanique et devint un important mécène des lettres et des arts. Il soutint en particulier Samuel Johnson, Tobias Smollett, Robert Adam, William Robertson et John Hill. Il fit également des dons considérables aux universités écossaises et finança les voyages d’Alberto Fortis en Dalmatie. Ses travaux en botanique aboutirent à la publication des Botanical Tables Containing the Families of British Plants en 1785. Même après sa retraite, le comte de Bute fut accusé par de nombreux Américains, dans les années précédant la guerre d’Indépendance américaine, d’exercer une influence corruptrice indue sur le gouvernement britannique. Il mourut le 10 mars 1792 dans son manoir de South Audley Street, près de Grosvenor Square, à Westminster, des suites d’une chute survenue lors d’un séjour à Highcliffe un an et demi auparavant. Il fut inhumé à Rothesay, sur l’île de Bute.
