Bâti en chêne et en peuplier ; placages en amarante ; bronze argenté et doré ; cuir.
H. 79 cm. (31 1/8 in.) ; L. 172 cm. ; (67 ¾ in.) ; Pr. 86 cm. (34 in.).
SIGNATURE : BELLANGÉ / BREVETÉ DU GARDE MEUBLE DE LA COURONNE / PARIS / RUE RICHER / PASSAGE SAUNIER N° 8, visible sur une plaque moulurée et brettée en bronze, à cartouche ovale et perlé, fixée sous le plateau de la table, au centre de la traverse médiane.
MONOGRAMME : AATT en lettres cursives entrelacées, sous une couronne de prince romain, le tout ciselé en bronze doré dans un cartouche ovale placé sur le torse des deux allégories féminines ailées du piètement de la table : chiffre du prince Alessandro Torlonia (1800-1886).
PROVENANCE : commanditée en 1834 par Alessandro Torlonia (1800-1886), duc de Ceri et 1er prince de Fucino, avec une seconde table identique, toutes deux placées dans le Salon de Télémaque (Sala di Telemaco) du palais Torlonia, piazza Venezia, à Rome : collection de Maurice Ségoura, à Paris ; collection privée en Suisse ; collection galerie Steinitz, à Paris ; collection privée américaine.
BIBLIOGRAPHIE : Sylvain Cordier, Bellangé, ébénistes, Une histoire du goût au XIXe siècle, Paris, 2012, p. 207, 210, 220, 222, 311, 546-549, et 567, cat. LAB 57.


Chef d’œuvre de Louis-Alexandre Bellangé, cette table de milieu d’apparat fut exécutée vers 1834, ainsi que le prouve la signature de l’ébéniste figurant sur la plaque en bronze fixée sous le plateau de la table, au centre de sa traverse médiane, portant encore la mention Bellangé / breveté du Garde Meuble de la Couronne, qui reprenait ainsi fidèlement l’intitulé de son papier à en-tête qu’il employa jusqu’à cette date. A compter de 1834, Bellangé se présenta désormais comme « ébéniste du Roi » ou « de la Maison du Roi », et non plus « du Garde-Meuble de la Couronne ».
La table fut commanditée, avec une seconde table identique, par Alessandro Torlonia (1800-1886), duc de Ceri et 1er prince de Fucino, richissime banquier et homme d’affaires, mais aussi collectionneur et mécène, surnommé le « Rothschild de Rome », qui avait d’hérité de son père en 1829, et qui amorçait tout juste, dans le but d’affirmer son nouveau statut de prince devenu le chef de file de la Maison Torlonia, une très importante campagne de rénovation des décors intérieurs particulièrement fastueux du palais familial de la piazza Venezia, à Rome. C’est dans ce palais que prirent place nos deux tables, dans le Salon de Télémaque (Sala di Telemaco), où elles furent photographiées avant 1903. Au cours de la même période, le prince fit également achever la Villa Torlonia, bâtie dans le quartier Nomentano de Rome par Giuseppe Valadier pour le comte de son père, le banquier Giovanni Torlonia (1754-1829), et fit aménager ses jardins.

Si la Maison Bellangé était réputée en Europe, c’est peut-être à Paris même, au cours de l’Exposition des produits de l’industrie française de 1834, ainsi que le suggère Sylvain Cordier, que le prince fit la connaissance de l’ébéniste, découvrant sur son stand le meilleur de son savoir-faire : « les ouvrages exposés par M. Bellangé sont dignes de la réputation dont il jouit », peut-on lire dans le catalogue Notice des produits de l’industrie française : précédée d’un historique des expositions antérieures et d’un coup d’œil général sur l’exposition actuelle, publié au moment de l’évènement. A noter que Bellangé exposa à cette occasion une « Table de milieu en bois de Gonzalès, supportée par trois Chimères ailées en bronze doré au mat, le pied triangulaire orné sur chaque face d’une figure en bronze doré au mat » qui donna peut-être au prince l’envie d’acquérir chez cet ébéniste deux tables d’exception à son chiffre.

De forme oblongue, la table, dont le bâti a été exécuté en chêne et en peuplier, présente un imposant plateau, garni d’un maroquin brun, montrant une partie centrale rectangulaire flanquée à ses extrémités par deux demi-cercles disposés en retrait.
Une large bordure plaquée en amarante ceint l’ensemble, doublée d’une frise de bronze doré, délicatement ciselée à motifs de boutons feuillagés et d’entrelacs ajourés. La ceinture en amarante de la table affiche une découpe évasée à bandeau droit et doucine, soulignés de frises moulurées de bronze dorés aux répertoires ornementaux différents de celles du plateau, à motifs d’entrelacs et d’oves s’inscrivant dans de petits motifs de cuirs découpés, d’inspirations à la fois médiévales et Renaissance.
Spectaculaire, le piètement en bronze de la table montre, à ses extrémités, deux imposantes figures de femmes ailées en terme, dont le beau visage, d’une très grande noblesse et sérénité, aux yeux mi-clos et flanqué de tresses, ainsi que le buste nu, ont été traités en bronze argenté. L’emploi simultané du bronze argenté et doré était alors très novateur à cette époque, précédent de plusieurs années les œuvres de l’orfèvre François-Désiré Froment-Meurice (1802-1855). Chacune de ces allégories est coiffée d’un casque-tiare en bronze doré d’inspiration là-aussi médiévale, et est ceinturée d’un écu oblong, également en bronze doré, à bordure de ‘cuirs découpés’ et d’enroulements, au chiffre AATT, en lettres cursives entrelacées, d’Alessandro Torlonia, surmonté d’une couronne de prince romain.


Les opulentes ailes en bronze doré des deux figures, se déployant sous le demi-cercle du plateau, soutiennent une luxuriante guirlande de fleurs et de fruits, passant de part et d’autre de la ceinture de blason, et venant souligner d’une accolade le buste de chaque chimère, celle-ci émergeant d’une puissante console à enroulements en bronze doré, ciselée à motifs de chutes de piastres et de canaux, et terminée à griffes. Il est possible que Bellangé ait fait appel, pour la sculpture de ces éblouissantes figures, au bronzier d’art et fondeur Charles Crozatier (1795-1855), qui livra en 1842, pour le grand salon de Louis d’Orléans (1814-1896), duc de Nemours et fils puiné de Louis-Philippe, au palais des Tuileries, une imposante paire de torchères à figures de femmes en terme évoquant les nôtres. Ces torchères sont aujourd’hui conservées dans les collections de l’Assemblée nationale, à Paris.

Les figures de notre table forment également un écho avec celles des enfants ailés en terme créés par le bronzier Jean-François Denière (1774-1866) pour une table dite « aux enfants », que ce dernier exposa sur son stand au cours de la même Exposition de 1834. Ajoutons également que des figures très proches orneront bien plus tard, en 1889, une table en bronze, dessinée par Constant Sévin et exécutée par la Maison Barbedienne, pour le compte de M. Vanderbilt, qui fut présentée dans le cadre de l’Exposition Universelle qui se déroula à Paris cette année-là.
Ces deux pieds allégoriques supportant notre table à ses extrémités, sont complétés, en partie médiane, par deux colonnettes à faisceaux, bases d’acanthes, bulbes et chapiteaux corinthiens, combinant également bronze argenté pour le fût et bronze doré pour les bases et couronnements.

Ces quatre pieds de bronze reposent chacun sur un socle carré, plaqué en amarante, mouluré à doucine, ponctuant les extrémités d’une entretoise en forme de croix, à placage identique, dont la partie centrale présente des angles en écoinçon et légers ressauts.
Le tout est enrichie, à l’image de celles du plateau, de frises en bronze doré à motifs de godrons et d’entrelacs feuillagés. Une petite plaque délicatement ciselée en bronze doré et portant la mention BELLANGÉ / BREVETÉ DU GARDE MEUBLE DE LA COURONNE / PARIS / RUE RICHER / PASSAGE SAUNIER N° 8, est fixée au centre de la traverse médiane soutenant le plateau de cette table d’exception, qui ne fut exécutée qu’à deux exemplaires par Bellangé pour le prince Alessandro Torlonia.

Giovanni et Alessandro Torlonia, une ascension fulgurante au sein du cercle très fermé de la haute noblesse romaine

Alessandro Torlonia était l’arrière-petit-fils d’un fort modeste marchand de toiles du Forez, Antoine Tourlonias, et le petit-fils de Marin Tourlonias (1725-1785), né à Augerolles (Puy-de-Dôme), qui s’installa à Rome en 1750, où il italianisa son patronyme en Marino Torlonia.
Ce dernier se serait fixé à Rome, au service d’une de ses relations familiales, l’abbé de Montgon, agent de Philippe V d’Espagne, lequel eut de si sévères démêlés avec le cardinal de Fleury qu’il préféra se réfugier dans le palais Zuccari, tout près de la Trinité des Monts, où séjournèrent Reynolds, les Nazaréens, ainsi que le célèbre Winckelmann. D’abord valet de chambre, puis marchand de soieries et de draperies, Marino épousa la fille d’un émigré français et d’une aristocrate allemande. Le couple eut quinze enfants parmi lesquels Giovanni (1754-1829), « ce fameux marchand de fil » selon Stendhal, père d’Alessandro, héros de la famille, et véritable fondateur de la dynastie princière des Torlonia, avec l’aide de son frère Giuseppe. Le commerce prospéra tant et si bien que les Torlonia se consacrèrent rapidement à l’activité bancaire.
Bien que Giovanni n’ait pas été immédiatement accepté dans le corps des banquiers romains, il parvint cependant à faire de sa Maison la première sur la place de Rome. Son fils Alessandro lui succédera à ce poste et, de 1829 jusqu’en 1860, dirigera à son tour la célèbre banque, qui sera finalement vendue en 1869 et mise en liquidation judiciaire en 1872. Pour parvenir à ses fins, Giovanni sut pleinement profiter des bouleversements provoqués par la Révolution française : banquier de la papauté (qui le fera marquis puis duc), mais aussi fournisseur des armées de la République, approvisionneur de la République romaine, banquier de tous les Bonaparte et de la noblesse romaine, représentant à Rome du prince de Fürstenberg (qui le fera noble d’Empire en 1794), chargé des intérêts de la Pologne, etc.
La banque Torlonia fut comparable à celle des Rothschild, consacrant d’abord ses activités à des opérations de change et à l’utilisation de capitaux d’origine commerciale inemployés, puis à l’acceptation d’effets émis partout en Europe par la papauté. Au cours des vingt années de conflits entre la France et le Saint-Siège, Giovanni Torlonia fut présent à toutes les étapes, manœuvrant entre la papauté et les gouvernements successifs que la France lui imposa. Son nom apparaît fréquemment dans les dépêches françaises, notamment au moment de l’assassinat de Basseville, l’imprudent secrétaire d’ambassade, dont Stendhal raconta la fin tragique, et dans les rapports de Cacault, quand la France imposa au pape l’armistice de Bologne, en 1796.
Giovanni devint dès lors le banquier d’un pape qui n’eut pas assez d’argent pour payer la contribution d’armistice. Comme la France accepta d’être payée en fournitures, de l’alun notamment (qui avait fait la fortune des Chigi au XVIe siècle), Giovanni en assura le transport par Civitavecchia. Après le traité de Tolentino (1797), il intervint encore en signant de nombreuses lettres de change pour le pape, et signa même un compromis avec la France.


Il poursuivit ainsi son ascension en participant, avec beaucoup d’habileté, à des opérations toujours juteuses en période de troubles : fournitures pour les armées, approvisionnement de la ville de Rome, achats de biens nationaux, participations financières diverses (tissages, bois, etc.). La banque Torlonia devint ainsi l’une des plus solides et des plus prospères banques d’Italie et, à la chute de la République, Giovanni se retrouva propriétaire d’immenses domaines entre Rome et la mer. A la fin du siècle, grâce l’explosion de ses bénéfices, entre 1797 et 1800, sa fortune était faite, et il fut unanimement considéré comme le plus riche banquier de la péninsule. Marié à Anna Maria Schultheiss (1760-1840), Giovanni Torlonia devint le propriétaire du vaste domaine de la Roma Vecchia, ferme érigée en marquisat par le pape. En 1803, il se porta acquéreur du duché de Bracciano, titre qu’il portera à partir de 1809, et que voyageurs et chroniqueurs mentionnent systématiquement. La même année, il devint patricien romain, honneur que lui accorda le pape Pie VII pour services rendus. Cela lui permit d’entrer dans le cercle très fermé de la haute noblesse romaine, aux côtés des Borghese, des Colonna, ou encore des Orsini. En 1814, il fut fait prince après l’achat du château et du domaine de Civitella Cesi. Cette quête nobiliaire s’acheva en 1820 par l’achat du duché de Poli et Guadagnolo. Sur tous ces châteaux, villas, palais ainsi qu’à sur la chapelle funéraire des Torlonia à Saint-Jean-de-Latran, Giovanni apposa de très parlantes armes composées d’un bandeau de six roses d’or sur fond argent parcouru par deux étoiles filantes sur fond azur. S’il n’apparaissait en 1810 qu’au dix-septième rang des plus riches romains – le prince Borghese caracolait alors en tête avec 2.605.810 écus − en 1820, sa fortune était déjà évaluée à 1.082.758 écus, dont 85 % en biens immobiliers. Mais à sa mort, en 1829, son patrimoine fut alors estimé à trente-cinq millions d’écus !


Son fils cadet, Alessandro, issu d’une fratrie de trois fils, naquit à Rome le 1er janvier 1800. Ayant hérité de la fortune de son père en 1829, il fut surnommé, nous l’avons déjà mentionné, le « Rothschild de Rome ». Il épousa, en 1840, Donna Teresa Colonna-Doria (1823-1875), ce qui lui permit d’ajouter à ses armoiries la très célèbre colonne de celles de cette célèbre famille princière italienne. A l’image de son père, Alessandro devint banquier et homme d’affaires, mais aussi collectionneur et mécène de tout premier plan.
Au nombre de ses mécénats, citons notamment l’assèchement du lac Fucino, sa grande œuvre, auquel Jules César avait déjà pensé et que tenta de réaliser l’empereur Claude – cette opération titanesque lui vaudra d’ailleurs le titre de 1er prince de Fucino. Citons également parmi ses actions majeures, l’adjudication de la ferme des sels et tabacs, que Stendhal mentionne dans ses lettres et rapports à Rigny, Broglie et Guizot. A l’image de son père, il multiplia les services financiers rendus à la papauté, à un point tel que Pie VIII le surnomma « le père de la patrie ». Le pape précisant même à Anna-Maria Torlonia, la mère d’Alessandro : « Votre fils est le mien, il a sauvé l’Etat » !
Les Torlonia accèderont ainsi au rang de prince assistant au trône pontifical, charge qui demeure encore aujourd’hui dans la famille. Alessandro développa également son partenariat avec les Rothschild (caisse d’amortissement de la dette publique, emprunts d’Etat), et prit au fil des ans de nombreuses participations dans les mines, les transports, le commerce de la laine, etc. A la même époque, il devint l’un des plus grands collectionneurs de son temps. Il agrandit et transforma considérablement les palais et les villas achetés par son père. Les galeries et salons du palais Torlonia, ex-palais Bolognetti (détruit au début du XXe siècle), furent ornés, en sus de nos tables, d’innombrables sculptures antiques et œuvres d’artistes contemporains, tels Canova, dont Stendhal admirera le groupe d’Hercule lançant Lycas à la mer, Thorwaldsen, ou encore Galli.

A cela s’ajouta une très importante collection archéologique qui fut décrite par Oliviero Ozzi, en 1902, et par Jörgen Hartmann, en 1967. La villa Torlonia, via Nomentana, acquise des Colonna en 1797, fut restructurée par Giuseppe Valadier de 1802 à 1806, puis par Caretti et Raimondi, sur le modèle de la villa Adriana, avec ajouts d’un casino et d’un théâtre. Il y eut également le palais Torlonia au Borgo, via della Conciliazone, avec ses vastes salons, où Alessandro reçut des milliers d’invités et organisa des fêtes mémorables de 1840 à 1845. Citons encore la villa Albani, acquise en 1868, avec l’ancienne collection Albani, le musée Torlonia de la via della Lungara (constitué à partir de l’ancienne collection Giustiniani, sur les conseils de Pietro Ercole Visconti), les théâtres de l’Apollo, de l’Argentina – cédé à la ville de Rome – ainsi que la salle de l’Alibert.

A ce titre, la comparaison peut être faite entre les Torlonia, père et fils, et Mayer Amschel Rothschild et ses cinq fils, respectivement établis à Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples – mais pas à Rome ! Giovanni et Alessandro Torlonia furent, au sein de la ville éternelle, des personnages-clés, incontournables, à l’image de leur devise « A Dieu et à Torlonia, tout est possible », et leur nom est au demeurant resté quasi-légendaire jusqu’à nos jours. Alessandro Torlonia s’éteignit à Rome, le 7 février 1886.
Sa fille aînée, la princesse Anna Maria Torlonia (1855-1901) fut l’unique héritière du colossal empire de son père, sa sœur cadette, Giovanna Giacinta Carolina Torlonia (née en 1856) étant décédée dès 1875. Anna Maria épousa, en 1872, le prince Giulio Borghese (1847-1914), duc de Ceri, lequel fut contraint d’adopter le patronyme de son épouse dans le seul but de perpétuer l’illustre nom.

Le palais Torlonia, piazza Venezia, à Rome
Le palais Torlonia fut bâti à la fin du 15e siècle sur le modèle du palais de la Chancellerie, pour le cardinal Andriano Castellesi da Corneto, secrétaire du pape Alessandro VI Borgia, qui n’y habita cependant jamais. Ce dernier céda le bâtiment encore inachevé à Henri VIII d’Angleterre, qui en fit son ambassade auprès du Saint-Siège, cela jusqu’au schisme anglican (1509-1571) qui provoqua la rupture avec Rome, et la confiscation du palais Bolognetti par la Chambre Apostolique. En 1760, le palais fut acquis par la famille du cardinal Giraud, banquiers de la cité de Marseille, puis, au début du XIXe siècle, par Giovanni Torlonia.
Ce dernier restructura considérablement le palais dans le style néoclassique, faisant appel pour ce faire aux meilleurs artistes du temps, confiant les travaux d’architecture à Giovan Battista Caretti, et la décoration intérieure à Francesco Podesti.

Les Torlonia multiplièrent également les commandes à Canova, Thorvaldsen, Tenerari ou encore Cognetti. Dans une volonté affichée d’affirmer, à la suite de son père, son statut de prince romain, Alessandro Torlonia remodela, après avoir hérité de son père, les décors intérieurs du palais. Le Salon de Télémaque (Sala di Telemaco), dans lequel furent placées nos deux tables, fut conçu à cette époque, dans un goût néo-raphaélesque particulièrement riche, rythmé de peintures murales exécutées par Pietro Paoletti (1801-1847).
Le palais Torlonia fut malheureusement détruit en 1903 afin de dégager la perspective et de permettre de voir de la piazza Venezia et, selon les volontés de l’époque, l’autel de la Patrie, édifié via del Corso. Toutes les salles, leurs décors et leurs collections furent alors photographiées avant la destruction du bâtiment. La plupart des fresques furent vendues aux enchères, et les collections dispersées. Seuls subsistent aujourd’hui quelques fragments de décor remontés au musée de Rome, dans les salles du palais Braschi. La façade actuelle, piazza Venezia, a été reconstruite postérieurement sur le modèle original.

Louis-Alexandre Bellangé
Né à Paris le 26 fructidor de l’an IV (12 août 1797), Louis-Alexandre Bellangé était le fils aîné de Pierre-Antoine Bellangé et de Marie-Anne-Agnès Quenet. Elève, collaborateur puis successeur de son père et de son oncle – dont il reprit les deux ateliers – il devint l’un des principaux fournisseurs de la famille royale sous Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet (1830-1848).


Au début de 1820 il épousa Céphyse Fleury ; le contrat de mariage lui garantissait la succession à la tête de l’atelier à partir du 1er janvier 1825. En novembre 1826, il transféra l’atelier de la rue Neuve-Saint-Denis au 8, passage Saulnier (IXe), face à l’atelier d’Eugène Delacroix (1798-1863).
Les débuts, furent difficiles, aggravés par la réduction des crédits du Mobilier de la Couronne après 1825, puis par des difficultés économiques se poursuivirent après la Révolution de Juillet 1830 : la faillite et la liquidation furent prononcées en septembre 1831.
L’atelier fut toutefois refondé et Bellangé reçut ses premières commandes de la Liste civile du Roi dès 1832 ; sa réputation crût rapidement durant la première décennie de la Monarchie de Juillet. Il fut récompensé aux Expositions des produits de l’industrie de 1834 (année de commande des deux tables) et 1839, obtint le titre d’ébéniste du Roi en 1834 qu’il conserva jusqu’en 1843, malgré ses problèmes financiers persistants qui entraînèrent des paiements directs à ses créanciers. Épuisé, il se retira début 1844, devint rentier et s’installa rue des Magasins (actuelle rue de Saint‑Quentin). Il partit pour le Mexique rejoindre son frère Pierre‑Alexandre, propriétaire d’une mine à Guanajuato (1843) ; l’expérience, peu concluante, dura moins de six ans. De retour en France en 1851, il vécut à Maisons‑sur‑Seine (5 rue Desaix), puis revint à Paris en 1854 (94 boulevard des Batignolles), où il mourut le 7 juin 1861.